Douze heures chrono.

Avant liquidation définitive…

Le couvre-gueux et ses conséquences

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Le monde court à sa perte et nous savons désormais que le temps nous est compté. La journée qui de toute éternité humaine se satisfaisant de la rotation de la planète sur elle-même pour atteindre vingt-quatre heures bien avant l’invention d’instruments susceptibles de mesurer le temps, vient de prendre un sérieux coup de matraque derrière les aiguilles, grandes ou petites. Une réduction drastique de 50 % qui en cette période de soldes fleure bon la ristourne avant liquidation définitive.

Les maîtres du temps ont à nouveau frappé. Ils ne se contentent plus d’enfoncer le clou à coups de cloches et de prières pour séquencer la journée et fixer le cours immuable des activités humaines, ils frappent fort, de l’amende et de l’injonction pour jeter un voile opaque sur la vie de leurs sujets. Les poules n’auront plus personne pour venir fermer leur poulailler, les renards vont se frotter les babines…

Le soleil n’a plus rendez-vous avec la Lune, celle-ci, abonnée pourtant à de nombreux spectacles culturels, n’a plus droit de cité. Elle doit cacher sa vilaine face aux regards des braves gens, claquemurés derrière des murs protecteurs, huis clos et rideaux tirés. Plus personne ne doit mettre son nez dans les étoiles, les rêveurs et les poètes sont même devenus des hors la loi. La transparence impose désormais de ne vivre qu’au grand jour et de se terrer la nuit venue.

Les ouvriers, s’il en reste encore dans notre nation qui a bradé son industrie pour éviter le risque d’un vote contestataire, qui sont assignés aux trois huit auront l’agrément de devoir dormir sur place afin de ne pas se trouver hors la loi. La famille, rayée de la carte, n’a pas besoin de celui ou de celle qui œuvre encore ailleurs qu’à la maison. Cela fera place aux autres qui ont fait du domicile, un espace de travail. La mesure se situe dans une logique familiale afin d‘éviter que le travailleur manuel ne vienne indûment remettre les pendules à l’heure dans un domicile voué désormais à l’ouvrage distancié.

Les véritables travailleurs n’auront plus le loisir d’aller traîner dans les grandes surfaces. Ils feront ainsi place nette à l’électorat de ce pouvoir inique qui se trouvait indisposé par la cohabitation avec la plèbe. Il faudra certes envisager de trouver des solutions alternatives afin que ces invisibles puissent encore se nourrir en dépit des attaques considérables qu’a subi leur pouvoir d’achat à moins que cette mesure constitue le prélude à l’extinction de l’espèce laborieuse.

Dans le monde du sport professionnel, le seul qui du reste trouve grâce aux yeux de nos bourreaux, on s’interroge sur le devenir des courses d’endurance. Faudra-t-il se résoudre à les couper en deux parties distinctes afin que le compte de vingt-quatre heures demeure ou, une fois encore, comme c’est systématiquement le cas dans cette République où l’Égalité n’est qu’une devise de façade, une dérogation sera accordée ?

Autre problème de taille, la durée des trajets automobiles. Ils devront strictement se satisfaire de ces douze heures chronos prévues par la nouvelle organisation de nos existences. Une cellule a été créée pour envisager des cas d’exception pour les gens qui voudraient réaliser des trajets au long cours de Lille à Perpignan ou de Strasbourg à Vannes par exemple. L’hypothèse la plus souvent évoquée serait d’accorder une autorisation spéciale d’enfreindre aux limitations de vitesse, seule variable modifiable dans ce cas, le temps étant devenu une donnée sacrée.

Pour les horlogers, une demande a été formulée de réduire encore un peu plus la taille de la petite aiguille pour si possible créer l’incertitude quant à la lecture de l’heure exacte. Exigence qui aurait été formulée par le ministère de l’économie afin de pouvoir verbaliser les contrevenants qui auraient eu des difficultés de décryptage de leur cadran. Pour que la mesure soit pleinement efficace, l’heure sera retirée des téléphones portables. La course aux ressources ne faisant que commencer puisqu’en théorie, il n’y aura que douze heures par jour pour verbaliser utilement.

Nous n’aurions jamais pu imaginer les transformations radicales qu’un simple petit virus allait imposer à nos existences. Afin que de succomber à l’aiguille du vaccin, nous devons envisager que notre dernière heure arrive pourvu qu’elle survienne dans la tranche légale de six heures à dix-huit heures. Dans le cas contraire, le décès sera déclaré nul et non avenu. On ne plaisante pas avec le couvre-feu qui interdit toute incinération nocturne.

Chronologiquement vôtre.

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