Tête d’affiche

Tel le Phénix …

Quelque chose de Benalla

 

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Est-ce l’incendie de Notre Dame qui a inspiré les responsables de la communication du parti de Freluquet pour les élections Européennes ? On peut légitimement se poser la question quand on voit ce merveilleux Phénix, nullement candidat du reste, en tête de Gondole et d’affiche pour un scrutin dont l’enjeu pour lui est sa volonté de renaître de ses cendres. Comme souvent en la matière, il n’y a pas de fumée sans feu. Notre joyeux pyromane met en garde contre les méchants boute-feux qui menacent son hégémonie, histoire de se placer en recours pour une Renaissance illusoire.

La Renaissance justement est fort à la mode en ces temps de célébration du demi-millénaire de François Premier, Chambord et Léonard, tous les trois dans le même bateau de Loire. Les experts en communication ont justement pensé que la reconstruction de Notre Dame, menée nous dit-on tambour battant, sera le symbole opportun d’un renouveau de la fierté nationale. Il y a juste un petit écrasement historique, Maurice de Sully n’a rien à voir avec ce mouvement venu d’Italie.

Autre erreur précisément, si la Renaissance macronnienne prend elle aussi modèle sur notre voisin transalpin, les principes défendus pour la gouvernance risquent de changer du tout au tout. Giuseppe Conte est bien loin des thèses défendues par celui qui s’en réclame désormais. La fièvre jaune aurait donc bouleversé la donne en ce pays ?

Quant à s’afficher ainsi sans être directement concerné, ce n’est plus une renaissance ni même une crise de croissance mais bien un pas de plus franchi vers le culte de la personnalité, ultime recours pour ceux qui n’ont en définitive aucun projet politique consistant. Le chiffon brun agité devant les électeurs pour favoriser le vote utile en est d’ailleurs la preuve. Le seul projet est de conserver la première place, rien de plus.

Il se peut au demeurant que j’extrapole abusivement et que ce revirement de trombine ne soit le fruit que d’un constat tardif et de nature exclusivement esthétique : «  Le beau merle dispose d’un plumage plus seyant que la petite oiselle au ramage inaudible ». « Faute de Merle on mange des grives », les électeurs risquent de se souvenir de l’adage et faire payer la prétention du bonhomme à tirer la couverture à lui.

Désireux de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, notre bon Freluquet a éparpillé façon puzzle les autres volatiles de l’endroit. Trente quatre listes, le tour est joué, la démocratie en a un coup dans l’aile et seule son altesse sérénissime devrait en toute logique tirer les marrons du feu. Qu’il se méfie néanmoins, les dindons de la farce peuvent tout aussi bien se réveiller et se rendre en masse aux bureaux de vote afin de lui clouer le bec.

Cette Renaissance à bien y regarder n’est donc que le retour cyclique d’un printemps. Il n’y a pas dans ce pays de grand élan susceptible de nous faire passer des temps obscurs de la cinquième République aux lumières d’un pouvoir démocratique, brillant et éclairé. Le cynisme de cette affiche dépasse vraiment les slogans habituellement vaseux de nos communicants.

Je suis stupide, je n’avais pas du tout saisi la raison principale de ce choix. Elle me saute aux yeux et au porte monnaie. Très prosaïquement du reste, elle n’est que de nature financière. Comme les stades portent les noms des grandes entreprises qui par le « Nommage » (je n’utiliserai pas l’affreux anglicisme ici) s'approprient leur identité, le parti du Président, dont la campagne est largement financée probablement par la société Vinci, n’a rien eu de mieux dans cette logique surannée, que de trouver un slogan évocateur de cette société autoroutière. Léonard doit se remuer dans sa tombe !

Électoralement sien.

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