Le débat en peau de chagrin.

Deux minutes, montre en main

L’intelligence minutée.

 

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La farce ne cesse de tourner en rond chez Macron. Notre bon Freluquet réunit les intellectuels du pays, un échantillon représentatif, trié sur le volet de soixante cerveaux incontestables afin d’évoquer l’avenir de la nation en apportant une pierre de plus au Grand Débat. C’est à noter du reste, en agissant ainsi, notre cher escamoteur en chef sous-entend implicitement que toutes les contributions précédentes, arrivées en nombre ne sont que la roupie de sansonnet puisque émanant de la plèbe, de ces gueux sans culture ni réflexion réelle.

Cette posture n’a d’ailleurs rien de surprenant dans un système qui ne peut imaginer que le peuple a son mot à dire. La confiscation de la parole est la pierre angulaire de cette représentation confiscatoire qui n’a d’autre but que d’écarter des allées du pouvoir les ouvriers, les minorités, les paysans, les pauvres et tous ceux qui peuvent faire tâche dans cette assemblée de bourgeois propres sur eux.

Mais la plaisanterie est poussée plus loin encore. Nos bons intellectuels estampillés doivent poser une question et une seule au terme d’une intervention limitée à deux minutes. À quoi sert d’interroger des gens à la pensée complexe s’ils ne peuvent la développer. Avec Freluquet les dissertions devront désormais prendre le format Twitter 144 caractères et pas un plus dans la prochaine réforme du Baccalauréat !

Pire encore, nos bons maîtres doivent naturellement fournir leur contribution avant que de se rendre à la cérémonie officielle. La liberté d’expression a certainement des limites quand on s’adresse au Seigneur des lieux. Tout doit être sous contrôle, le chef ne veut pas une seule note discordante dans la célébration de sa gloire. Des experts lui prépareront des réponses cinglantes afin de briller une fois encore devant des caméras, toujours plus braquées sur cet artiste de l’entourloupe.

Quant au débat, comment peut-il exister sans controverse, sans réponse, sans confrontation d’idées ? Un seul a toujours le dernier mot. C’est de l’omniscience y compris devant les esprits les plus brillants du pays qui ne sont pas en mesure d’enchérir sur la parole du guide suprême. La jeunesse de notre artiste explique sans doute cette hypertrophie de sa personnalité. Il se permet d’écraser tout sur son passage sans le moindre complexe.

Faut-il lui rappeler que le Peuple est souverain ? Nous n’avons plus aucun doute sur la suite de cette incroyable pantomime. Des citoyens sont tirés au sort pour participer eux-aussi à condition d’être propres sur eux et conformes par la magie d’une sélection qui relève de l’écrémage. La procédure n’a aucune raison de laisser place à la moindre surprise. Il convient de tout contrôler pour que les moutons demeurent bons à tondre. Le tirage au sort demeure la règle, les thèmes sont fixés, la parole doit se limiter dans le cadre fixé par le grand Manitou.

Curieusement tout ce cirque faussement démocratique me hérisse le poil. La tonte risque de devenir de plus en plus délicate pour celui qui use à l’excès de tous les anesthésiants possibles. Quand toutes les contributions seront centralisées, moulinées par des logiciels évanescents. La synthèse sera donc sous le seul contrôle du pouvoir. Qui ira contester les choix dans ce barnum d’une tempête dans tous les crânes ?

La suite ne permet aucun espoir, aucune attente sérieuse. Freluquet a repris la main en trompant tout un pays. Il peut leurrer les gogos, gruger les naïfs, manipuler les médias, dévaluer les intellectuels, briser les rebelles, casser tous les désirs de justice sociale, il n’en restera pas moins un Président dévalué, déconsidéré, déclassé, destitué aux yeux de tous ceux qui ne se laissent pas prendre dans ce filet aux ficelles trop grosses pour être honnêtes. Après le mépris, la tromperie la plus massive que ce pays n’ait jamais connue. Bravo l’artiste !

Facticement sien.

 

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à regarder absolument

Fin du grand débat, début du grand débarras ! Frédéric LORDON Bourse du Travail Paris 14/03/2019 © ERC Vidéo

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