Passeport.

De mieux en pire …

Le passe-frontière en garde à vue

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Il fut garde du corps d’une personnalité étrange aux multiples facettes. C’est sans doute ce qui lui donna, lui le roi de la garde rapprochée, l’envie de pousser un peu ses avantages tout autant que ses prérogatives. Comment le lui reprocher du reste quand on sait que la fonction crée le besoin de voyager pour rester au plus près de son objet.

Tout aurait dérapé, là encore, il est permis d’émettre quelques réserves sur le propos, après des photographies mettant en scène son protégé avec des jeunes gens au torse-nu. La beauté des corps, la plasticité de leur musculature, les postures guerrières qu’ils adoptèrent pour l’occasion tournèrent la tête du bonhomme. Il lui en fallait toujours plus.

Pour complaire à son maître, le gardien de ce précieux corps pensa mettre sur pied des soirées distractives. Vêtu de noir, une matraque à la main, mêlé à une foule agitée, il allait lui donner le spectacle existant des partis à la gloire du marquis de Sade. Quelques coups de trop, la mauvaise volonté d’une presse toujours prompte à pointer du doigt les petits dérapages provoquèrent le scandale que l’on sait.

Qu’importe la France, le monde entier restait à disposition des turpitudes du séide. Mais il y a des frontières à ne pas franchir au grand jour. La discrétion s’impose quand on quitte les voies d’un hédonisme convenable pour s’accorder turpitudes et travers incertains. Avancer masqué n’est pas simple quand on se trouve sous le feu des projecteurs, la couverture diplomatique s’imposait d’autant plus que l’homme était depuis quelque temps dans de beaux draps.

On refuse les papiers, ces précieux Sésame qui permettent de franchir les portes de l’enfer à tellement de gens qu’il y en avait bien plusieurs pour le favori du Prince. Il put donc, sans souci, voler vers des paradis terrestres en toute quiétude. On lui ouvrait grand les frontières, lui offrant sans doute le privilège de passer outre les portiques. L’homme ayant toujours un permis de port d’arme dans la poche et quelques dossiers inquiétants.

Il voyagea, pigeon voyageur de la République, porteur de mystérieuse mission. Le nombre de ses départs ne semble étonner personne dans cet univers prompt à évoquer le développement durable mais jamais à cours de destination au long cours. Chez ces gens monsieur, on prend l’avion d’autant plus facilement que ça rentre dans les notes de frais. La planète peut bien mourir, eux s’en battent les ailes…

Il fut ennuyé parfois dans son envie de parcourir le monde. De vieux messieurs exigèrent de lui qu’il vienne leur projeter ses diapositives de vacances. Il vint vers eux la main sur le cœur, jurant ses grands dieux, qu’il était innocent en toute chose. « Innocent ! » c’est ainsi qu’on nomme les simples d’esprits, les benêts, les bredins qui se contentent de voyager dans leur tête sans rien demander à personne, ni user de kérosène. De trop le pousser dans ses retranchements certains en eurent des sueurs froides. La notoriété est à ce prix !

Plus le temps passe, plus on découvre qu’il nous a mis le nez dans la farine, poursuivant en dépit de sa mise à pied, de rester la jambe en l’air au service d’une Marche forcée à la gloire de son patron. Nous acceptons la farce, dans une Monarchie, le Prince a tous les droits, y compris de se mal conduire. Nous tairons notre indignation, le temps est venu non pas du grand déballage des dessous de la République* (*j’eusse aimé l’écrire en deux mots …) mais désormais au Grand écran de fumée du Débat sans suite.

Pendant ce temps, le commis voyageur continuera de sillonner le monde. Il a sûrement en réserve d’autres laisser-passer, passe-droit, coupe-file, pour creuser son sillon et servir toujours son maître. Missionnaire de ce grand homme, il se moque éperdument du vacarme assourdissant de ses frasques. Et puisqu’il n’est plus le garde du corps, il chante des chansons de corps de garde. La reconversion était aisée.

Pigeonnement sien.

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