Les écuries de notre Monarchie

Le fumier s’entasse depuis si longtemps

Les affaires succèdent aux affaires et rien ne change

 

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Freluquet, monarque de Palais se prenant pour Jupiter avait promis lors de son sacre somptueux de réaliser une opération de nettoyage des pratiques du pouvoir. Avec lui, c’était certain, tous les travers accumulés au cours d’une constitution trop profitable aux canailles allaient soudainement disparaître. Pour confirmer cette promesse, il entendait renouveler le personnel politique, renvoyant dans les étables les vieilles carnes du passé.

En bon prince méprisant, l’homme a pourtant dédaigné les travaux d’entretien courant. Pire même, il a permis la création de nouvelles immondices se permettant lui-même de laisser une chape d’excréments sur le dossier de sa garde rapprochée. Mensonge, falsification, manipulation et autres turpitudes sont venus s’amonceler sur les vestiges nauséeux du passé.

Décidément l’air devint putride dans les allées du pouvoir et pire encore dans les écuries de la monarchie élective. Aux délicieux parfums de corruption, prévarication, avantages indus, privilèges exorbitants, tromperies fiscales et autres dérives princières, il a fallu ajouter les effluves marines avec des reliefs de homard. L’odeur devenait méphitique et même plus encore pestilentielle.

Freluquet fit donc appel à Hercule pour nettoyer ce qui pouvait être retiré, un petit riponilage de surface, histoire de contenter le peuple des miséreux si méprisé par ce Monarque hautain. Le pauvre demi-dieu s’était brûlé les ailes en se métamorphosant en avion de chasse, totalement invendable. Il avait d’autres chats à fouetter. Il déclina l’offre.

Il avait pensé, un temps s’appuyer sur un dénommé Collomb pour lui conférer une virginité en la matière fécale. Hélas, mille fois hélas, l’homme était loin d’avoir découvert l’Amer Hic. Il dut même avaler des couleuvres à propos d’un garde du corps. Il s’en alla la queue basse, repoussant une mission qui n’était plus dans ses cordes, ses forces déclinant.

Comment faire au juste pour entreprendre cette nécessaire œuvre de salubrité publique ? Cherchant bien autour de lui, Freluquet ne voyait que des gens aux mains sales, à la pensée obscure et aux intentions peu louables. Le salut ne pouvait venir que de l’extérieur. Un petit air frais qui ferait grand bien dans les miasmes ambiants. L’urgence était grande, le fumier n’avait pas été retiré depuis la disparition du Grand Charles, le créateur de la nouvelle monarchie.

La puanteur se rependait désormais à travers tout le pays. Des citoyens en colère se dressèrent du reste sur les rond- points pour réclamer le grand nettoyage. Ils furent sauvagement balayés par le bras séculier, complice d’un pouvoir qui devenait de plus en plus violent vis à vis de ses sujets alors que les couches excrémentielles s’accumulaient dans les écuries.

Le salut vint, à la grande désolation du Prince, d'éléments extérieurs, deux canards vengeurs, l’un enchaîné et l’autre médiatique, qui mirent leurs becs dans les immondices du pouvoir. Les deux organes de presse avaient tant à faire pour enfin assainir qu’ils ne pouvaient suffire à la tâche immense, colossale même.

Comme leur homologue qui nettoie les cuvettes des WC, ils devaient s’attaquer à ce qu’il y avait de plus fétide dans notre pays. Curieusement vilipendés par ceux-là même qui, jocrisses et hypocrites, prétendaient à la transparence, ils trouvèrent dans la population des relais, des supports, des collaborateurs pour concourir à leur mission.

Sur les réseaux sociaux, chacun pouvait y aller de son petit coup de balayette pour nettoyer les relents d’un pouvoir entièrement au service d’un système accumulant tous les rejets possibles. Cette aide fut précieuse à nos deux canards, qui évitèrent ainsi d’être censurés par un Freluquet de plus en plus tenté par la dictature.

Nos deux palmipèdes firent deux brèches dans les écuries de la monarchie. L’une s’appelait « Liberté de la presse » : l’Alphée, l’autre « Respect des sources » : le Pénée. Pour Leur donner un sacré coup de main, le peuple outragé, le peuple martyrisé perça lui aussi sa brèche qu’il nomma « Référendum » : L’Achéron.

Freluquet et ses sbires seront ils noyés par les flots tumultueux de ces rivières indomptables ? Nous le saurons bientôt en suivant les prochains épisodes de la merveilleuse et résistible épopée des Canailles de la Monarchie. Pour l’heure, les écuries sont encore couvertes de fumier mais nous ne désespérons d’en venir à bout en établissant une sixième République qui plus que jamais est nécessaire.

Hygiéniquement leur.

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