De la langue de bois.

Pour embra(s)ser le débat.

 

Nos élus font de copeaux ...

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Ils ont des mots plein la bouche, c’est d’ailleurs la seule et unique compétence nécessaire pour exercer cette magnifique activité qui brasse le vent et fait quelques vaguelettes de ci de là. Au tout début du monde politique, la langue de bois a été adoptée afin de ne pas sombrer dans ce flot de paroles oiseuses qui fait la sève du métier. Elle tenait l’amer à distance, intriguait les marins d’eau douce, assurait un amarrage commode dans n’importe quelle circonscription.

Puis le progrès allant son train, l’ambitieux a cessé de s’ancrer dans un territoire, il lui fallait voler de ses propres ailes, choisir des grandes villes, se donner du relief et de l’importance. Monté sur ses ergots, le coq s’envola pour se retrouver parachuté en un lieu plus idoine. Curieusement la langue de bois plombe l’atterrissage, ne garantit pas une réception convenable avec petits fours en cas de succès. Elle plane et se laisse porter par les vents dominants, si bien que le « xylolocuteur » change de casaque et parfois d’essence avant de mettre pied à terre.

Du reste, la langue de bois facilite grandement tout changement de couleur. Seul le vernis, cette couche superficielle qui ne nécessite ni culture ni entretien fastidieux, peut aisément changer de teinte et même virer parfois vers des coloris plus sombres. Point n’est besoin d’un ponçage, la langue aime les couches successives pour ressembler trait pour trait à celui qui s’en sert.

Le dérèglement climatique pose à contrario d’énormes problèmes au circonlocuteur versatile. Passer au vert n’est pas sans conséquence pour un bois sec de cœur. La sève ne monte plus jusqu’à la surface, le manque de conviction saute aux oreilles des futurs électeurs qui ne sont pas dupes des simagrées de circonstances. Le ver n’est pas dans le fruit quand celui-ci est blet. Il n’est plus rien à attendre de celui qui sera tout juste bon à mettre en confiture, pour une longue et somnolente conservation au Sénat.

Pour le tribun de souche, la langue de bois cause des problèmes insolubles. S’il reste ancré sur ses positions, il prend racine et s’attache tellement à sa terre d’origine que son discours sent le rance et l’intolérance. S’il s’en démarque, déraciné, il s’égare dans un cosmopolitisme dans lequel il risque de se prendre les pieds, pour peu qu’il se retourne trop souvent. Souche et langue de bois ne font paradoxalement pas bon ménage.

Si par hasard un bourgeon naissait sur la langue de bois, il convient alors de surveiller de près celui qui sème son discours d’un langage fleuri. Bien vite, il vous embobinera, vous fera monter aux branches avant que de vous asséner sauvagement des coups d’une badine qui accompagnera nécessairement son avènement. Vous en avez un bel exemple sous les yeux, sans parvenir à saisir pour l’heure, les dangers réels de celui que je nomme Freluquet.

Hélas, à trop en user, la langue de bois fait des copeaux que son locuteur abandonne sur un chemin qu’il pense parsemé de roses. Il ne songe pas à ramasser les reliefs de ses discours, sciant ainsi la branche sur laquelle il s’est installé pour pérorer dans le vide. Le pauvre ignore sans doute les lois de la combustion, quand, comme une traînée de poudre les tas de copeaux s’enflamment et l’arbre finit par se consumer avec son tribun au faîtage.

La langue de bois, c’est l’essence même de la politique. On vous promet du Bouleau, on se retrouve le bec dans l’eau tandis que le Saule pleure ses enfants sacrifiés. L’orateur joue de son Charme un temps puis finit par se sentir si Mélèze, que son véritable discours met le feu au pays. Le peuple Tremble, les Hêtres se retrouvent dans une telle situation qu’ils disent au beau parleur : « Frêne, Frêne ! ». L’autre voyant le peuple se Noyer, se réjouit de lui imposer de nouvelles Chênes. C’est à l’Aulne des souffrances des citoyens qu’on mesure l’efficacité d’un chef, lui souffle des conseillers Cyprès du pouvoir qu’ils sont aveugles à la réalité. Quand la populace ulcérée lui tombe sur l’Érable, le pays est à feu et à sang. L’Orme nouveau n’était qu’un leurre, la révolte se fait révolution jusqu’à ce que Cèdre le monarque et qu’on lui coupe sa langue de bois et la tête avec.

Xylolaiement leur.

 

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