Faire l’article.

Bonimenteur, je le prouve …

Pour Loiret Magazine de septembre

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Ce lundi matin, j’avais rendez-vous avec une journaliste et un photographe du département du Loiret afin de brosser mon portrait. La chose est certes fort complexe tout autant que suffisamment rare pour la narrer ici. Comment pour mes amis de la télévision allemande SWR, j’avais opté pour la perle de l’Orléanais, le merveilleux petit village de Combleux pour profiter de ce décor sublime et partager l’histoire du canal et de la rivière.

Le portrait est programmé en septembre sur Loiret Magazine, choix éditorial afin de coïncider avec le prochain Festival de Loire du 18 au 22 de ce mois-là. J’ai longtemps pensé que cette juxtaposition provoquerait un curieux dilemme mais fort heureusement je viens d’apprendre que ma candidature a finalement été retenue pour cette manifestation durant laquelle, j’animerai les balades en bateau. Je me contenterai de cette proposition qui m’éloignera des scènes pour lesquelles un conteur ne peut toucher la grande foule d’après des programmateurs aux préoccupations fort éloignées de notre Loire et de son histoire.

Qu’importe, je me contente d’apprécier à sa juste valeur le coup de pouce que m’octroie le Président du Conseil Départemental. Cet élu m’a avoué apprécier le persiflage et l’ironie, ce qui justifie pour lui de m’ouvrir les colonnes de son journal. Je lui en sais gré, naturellement. C’est donc en un petit matin gris que je posai pour l’éternité sur le môle plongeant dans la Loire puis devant les écluses du canal du Duc d’Orléans.

Je m’étais vêtu pour l’occasion de ma tenue de scène malgré ce temps frisquet. Des marcheuses, me reconnaissant, alors que je répondais aux questions d’Édith, la journaliste, m’interpellèrent pour me réclamer un petit texte. Je leur servis un conte court, ce qui, il faut l’avouer, est assez rare dans ma besace à malices. Elles me remercièrent et me poussèrent à me lancer dans l’évocation du dernier conte écrit. Je me laissai porter par les circonstances et leur offris la primeur d’un texte écrit le matin même.

La journaliste devait sans doute se dire que nous avions fomenté ce coup monté pour accréditer la légende du conteur des rives. Les quatre marcheuses parties, nous poursuivions néanmoins le jeu des questions-réponses quand la pluie commença à tomber. Comme nous étions en extérieur, il était préférable de couper court à cette interview.

Nous nous dirigions vers nos véhicules respectifs quand de nouveaux marcheurs, bien plus nombreux cette fois arrivèrent à notre hauteur. Même réaction parmi les quelques personnes qui me connaissaient dans ce groupe. Nous étions face à l’Auberge de la Marine, c’était l’occasion rêvée de leur offrir le récit tiré du roman de madame Sénotier, une figure de l’endroit, qui se déroule en partie dans ce merveilleux établissement.

La journaliste s’en amusa. Je l’abandonnai pour partir sur les traces de Rosalie et de l’histoire de la marine. Un texte assez long qui, malgré la pluie, alla jusqu’à son terme avec ce public attentif d’une vingtaine de personnes. La responsable des marcheuses me remercia tout naturellement et m’invita à venir la semaine suivante à leur rencontre lors de leur pique-nique de fin de saison, pour une autre racontée. J’acceptai avec joie.

Je ne sais si ces deux anecdotes figureront dans l’article mais elles illustrent parfaitement l’esprit que je m’efforce de défendre. Que quelques programmateurs, fort éloignés de l’esprit ligérien, qui ont en charge le menu du Grand Festival, pensent que je ne suis qu’un bouffon dérisoire indigne des scènes, c’est leur droit, je ne peux les en empêcher. Leur mission n’est pas d’évoquer l’histoire de la rivière mais de complaire au plus grand nombre, d’assurer le succès populaire. Je dois me résoudre à ne pas rentrer dans cet objectif.

Ces éminents spécialistes de la modernité connaissent mieux que quiconque le goût des masses. Ils ont même une furieuse envie de toujours plus les tirer vers le bas à moins que ce ne soit fondamentalement leur mission. Je ne peux leur en vouloir, je suis incapable de conter autrement qu’en français, y glissant même des mots du patois local. Je comprends aisément le caractère désespérément obsolète de ma démarche. Vive la culture sans racines !

Narcissiquement mien.

Rendez-vous mardi 18 juin à 19 h

Parking de Combleux pour une balade contée entre Loire et Canal

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