La détente gourmande

Le festival des parfums.

Blanche cultive le plaisir gustatif

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Chaumont sur Loire : son château, son festival des jardins, l’association marinière Millière Raboton du toujours regretté Jean Lay et sa magnifique et délicieuse halte gastronomique : « La détente gourmande » de Blanche Breton ; voilà ce qu’on pourrait dire de cette charmante ville ligérienne. Comme il est inutile désormais de vanter le Festival des jardins dont la réputation a depuis longtemps dépassé le cadre hexagonal, j’ai envie de partager avec vous les saveurs qui se dégagent de ce bel estaminet qui n’est ni un restaurant, ni un salon de thé mais bien un lieu unique et délectable, une table tout autant qu’un lieu qui enchante la vie.

Il est des endroits où l’on ne peut s’empêcher de revenir quand le hasard, un bon conseil, une découverte fortuite vous ont mis en relation. L’essayer c’est se l'approprier pour longtemps tant l’ambiance y est si singulière, chaleureuse et intimiste à la fois. Un accueil discret vous met immédiatement à l’aise, vous n’avez pas le sentiment de pénétrer dans un restaurant mais bien chez l’hôtesse, dans son jardin d’hiver ou bien sur sa terrasse si le temps et la chance sont de votre côté.

Vous êtes les bienvenus. Vous prenez place sur une chaise de jardin en métal comme si vous répondiez à une invitation. Ce sera bientôt le cas d’ailleurs. Ici, votre statut de client n’est pas le prétexte à un comportement obséquieux de celles qui vous reçoivent. Vous êtes d’abord un invité, un inconnu de passage qui a daigné pousser une porte bleue à laquelle on ne frappe pas.

Vous avez gravi quelques marches de pierre pour accéder à un perron étroit sur lequel se dressent 5 tables rondes pour installer une douzaine de privilégiés. L'intérieur est tout aussi exigu, dix places tout au plus, une cuisine étroite au cœur de la place, des livres, des tableaux, des pâtisseries à vous damner, des vins naturels et biologiques du pays, tout vous pousse à tenter l’expérience d’un arrêt prolongé.

Vous ne serez pas déçu je peux vous l’assurer. Tout est naturel, tout est fait à la main, tout est maison et issu de la proximité. Ne cherchez pas un produit exotique, un plat sophistiqué, une grande recette traditionnelle née de l’imaginaire fertile d’un marmiton anorexique. Ici, c’est à la fois la subtilité et le délicieux qui seront dans votre assiette. Si le beau n’est pas exclu, le très bon est à sa place car c’est d’abord l’explosion des saveurs qui vous saute aux papilles.

Je ne vais pas gâcher votre plaisir en vous mettant l’eau à la bouche par le récit détaillé d’une carte qui suit le rythme des saisons et des arrivages. Je ne le ferai pas parce que la carte se contente d’ailleurs de décrire le contenu sans mettre des noms ronflants, des titres qui déçoivent si souvent une fois que vous êtes mis devant la pauvre évidence. Ce sera tout le contraire à la détente gourmande, celle sur laquelle on appuie pour se faire du bien !

Chaque bouchée sera surprise et exclamation, découverte et émerveillement. Tout est douceur et nuance, subtilité et mélodies des goûts. Vous vous retrouvez des années en arrière, quand votre vieille grand-mère vous préparait un plat rien que pour vous en se jouant d’associations qui naissaient de son imagination féconde. C’est en tout cas, la réminiscence mienne, moi qui ai eu ce bonheur rare d’avoir un cordon bleu sans pareil dans mon ascendance.

Les vins se mettent au diapason sans se monter le bouchon avec des appellations de prestige, des prix à vous signifier leur immense valeur théorique. Le local rempli le verre, avec tact et délicatesse, authenticité et longueur en bouche. Vous en redemanderez, vous promettant d’aller visiter ces vignerons qui œuvrent si bien.

C’est là, la double détente de cet arrêt incroyable, cette formidable adresse. Non seulement vous souhaiterez y revenir mais de plus, vous aurez l’envie de faire le tour de tous les fournisseurs de la dame qui a l’art de choisir ceux qui enchantent allègrement sa cuisine. Je sais un ami qui n’envisage pas de manquer désormais cette halte gourmande. Il pense même y emmener sa mère, ce qui chez lui est la marque de la plus haute considération. Je vous conseille de faire comme lui tout en vous dépêchant, la maison ferme le 4 novembre jusqu’à la prochaine saison.

Délectablement sien.

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