Un Conte de campagne.

Il était une voix …

Un pognon de dingue !

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Les voix des urnes sont impénétrables tout comme celles de la sincérité. L’aventure commence en rase campagne, le chemin semble paradoxalement semé d’embûches pour le marcheur qui se lance dans un projet fou. Sur sa route, des moulins d’avant, des vieilles badernes et des girouettes grinçantes. Suivre le cap n’est pas aisé à celui qui se contente de se laisser porter par le vent et les circonstances, sans idée précise de sa destination.

Il avance pourtant d’un pas sûr, se penche sur la terre qui est parfois si basse, ramasse des radis et du blé pour alimenter son projet ambitieux. Tout ceci sera à son crédit, il respire l'honnêteté et la probité. Il jure la main sur le portefeuille, juste par-dessus un cœur qui est ainsi à l’abri des interprétations fallacieuses, qu’il sera différent des autres, les méchants, les canailles, les anciens qui sont aujourd’hui dépassés.

Il n’a pas un sou, ses semelles sont élimées. C’est ainsi qu’il les quitte pour mieux marcher sur les eaux, porté par une vague crédule qui le pense au dessus de la marée. La campagne serait-elle donc maritime ? La confusion est sans doute savamment entretenue par ce marcheur qui prétend se passer de boussole tout autant que de plan de carrière. Fort de cet argument, il demande même aux naïfs de le suivre les yeux fermés, d’emboîter son pas vers un avenir radieux.

La campagne est éclatante. Le joli mois de mai comme dans toutes les chansons, permet de mettre beaucoup d’œufs dans le panier. Qu’importe si la date de fraîcheur n’est pas inscrite sur ces coquilles vides, elles donnent toutes l’illusion d’une merveilleuse promesse. Il avance, il triomphe, il remporte la mise sur sa seule bonne mine.

Le Conte serait-il bon et parfaitement sincère ? La suite permet d’en douter. Les factures se font fractures, les crédits deviennent des débits pour les plus humbles, l’addition se soustrait à notre attente, la retenue est de mise, elle deviendra privation et non ajout d’une dizaine pour les petites pensions. La cour des contes bruisse d’interrogation, le budget d’un marcheur n’est pas plus transparent que celui de ses adversaires.

La campagne était donc couverte de brumes épaisses, de brouillards opaques. Le marcheur avançait dans le flou le plus artistique, prétendant aimer la campagne, les petits oiseaux et les abeilles. Il se contentait de conter fleurette afin de butiner pour d’autres, les puissants, les nantis, les pollueurs, les profiteurs qui comme chaque fois, feront le miel des cadeaux consentis.

Que la peste soit du pesticide et de l’industrie phytosanitaire. Un brave mulot se mit à suivre à la trace le joli parleur, certain qu’il était de lui faire entendre raison, de préserver la biodiversité et la belle planète en déconfiture. Il se leurra, il n’était que belle enseigne, charmant décor pour tromper le gogo. Les contes une fois encore étaient insincères, tronqués, fallacieux. Plus bonimenteur que ce marcheur-là, ce n’est guère possible et le petit rongeur, pendu à ses basques ne s’en remettra jamais.

Ce sont les requins de la finance, ceux qui ont les dents longues qui furent servis en premier. Le mulot s’était cassé les dents tandis que les porteurs de dentiers étaient mis au régime maigre. La suite nous donnera le bourdon. Les abeilles ne votent pas, il convient de ne pas s’en préoccuper. Au diable les petites bêtes et ceux qui la cherchent à notre grand homme. D’un revers de la main, il écarte vermisseaux et opposants, contrôleurs et moralistes.

Dieu que la campagne est belle quand on la confie aux seuls parlementaires corrompus, soixante trois renégats sans foi ni âme. Ces salauds qui votent la mise à mort de la biodiversité, méprisant l’avenir, insultant la nature tandis que de juteux dessous de table leur permettent de prolonger leurs rêves de grandeur. La récolte sera bonne, les contes seront juteux, le glyphosate va encore semer la mort et la désolation.

Le conte de campagne s’achève dans la farce. Hélas, il est trop tard pour ouvrir les yeux. L’air est vicié, chargé qu’il est de produits toxiques et de gaz lacrymogènes. On ne plaisante pas dans le beau pays de France. Le marcheur avait promis un traitement de cheval, il n’avait pas précisé qu’il serait chimique. Fort heureusement tout ceci n’est qu’une fiction, rien de tout ça ne serait possible dans un pays si rebelle. Le cauchemar va cesser et le printemps refleurira.

Campagnement sien.

m1

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