L'émoi en hère.

Pas de chance !

Farce de l'arrière train

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Retrouvons si vous le voulez bien notre vagabond sublime qui, il faut bien l'avouer, ne comprend rien à ce qui se trame en ce moment. Depuis plus d'une année, Archimède perd son latin lui qui du reste n'a jamais fricoté avec les langues mortes pas plus qu'avec celles d'outre-frontières. Il a toujours fait son chemin avec les différentes langues d'un pays qu'il a sillonné de long en large, se moquant bien de comprendre comment un hexagone pouvait s'y prendre pour n'avoir que quatre coins.

Il est d'ailleurs du coin où qu'il se trouve, pourvu qu'il se retrouve en territoire authentique, simple, hospitalier. La chose au demeurant devient de plus en plus compliqué, il lui semble que progressivement, seul le lointain visiteur est attendu dans cette contrée qui se targue d'être la plus belle destination touristique du monde.

Dépliants, enseignes, écriteaux omettent bien souvent notre bon parlé « François » et toutes les langues vernaculaires qui collent encore à quelques palais obsolètes. Archimède s'en désole, il refuse pourtant de donner sa langue au chat angora. Il conserve sa jactance, sa parlure, son langage n'en déplaise aux représentants fallacieux d'une mondialisation destructrice.

Archimède pourtant est dans tous ses émois. Lui le pauvre hère qui erre sans but ni raison se trouve confronté à des portes qui se ferment, des dos qui se tournent, des mains qui le mettent à distance. Il est vrai qu'il avance, une crécelle à la main, pour signifier à tous qu'il ne se pique ni se targue de modernité.

Il ne peut comprendre ce qui se targue, lui qui jamais ne lit un journal ni n'écoute les informations. Il a bien remarqué un brusque sursaut de pudeur parmi les urbains qui depuis un certain temps se voile la face et cessent leurs habituelles et sempiternelles embrassades. La fin des effusions aurait-elle semé la confusion dans ses esprits si peu patelins ?

Archimède n'en a cure. Il fuit la ville, se réfugie à la campagne, découvrant abasourdi qu'il convient de qualifier de Ruraux ceux qui étaient, il y a peu, les plouks, les pécores, les pedzouilles, les bouseux, les cul-terreux … Un changement de vocable et tout est différent même si les coqs continuent de chanter tandis que les ânes venus de la ville braient d'indignation.

Tour ceci se termine par une ode à la ruralité qui indispose notre pauvre chemineux. Ce terme sent son amidon passé sur une réalité qu'il convient de rendre plus roide, plus présentable, plus acceptable pour ceux qui viennent manger le pain des pauvres paysans. Il en rigole encore notre vagabond qui observe à distance les transformations à la ronde.

Par contre, ce qui ne le fait pas du tout rire ce sont tous ces furieux qui le poursuivent, une seringue à la main en exigeant de lui qu'il se plie à la folie de l'heure. La maréchaussée, revenue aux temps si peu glorieux du passeport intérieur, lui réclame un sauf conduit, un lasser-passer, une attestation de bonne moralité ou que sais-je encore.

Ils n'ont même pas la correction de s'adresser à lui en bon français, eux qui sont pourtant fonctionnaire d'une République jusque là fière de la sa langue. Ils se content comme bien souvent d'ailleurs depuis peu, d'un sigle, d'un code secret ou d'une affreux dessin qui s'affiche sur un espion numérique.

Archimède n'a rien de tout ça. Il veut bien présenter ses papiers, il les a toujours sur lui même s'il a l'impression désormais qu'il peut aller se torcher avec. Oui messieurs dames, la vulgarité a gagné la partie. C'est ainsi dans notre bon pays où tous ceux qui ont pignon sur rue ou uniforme et képi lui réclament à corps et à cri un Cul Hère code, une sorte de Sésame qu'il convient d'afficher sur son arrière train, c'est du moins ce qu'il en a compris. Le pays est-il revenu aux temps de la clandestinité et de l'oppression étrangère ? Archimède s'interroge. Il va devoir prendre le maquis pour à nouveau vivre tranquille. Il ne peut même plus dormir à la belle étoile sans être importuné par quelques milliardaires qui y tournent en rond. Décidément ce monde court à sa perte !

Errement sien.

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