Discours et délais à géométrie variable.

L’urgence exigeait 16 jours d’attente pour Freluquet et bien moins pour son premier ministre.

Castex avance masqué.

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Cette crise qu’elle soit sanitaire ou bien essentiellement politique nous éclaire mieux que jamais sur les dysfonctionnements de notre société en déliquescence. Prenons, puisque l'actualité se focalise sur ce point essentiel, la grande mesure réclamée à grands cris par nos sommités médicales : l’obligation du port du masque dans les espaces publics clos.

Nous avons entendu des messages alarmistes, des avertissements qui avaient tout de la menace non dissimulée ; il fallait agir au plus vite, se couvrir la face sans tarder pour éviter le pire. Fort de ces avis éclairés, notre bon Freluquet, après sans doute une longue réflexion et en s’entourant d’experts comme il aime à le faire, a tranché d’une main ferme : la mesure quoique impopulaire sera prise aussi vite que possible c’est à dire dans 16 jours ! Fort heureusement, selon l’inaltérable principe de la double lame, le premier ministre est venu rattraper la bourde du Président en avançant le mesure de 11 jours (à moins que tout ceci ne fut qu’un plan savamment conçu pour donner de l’épaisseur au nouvel arrivant).

On pouvait supposer que le patron ne voulait pas contrarier les estivants de juillet dont la sociologie pousse à croire qu’ils font partie de ses électeurs au détriment des aoûtiens, beaucoup plus populaires et peu enclins à se mettre En Marche. Le délai de rigueur s’imposa donc par calcul politique, une variable qui échappait sans nul doute à ses médecins conseils. On peut aussi supposer qu’il ne désirait pas s’aliéner les marchands juste avant les soldes. Quoiqu’il en soit Castex a tranché faisant passé son chef pour ce qu’il est véritablement.

On mesure tout autant la notion d’urgence aux sommets de l’État. Seize jours pour prendre une mesure qu’on nous présente comme essentielle, vitale, d’impérieuse nécessité, ça laisse pantois celui qui donne encore crédit à la parole présidentielle. Puis à bien y regarder, cette longue attente n’a peut-être d’autre but que de nous faire comprendre qu’en matière médicale à l’inverse de la justice parfois, le temps n’a aucune importance dès lors qu’il s’agit des intérêts supérieurs de la nation.

Les jugements expéditifs sont réservés aux pauvres gens, malheureux gilets jaunes pris dans la tenaille d’un pouvoir dont les représentants peuvent attendre un procès 25 ans sans que quiconque ne soit scandalisé dans ce microcosme coupé du monde réel. Tout au contraire, en matière de santé, un quidam attendra des heures dans les couloirs d’un hôpital tandis que ces VIP de la santé, passeront en priorité.

Nous devons en tenir compte désormais. Seize jours c’est ce qui se fait de plus rapide quand l’urgence et la santé de tous l’impose. Il conviendra de retenir la leçon pour les demandes pressantes du fisc ou d’autres institutions. Le délai de réflexion, de rétractation passe désormais à ces fameux seize jours, ce sera la jurisprudence du 14 juillet.

Freluquet apportant là, la première et seule mesure en faveur de cette plèbe qu’il déteste tant au point d’avoir substitué les feux d’artifices, ce spectacle éminemment populaire et souvent gratuit au profit d’un bouquet fatal de banalités, de truismes et d’expressions creuses. Je doute que les citoyens aient goûté cette appropriation de notre Fête Nationale par un individu si peu républicain. La monarchie a ainsi confisqué la célébration de la prise de la bastille.

Pour la véritable urgence écologique, n’attendez rien de ce personnage. Il balaie d’un revers de la main les mesures qui s’imposent, se chargera de faire oublier les propositions de la commission citoyenne sur le climat. Nous sommes bien en Monarchie puisque ce que le peuple veut, le prince le repousse sans même s’en expliquer. Le monde d’après sera celui d’avant en pire avec un individu qui n’a qu’une seule idée en tête : « Rester au pouvoir en 2022 ! »

Après lui, le déluge. Louis XV a trouvé un digne successeur. Il a véritablement tous les talents pour nous mener vers la grande catastrophe finale. J’avoue ne toujours pas comprendre comment des électeurs en conscience ont ainsi placé à la tête du pays un aussi curieux phénomène. Nous en paierons les conséquences quand l’autre sera parti se couler des jours heureux dans un paradis fiscal. À moins que son nouveau premier ministre à l’accent de sincérité, lui sauve enfin la mise pour repiquer en 2022, ce qui est bien la seule préoccupation de ce triste sire.

Urgemment sien.

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