Histoire de la Loire 2

En marge du Festival de Loire d'Orléans : La communauté des marchands fréquentant la rivière de Loire et fleuves descendant en icelle : 2

C Entre Gaulois et Romains

 

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Sur la plupart des fleuves et des rivières navigables ou naviguées : Moselle, Seine, Saône, Durance, Rhône, Loire, il avait des collèges de nautes, dont plusieurs y étaient établis dès les premiers temps de la domination romaine. Mais auparavant, les gaulois naviguaient également et n’avaient pas attendu Jules pour faire commerce avec leurs voisins tout belliqueux qu’ils étaient.

Le port d’Orléans est établi sur la rive nord à proximité du pont de bois. Nous sommes certainement autour de -150 avant JC et l’activité y est installé dans cette cité qui n’est pas très étendue. C’est d’abord un pôle commercial enserré derrière un muret de proction.

Sur l’eau, les gaulois naviguent sur des Utriculaires, des bateaux assez grands comme peuvent le laisser supposer les découvertes archéologiques sur le Rhône. Ils se nomment ainsi car ils assurent leur flottaison en s’équipant d’outres remplies d’air sur les bordées. Nous ne savons pas grand chose de leurs fabrication mais les charges évoquées laissent supposer une taille respectable.

Les gaulois sont de bons navigateurs, sans doute meilleurs à ce petit jeu que le romains. C’est ce qui posera problème à César lors de sa conquête guerrière. Il n’a pas la maîtrise de la rivière et cherche à contourner cette difficulté. C’est en pensant autrement qu’il va parvenir à s’imposer sur les nautiers.

À Amboise, les romains se lancent dans la construction de bateaux légers, maniables à la rame, rapides et courts (environ 6 à 7 m) De petites nautes, des naucelles d’où le nom déformé depuis du village situé sur la rive Nord : Nauzelle. Ces embarcations sont équipées d’armes de combat pour s’attaquer non pas aux adversaires mais aux gréements et aux parties indispensables à la flottaison.

Les romains feront de même du côté de Bouchemaine pour construire des bateaux de mer légers afin de s’imposer sur les Senons. C’est fort de ces deux victoires navales que César établira sa domination sur la Loire et son embouchure.

À partir de là, l’administration romaine va imposer sa main mise sur la Loire en créant des taxes qui vont perdurer au cours des époques. Taxes sur l’alcool, le sel, l’appontage, l’accostage et le transport. Vous pouvez apprécier la modernité de la gestion romaine. Le droit de boite est né là et l’entretien de la rivière était déjà un soucis incontournable pour la bonne marche des affaires.

Ce système fonctionnera jusqu’en 476, date qui marque l’effondrement de l’Empire. On a la trace de la continuité de navigation en 451 quand les tropes impériales viennent au secours d’Aurélianis assiégée par les troupes d’Attila en partant de Sete, en remontant le Rhône, la Saône avant de faire 52 kilomètres sur des chemins pour retrouver la Loire et la descendre afin de voler au secours du futur Saint Aignan et de ses ouailles.

La Loire était donc naviguée et pour l’épisode du siège, nous sommes en juin, donc à une période habituellement de basses eaux. Elle est entretenue par un système de taxes avec des hommes employés à cet effet. Nous n’avons pas d’éléments précis pour savoir exactement comme cela s’organisait mais à l’évidence, le commerce empruntait les voies d’eau.

Le vide laissé par le départ des romains provoquera une dégradation considérable des berges. Nous en voulons pour preuve les travaux dans lesquels se lancent les moines de Micy sous les directives de Clovis à partir de 509 pour remettre en état ce qui avait été négligé. Ce sera une prochaine étape dans notre récit au long cour.

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D : Après les romains

 

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La chute de l’Empire romain voit une nouvelle répartition des pouvoirs et des emprises régionales. Les Bourguignons étendent leur influence sur le Rhône, les Francs sur la Seine et la Loire.

Les Francs, il faut bien le reconnaître jugent d’un assez mauvais œil les négociants même s’ils encourageaient par intérêt sans doute le commerce. Ce sont d’abord des guerriers aux mœurs rudes qui jugent fort mal ceux qui ne se battent pas. Pourtant ils ont la sagesse de conserver les grandes institutions laissées par les romains. Parmi celles-ci les collèges de Nautes perdurent naturellement, quoiqu’il soit complexe d’en déterminer les natures exactes.

Charlemagne place les navicularii sous la protection de ses officiers de justice. C’est ainsi qu’il en fait une sorte de profession libérale qui échappe à un service public. Les Nautes sont donc libres de leur activité commerciale dont ils entendent défendre les intérêts en se regroupant. La Vallée de la Loire est à cette époque encore l’artère principale des communications d’une mer à l’autre et au sein du pays.

La ville de Tours est à cette époque l’une des plus importantes cités de l’Ouest tandis que les abbayes de Saint Benoît et Micy, Marmoutiers et Saint Florent jouent un grand rôle dans le négoce. La ville d’Orléans après avoir été Capitale d’un bref royaume mérovingien demeure une cité commerçante d’importance. Elle est placée sous la tutelle des rois de la seconde race : « Les Orléans ».

Tout fonctionne de manière équilibrée jusqu’aux invasions normandes puis l’instauration d’un régime féodal qui éparpilla les règles et multiplia les péages. À une autorité unique et centralisée se substituèrent des baronnies aux pouvoirs caricaturaux et excessifs. Les péages en furent le plus désolantes des manifestations, transformant la navigation en coupe-bourse avec jusqu’à 220 lieux de taxation sur le cours de la Loire.

Les commerçants ne pouvaient rester sans réagir devant ce racket éclaté. Ils se constituèrent en groupe d’intérêt et de pression. Une communauté des marchands s’installe en bord de Seine en 1112. Le roi de France lui abandonne son droit de lever une taxe de 60 sols sur chaque bateau chargé de vin. C’est ainsi que les marchands disposent d’un revenu pour entretenir la rivière et faire action de police afin de suppléer un état totalement défaillant.

La communauté des marchands de Loire apparaît sous le règne de Philippe Le Bel. Son but est la sûreté de la navigation et la protection du commerce. Elle agit vraisemblablement dans la continuité de ce qui existait auparavant aux IV et V° siècles. Il a tout lieu de penser que cette institution n’avait pas disparu même s’il est compliqué d’en trouver traces précises.

Durant cette longue période obscure, les villes de Nantes, Orléans, Cosnes et Roanne sont restées prospères, avec des foires réputées et très actives, des ports entretenus et fréquentés. C’est donc que les commerçants se sont toujours constitués en ghilde pour entretenir la rivière, défendre leurs intérêts et maintenir un commerce actif. La naissance ou renaissance officielle de la Communauté des marchands ne fera qu'entériner ce qui n’avait jamais disparu. Ce sera le prochain épisode de cette formidable saga.

 

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