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Billet de blog 17 août 2020

La Loire pleure...

... en avalant ses larmes !

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Pour nos cœurs trop secs

Qui aime la nature se désole en marchant le long de ses berges ou en naviguant sur ce mince filet d’eau qui serpente entre des bancs de sables de plus en plus étendus. La Loire est peau de chagrin, l’eau vient d’année en année à lui faire davantage défaut. Elle se grime en un petit ruisseau, trompant ainsi son monde et les baigneurs exaltés qui ne se doutent pas que c’est ainsi qu’elle est la plus redoutable en dépit d'apparences trompeuses.

Son courant parfois et de manière paradoxale pour les béotiens s’accélère brutalement à certains hauts-fonds, mettant en danger les toujours plus nombreux touristes en kayaks qui se lancent dans l’aventure sans en connaître les périls. La rivière leur tend non pas ses bras inertes et trompeurs, mais des traquenards sournois pour les punir de ne rien respecter. Ils descendent insouciants, se transformant au fil de la journée en écrevisses cramoisies, n’ayant pas eu la prudence de se couvrir le torse.

Inconséquents, ils se sont débarrassés rapidement de leur gilet de sauvetage dès que le loueur qui pourtant les avait mis en garde, n’était plus à portée de vue. Qu’ont-ils à craindre, eux qui trop souvent doivent mettre le pied au fond de la rivière pour tirer une embarcation bloquée sur un banc de sable. Pourtant, à quelques pas, un goulet les surprendra, le courant s’affolera et de gros silex attendent patiemment de heurter un crâne.

Plus loin, un pont se dresse en travers d’un chemin qui parait si inoffensif que nos aventuriers d’occasion se lancent à l’aveuglette dans son franchissement. Ignorant tout des périls de la manœuvre, ils peuvent avoir la chance de choisir l’arche marinière tout comme tirer le mauvais numéro et s’exposer à des turbulences imprévues. Si tout se passe sans encombre, ils en seront quittes pour une belle frayeur, dans le cas contraire, le renversement peut virer au drame. Mais pourquoi diantre, personne ne les a prévenus de ce danger redoutable ?

Alors la Loire pleure devant ses inconscients qui prétendent la découvrir et vont souiller ses rives de papiers gras, piétiner les îles où nichent encore des oiseaux à ras le sable, faire un feu sur la rive si le bivouac est au programme alors que la moindre étincelle peut mettre le feu aux poudres, perturber la faune par de la musique en boîte largement amplifiée pour accompagner quelques libations dont les reliefs joncheront le sol, quand le camp sera levé.

La Loire n’est pas la plus mal lotie. Elle écoute, attristée les sanglots de son petit frère le Loiret, souillé, martyrisé par les fêtards, des envahisseurs sans scrupules ni considérations, d’ignobles malotrus qui se sont appropriés son embouchure pour y faire un dépotoir festif. La pointe de Courpin s’enfonce dans les les yeux de la Dame Liger comme une blessure inguérissable ...

article République du Centre

La Loire pleure mais elle avale ses larmes. Elle souffre d’une sécheresse qui s’invite chaque année durant des étés qui ne cessent d’échauffer les esprits. La canicule est devenue la règle, l’eau manque et pourtant des prédateurs continuent d’arroser des cultures de maïs qui n’ont rien à faire sous nos climats. Fort heureusement diront les naïfs, des barrages lâchent assez d’eau pour que n’entrent pas en surchauffe nos merveilleuses centrales nucléaires.

La Loire se désole. Elle fond, disparaît sous le sable et la folie de ces humains qui ont fait n’importe quoi dans son Val. Elle se vengera un jour, roulera alors une terrible colère, retrouvera les forces ancestrales qui firent jadis la richesse de ces terres chargées de limon et qui aujourd’hui ne sont plus que des ilots à pavillons individuels. La vague de sa crue fera couler bien plus de larmes amères chez ceux qui auront tout perdu qu’il n’en faudrait pour retrouver un débit plus convenable dans notre rivière.

La Loire avale ses larmes. Elle doit se raisonner. Il n’est rien à attendre de ceux qui se pensent les maîtres du Fleuve. Un bien curieux mot du reste qu’on lui attribue pour placer Allier, Cher, Vienne, Maine et ses autres amies en situation d’infériorité vis à vis d’elle. Elle sait ce qu’elle leur doit et se désole là aussi de voir que ses copines subissent les mêmes avanies.

Toutes nos rivières pleurent et avalent leurs larmes, l’eau finira par manquer ou bien être accaparée par des industriels qui ont la folle prétention d’en faire une simple marchandise. Le temps viendra de la grande révolte, cet automne ou bien un autre, elles sauront attendre leur heure pour qu’une vague immense mette à la raison cette maudite espèce qui ne respecte rien.

Éplorement leur.

Chanson d’automne

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine

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