L'affaire est dans le sac.

Le casse-tête des départs.

Bourrage de crâne

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Partir en vacances manquerait de sel sans son préliminaire incontournable qui constitue un véritable casse-tête tout autant qu'un case tout. Que vais-je emporter ? Quel contenant utiliser ? Valise, sac de voyage ou de randonnée, malle ou bien vrac, la question se pose avec une terrible acuité. Elle prend parfois des allures de drame quand il s'agit de prévoir l'imprévisible tout en intégrant les différentes contraintes.

Qui n'a jamais connu les affres du sac à dos avant le départ d'une longue randonnée ignore combien de renoncements il faut accepter pour voyager léger. Pour les autres cependant, ceux qui se satisfont d'un véhicule pour se mouvoir, le manque de place dans le coffre finit toujours par les rappeler à l'ordre. Il faut immanquablement faire des choix. Tout départ commence en somme par une série de frustrations.

Ne revenons pas sur le contenant quoiqu'il convient de souligner que l'énorme valise blindée sur roulette relève plus du transport de fond que de l'aventure estivale. Hélas, elle s'impose dès qu'il s'agit de fréquenter les mauvais traitements dans les soutes de l'indignité. Nous évacuerons ce cas de figure qui nuit gravement à l'environnement pour ne rester que très terre à terre.

Le sac se doit d'être mou pour se plier aux contraintes du bourrage de coffre. C'est ainsi qu'il élimine d'entrée de jeu les objets fragiles qui devront rester sur place à moins qu'ils ne bénéficient d'un conditionnement particulier. Le voyageur doit consentir des sacrifices ou renoncer à son projet. Adieu les objets transitionnels électroniques, ils sont les messagers d'une décadence que nous essayons d'oublier par notre fuite.

L'inventaire textile est la grande question de l'heure. La météo joue les trouble-fête et à tendance cet été à nous pousser à la circonspection. Le tout été peut-être un pari pour les optimistes et s'avérer une catastrophe si le ciel se fâche. Prévoir un coup de frais et un peu de pluie semble être sage précaution en ces temps de grand dérèglement. Le masque à ce titre ne figure pas que dans les sacs de ceux qui partent à Venise, le carnaval n'est pas prêt de prendre fin : la farce tire un peu trop sur l'élastique.

Faut-il du rechange pour chaque jour ou bien envisager des lavages sur place ? Vaste question qui va déterminer le volume. Le randonneur quant à lui sait que chaque jour, il fera sa petite lessive pour limiter au maximum la vanité vestimentaire. Il n'aura pas non plus à se soucier des tenus de galas, de sortie, de représentation. Il entre en ascèse, découvre le dénuement et fuit les oripeaux de la futilité.

De plus en plus, c'est la trousse des produits d'entretien qui joue de la disproportion. La planète se moque de tout cet arsenal aussi malodorant que chimique qui gonfle votre bagage, ponctionne votre budget et influe sur l'état de l'atmosphère. Un bon savon de Marseille fera tous les usages pour les gens raisonnables, le marcheur le sait très bien. Le vacancier gagnerait à le découvrir.

Les pieds se signalent à votre attention. Qu'ils réclament bas ou chaussettes passent encore quoique rien ne vaut le pied nu pour se sentir en vacances. Mais c'est le débat entre l'escarpin ou le godillot qui fait obstacle au gain de place. La chaussure de marche, indispensable pour qui veut aller loin, a le désagrément de se montrer récalcitrante au rangement. Le mieux est de la garder au pied lors de la migration au risque d'un ridicule qui ne tue pas.

Le couvre-chef peut lui aussi vous pousser à vous faire des cheveux. Si le chapeau de paille est une formidable protection, il n'en demeure pas moins totalement réfractaire au rangement. Le bob ou la casquette se plient davantage aux exigences de l'entassement. C'est à vous de faire le rapport entre le confort et l'efficacité à moins que vous n'optiez pour l'insolation.

Une fois ces choix effectués, vous découvrez qu'il vous faut vous encombrer de chargeurs électriques multiples et incompatibles avec la légèreté de l'été. De ce côté-là, si vous souhaitez rester en prise avec le réel, vous allez singulièrement gâcher vos vacances. Osez donc le sevrage, il n'est pas plus belle occasion. De toute manière, nos congés ne tiennent qu'à un fil, l'épée de Damoclès a tendance à tirer elle aussi sur la ficelle de l'impasse salutaire. Bon séjour malgré tout en espérant que nous n'aurez pas à défaire votre sac précipitamment.

Vacancièrement vôtre.

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