L'homme au bras long

Il n'y a pas que sa santé qui nous soit chère

Rien qu'un pauvre type !

 

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Il était une fois un petit homme énervé, si peu soucieux des convenances et des règles communes qu'il se plait à détourner les grands principes républicains pour n'agir qu'à sa guise et se croire encore en Monarchie. Ce ci-devant déchu a le bras long, un privilège qui à défaut de lui faire perdre la tête, lui permet de piétiner la morale et de sauver sa peau en faisant sien le précepte de l'un de ses prédécesseurs : « Après moi le déluge ».

Ce petit homme pourtant fut renvoyé un jour de mai 2012 à sa vie ordinaire de simple citoyen. Il ne pouvait l'entendre ainsi, il lui fallait continuer à jouir sans entrave, à manger la grenouille bien plus grosse que le bœuf par les deux bouts. Il lui fallait mener grand train aux frais de la princesse pour continuer d'éblouir sa duchesse chanteuse. Rien n'est trop beau pour ce petit monsieur agité.

Soucieux de sa santé au-delà de tout, il a soigneusement repoussé l'idée de finir dans une maison du même nom. S'il aime à bénéficier de quelques services de l'état ce n'est certes pas ceux du système pénitentiaire et encore moins du judiciaire dont il a soigneusement bordé les limites d'action. Qui pourrait l'en blâmer, l'exemple de ses bons amis de Levallois-Perret lui a ôté toute envie de faire une cure amaigrissante.

À soixante-six ans, le Zébulon de la vie publique se sent las de toutes les charges qu'il doit assumer pour mériter ses pensions, indemnités, rétributions diverses et importantes, conférences grassement rétribuées qui embellissent son existence et mettent du beurre dans les épinards. Il se sent vieux, estime avoir usé son existence au seul service de la nation ce qui l'autorise à déroger à la règle commune pour un petit vaccin injecté en catimini dans un hôpital militaire.

Il devait ne pas se sentir le nez très propre pour ainsi se cacher et subir l'injection miracle qui allait contribuer à poursuivre longtemps encore son existence de parasite. Il n'a pas souhaité imiter l'impudeur du ministre de la santé qui n'a pas hésité à se dénuder le torse, tel un ver en chaleur, pour montrer l'exemple et convaincre les récalcitrants. Non rien de tout ça chez notre misérable petit homme, seule la conservation de sa peau expliquait cette entorse à la règle commune.

Il est en cela le paradigme de ces anciens élus qui se pensent de droit divin, usent sans vergogne de statuts qui n'ont pas lieu d'être dans une démocratie. Ce que ces gens coûtent au trésor public est aussi scandaleux qu'inutile d'autant qu'ils n'hésitent pas à monnayer chèrement leurs compétences supposées pour figurer dans des conseils d’administration, pour siéger au conseil d'état ou dans les tribunes du Parc des Princes.

Voilà pourquoi ce petit homme a mis en danger la vie d'une personne de plus de soixante-quinze ans qui est peut-être morte à cette heure. Il a pris sa place sans vergogne, sans aucune humanité pour continuer à mener la Bamboche à nos frais. Nous devrons exiger sa destitution, sa radiation des cadres et surtout des bénéfices de ses anciennes fonctions.

Ce misérable au bras long n'a aucune dignité, aucun respect pour le peuple. C'est la dernière facétie d'un individu qui n'a jamais brillé par sa grandeur d'âme. Nous n'avons plus à débourser le moindre denier pour ce genre de personnage. Il est grand temps, dans cette période d'exception, de solder définitivement les privilèges dignes de l'ancien régime.

Après-tout, ce petit homme au bras long bénéficie désormais de la seule immunité qui vaille, celle qui préserve de ce maudit virus. Qu'il aille donc au diable jouir de tout l'argent qu'il nous a soutiré et que ce geste lui vaille l'opprobre générale. En tout cas, il hérite de la mienne. Seul l'exil peut récompenser comme il se doit son infamie.

Honteusement sien.

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