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Billet de blog 17 mars 2020

Le rayon viral

Le retour des charognards

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Peur sur la ville...

Tandis que les manchots se sentent montrés du doigt eux qui ne peuvent se moucher dans leur coude manquant, les culs de jatte se pensent exclus du grand mouvement national qui permet à chacun de se ruer sur les rayons de pâtes. Les uns et les autres ne se considèrent plus comme membres d’une communauté nationale qui se divise et s’enrhume au moindre courant d’air.

Dans les supermarchés c’est la ruée, non pas vers l’or mais bien sur ce qui caractérise le mieux le groupe social, la tribu ou bien la communauté concernée. En tout premier lieu et parce qu’ils sont les plus visibles, les trous du cul se précipitent de manière débridée sur les stocks de papier hygiénique. On les devine par là même au bout du rouleau, capables de se priver de tout sauf de l’essentiel.

D’autres, ceux-là même qui rient jaune, sous prétexte qu’ils ont un grain, se jettent sans mesure sur les sacs de riz. Les chefs de rayon tentent vainement de les mener à la baguette, il leur faut remplir leur chariot de ce précieux aliment qui viendra suppléer à l’absence de rouleaux de papier toilette après la razzia de la catégorie précédente.

La ménagère de moins de cinquante ans remplit son caddy à ras la gueule. Elle qui n’a connu, faute d’être née en ces périodes exaltantes, ni les restrictions ni le marché noir, veut connaître à son tour l’exaltation de celui qui a tout quand les autres n’ont plus rien. Elle accumule des quantités démentielles de boîtes de conserve qu’elle gardera précieusement dans la chambre des enfants, envoyés en pension chez les grands parents à la campagne. Elle a su saisir cette belle opportunité.

Les retraités qui ont encore le droit de sortir, étant juste en dessous de la limite d’âge, se relaient sans discontinuité pour faire le siège du magasin. À chaque nouvel arrivage, ils viennent prendre le produit miraculeux qui a franchi les frontières, les barrages sanitaires et les réquisitions pour servir les ministères. Ils se réjouissent d’avoir du temps et plus d’enfants à garder. Cette liberté leur permet de saisir toutes les opportunités.

Les employés du magasin, après avoir pris le phénomène avec une certaine moquerie se lancent à leur tour dans cette furieuse fièvre acheteuse. Ils préemptent les produits de première nécessité, qu’ils revendront avec un bénéfice substantiel, au cul de leurs véhicules avant de quitter les lieux. Ils connaissent les bons clients, ceux qui peuvent mettre le prix pour échapper à la famine.

Les vigiles s’arrogent le pouvoir de prendre une quote-part dans les chariots qui débordent. Au nom de l’état de nécessité, la loi du plus fort s’impose à tous. Disposer d’ailleurs d’un caddy est un privilège qui justifie ce prélèvement non pas la source mais à la sortie. Il faut montrer patte blanche pour rentrer et graisser celle des surveillants à la sortie.

Les parlementaires, du moins ceux qui ont échappé à la pandémie réclament des suspensions de séance pour aller eux aussi faire leurs achats. En dépit des repas toujours aussi copieux qu’on leur sert au palais, ils veulent tout naturellement faire comme leurs électeurs. Ils constituent des stocks pour les jours noirs qui se profilent à l’horizon.

Les forces de l’ordre se lancent dans la danse. Les policiers et les gendarmes unissent leurs forces pour établir des barrages routiers. Une inspection minutieuse des coffres s’impose avec une mesure simple de confiscation pour fermer les yeux sur les dépassements des quantités maximales prévues par les mesures de rationnement collectif. Les contrevenants se disent qu’ils ont encore de la chance de n’être pas totalement détroussés.

Ils ont parlé trop vite. Plus loin, ce sont cette fois des barrages sauvages constitués par des trublions portant cagoules. Les marchandises changent rapidement de mains, une participation volontaire est en outre réclamée sous la menace. Les malheureux détroussés doivent se sentir heureux qu’on leur laisse leur véhicule mais ils repartent coffre et poches vides.

Ceci se déroule à deux pas de chez vous. La peur virale a troublé les esprits, la fraternité n’est plus de mise tandis que les plus fragiles remplissent non pas les rayons de nos supermarchés mais les casiers de nos morgues qui regorgent de viande froide. Voilà bien le seul secteur qui ne connaît aucune difficulté d’approvisionnement. Peur sur la ville et sur tout le pays tandis que Freluquet et Brigitte continuent de se goinfrer aux frais de la princesse.

Morbidement vôtre.

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