Fracture$.

Le désastre est en cours.

L'impasse salutaire

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Tout est organisé pour que la division soit la règle dans cette nation. La fracture sociale est devenue la norme, la pomme de discorde aimerait à dire notre bon Jacques Chirac, grand spécialiste en la matière comme tous ceux de sa corporation. Pour mieux régner, il convient de semer la haine et la discorde dans le pays, d'empêcher les gens de se comprendre en jouant avec le feu de la fragmentation des esprits.

Des éléments de langage sont insidieusement distillés par des ministres, des porte-flingues, des experts en communication. Le message, simplifié à l'extrême, approximatif ou carrément erroné passe de proche en proche, devient une vérité officielle dont s'approprie une partie de la population tandis qu'une minorité émet des doutes, demande à comprendre (ce qui serait la moindre des choses).

Il n'est plus besoin d'expliquer ni encore moins de justifier. De toute manière, apporter des preuves à des assertions qui émanent d'un camp ou bien de l'autre n'est plus possible. Tout est truqué, trafiqué, biaisé comme ils aiment à utiliser ce verbe qui nous fait opportunément comprendre le but de la manœuvre. Plus rien n'est vérifiable, il faut avaler la couleuvre officielle ou se nourrir du venin vipérin du complot. Entre les deux, pas de salut.

Et si par malheur ou simplement par inconscience vous émettez des doutes en public, pointant de doigt les incohérences ici, les exagérations là, vous êtes immédiatement rangé dans le camp adverse. On ne vous écoute pas, on vous repousse, on vous méprise. Car désormais, toute discussion amicale, familiale ou impromptue, tourne à la joute verbale, au pugilat ou à l’esclandre.

Les uns comme les autres sont porteurs de la vérité, la seule qui soit, celle de leur camp. L'idéologie était morte nous disait-on pour favoriser l'émergence du ni-ni cher aux illusionnistes. Pourtant, l'ère de la radicalité est revenue, impitoyable dans son expression, méprisable dans ses conséquences.

Les uns vouent les autres aux gémonies, leur promettent la mort, la leur souhaitent. Les autres jouent les Cassandres et les prophètes de malheur, le grand génocide étant au bout du chemin. Discourir avec un quidam est devenu un long chemin de croix, parsemé des tombeaux passés ou à venir. Sur le marbre, des plaques qui accusent, pointent du doigt ceux d'en face.

La camarde se frotte les mains. L'Ankou a de beaux jours devant lui. Si le virus ne remplit pas assez sa terrible mission, les humains se chargeront de lui donner un coup de pouce. La bataille sanitaire est pour bientôt, le climat est insurrectionnel. Mais rassurez-vous, nulle remise en cause du système et de ses serviteurs, l'ennemi c'est l'autre : le voisin, l'étranger, le prochain, le vacciné, le complotiste, le médecin, l'antivax… La liste est trop longue pour citer au désordre de la nation les différents protagonistes de la future empoignade.

Détestez-vous les uns les autres, tel est le curieux catéchisme qui se propage aussi vite que les variants. La vindicte n'est ni populaire ni salutaire quoiqu'elle se prétende sanitaire. Prenez garde à ne pas prononcer des oukases contre votre prochain. Acceptez une opinion divergente et ne croyez pas que celui qui pense autrement menace votre vie. C'est foutaise que cette idée, absurdité totale d'une manipulation langagière pour le seul maintien d'une caste au pouvoir.

La solidarité, la fraternité, l'humanité se moquent de savoir si vous avez un vaccin dans les veines. Cessez de poser cette question, recentrez-vous sur ce si précieux secret médical qui n'a de cesse que d'être bafoué par les uns et par les autres. La discorde se fera dissension avant que de devenir désastre. Le temps est revenu de parler d'autre chose et d'agir chacun pour soi en conscience et dans le respect des différences.

Pacifiquement vôtre.

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