L’inexploitable Inexplosible

Naufrage d’une belle réalisation.

À FLOTS PERDUS ...

 

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Il est des initiatives qui pour louables qu’elles soient finissent étrangement toujours en eau de boudin. On peut s’interroger sur les raisons objectives d’un naufrage financier qui tournerait au ridicule si ce n’était pas avec l’argent public. Pourtant belle et grande était l’idée de départ : construire une réplique des bateaux à vapeur qui, un temps, ont sillonné la Loire avant que le chemin de fer ne vienne leur mettre des bourdes dans leurs aubes !

L’histoire même des vapeurs de Loire a été jalonnée de drames et de joies, d’accidents et de grandes aventures humaines. La compagnie des Inexplosibles fut à ce titre une réussite économique avant que la vitesse et la régularité du chemin de fer ne viennent interrompre ce commerce qui eut le mérite, un temps, de transformer la vie ligérienne. Les bateaux d’alors étaient magnifiques, doublés de bois, d’une longueur de 45m, pour une puissance de 40 chevaux. Ils étaient capables de transporter 250 passagers.

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Les deux derniers bateaux de cette glorieuse époque furent le numéro 20, « Ville de Nantes » et le numéro 21, « Ville d’Angers ». Puis un long silence se fit sur la Loire avant que nos élus se lancent dans cette splendide folie. Ce qui était alors la communauté d’agglomération Orléans Val de Loire commanda une réplique de 35 mètres de long, 7 m de large, susceptible de recevoir 75 passagers à l’origine pour un coût initial de 5.5 millions d'euros. Le budget final de la chose demeurant mystérieux comme dans une démocratie qui se respecte.

Sans doute par modestie, les responsables ne baptisèrent pas leur beau jouet d’un nom de ville comme ce fut le cas de tous ses prédécesseurs. Le « numéro 22 » se contenterait de ce nombre qui finit immanquablement par attirer la curiosité de la police. Ironie du sort sans doute, c’est lors du dernier festival de Loire que le joyau des quais d’Orléans dut fermer ses portes car ce qu’on nomme communément des responsables avaient omis tout simplement de le faire homologuer.

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C’était d’autant plus ballot que c’était le dernier avatar d’une série d’avaries économiques ou conceptuelles qui provoquèrent l’exaspération des couillons qui paient leurs impôts. Numéro 22 devait être à l’origine un Restaurant flottant. Formidable idée si ce n’est qu’il eut fallu envisager d’y établir un piano. Certains sont plus doués pour la cuisine électorale que pour la tambouille. L’aventure tournait même à la carambouille quand les toilettes embarquées refoulèrent, se montrant incapables de rester en odeur de sainteté.

La restauration s’annonçant impossible, le bel écrin devint un bar à champagne. Faire sauter un bouchon permit sans doute de faire sauter la banque. Le bateau changea de main, on s’autorisa quelques tours de passe-passe pour faire oublier les difficultés de l’opération. Le coût naturellement gonfla tandis que les gérants à tour de rôle passaient la main. C’était sans doute parce qu’ils confondaient roues à Aubes et roulettes russes qu’ils se tiraient tous une balle dans le pied !

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L’instigateur du numéro 22, notre brave Louis Philippe comme aiment à le surnommer les persifleurs locaux, montra par la suite un tel talent pour accumuler les échecs électoraux qu’on ne peut que trouver normal le naufrage de son projet. L’homme a sans doute le mauvais œil et plutôt que de lancer un nouvel appel d’offres pour embarquer un nouveau gérant dans une opération hautement risquée, il eut été préférable de commencer par un désenvoûtement en règle du chat noir local. Il conviendrait d’ailleurs de profiter du passage de l’exorciste pour lui demander de tirer d’affaire ce qui devait être la halle place de Loire pour réussir enfin un coup gagnant dans ce secteur.

Maintenant que la capacité de navigation du brave numéro 22 a été ramenée à 12 passagers lors d’une homologation enfin réalisée, on peut supposer qu’il ne pourra servir qu’aux clients du luxueux hôtel quatre étoiles qui lui fait face. Une manière de laisser une empreinte pour les richissimes touristes de la Loire à vélo venus de Chine et de Louisiane. En tout état de cause, les contribuables apprécieront la parfaite gestion d’une affaire exemplaire qui ne passe pas inaperçue dans le paysage local.

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Les cochons en payant n’ont pas de compte à demander. Gare à celui qui se gausse de cette incroyable farce. Il sera privé de dessert et même de Festival de Loire. Non mais, si on ne peut plus jeter l’argent par les hublots, où va-t-on ? Le ridicule ne tue pas, il y aurait sur ce dossier bien des victimes à repêcher dans la Loire. Quand elle inaugura le pont Royal, la Pompadour n’aurait jamais pu imaginer que d’autres après elle, se jouent ainsi avec délectation, des deniers du peuple ! L’histoire est un éternel recommencement en somme (comme en Loire du reste).

Flottement sien.

Un jour peut-être, il prendra enfin son envol ...

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