Retour de flammes

Boute et Couvre sont dans un brasier…

Flemme au foyer ...

 

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C’est l’éternel combat du bien et du mal auquel se livrent ces deux groupes humains depuis qu’un peu après la nuit des temps, un membre du clan Boute s’est emparé de deux silex qu’il a frappés l’un contre l’autre. De ce simple geste, l’homme s’est senti tout feu tout flamme, se voyant déjà un grand avenir sur la Terre. Dans la lignée Couvre, on est plus circonspect : c’est dans la nature pré-humaine de refroidir toute forme d’optimisme tout en essayant d’éloigner le risque potentiel d’un embrasement général.

Immédiatement, ça a jeté un froid dans une amitié qui jusqu’alors, les rendait inséparables. Ils étaient toujours de mèche avant cet incident qui mit le feu aux poudres affirmèrent leurs compagnes qui curieusement ignoraient tout de ces éléments de langage. Il faudra bien des siècles pour éclairer leurs propos prémonitoires. Mais laissons-cela aux historiens sérieux et penchons-nous plus avant sur ces prémices de la Guerre du Feu.

Les membres du clan Couvre dont c’était le tour de tenir le rôle de chef de tribu se montrèrent particulièrement fermes. Ils interdirent à tous les membres de leur communauté humaine de sortir la nuit venue. Le patriarche Boute vit là une manœuvre pour contrer son invention qui éclairait d’un jour nouveau l’aventure humaine. Le débat fit rage, le baptême du feu commençait de fort mauvaise manière.

L’amour vint se mêler à la querelle. Un homme Boute se consumait d’une passion secrète pour la compagne de son voisin Couvre qui en tant que chef, ne désirait pas pratiquer l’échangisme. Il accusa sournoisement son adversaire d’avoir le feu au cul, il convient de dire ici que sa découverte lui était montée à la tête. La suite fut d’ailleurs du même tonneau.

Les deux femmes dont naturellement les hommes n’avaient nullement demandé leur sentiment, jetèrent de la graisse de mammouth sur leurs foyers respectifs, histoire de mettre un peu d’huile dans les rouages. Bien mal leur en prit, l’intérieur de la caverne fut envahi par une fumée épaisse. Beaucoup toussèrent et l’on redouta immédiatement une mauvaise grippe. Par mesure sanitaire, il fallait séparer le clan en deux, d’autant que douze personnes dans un espace aussi restreint, cela risquait d’aggraver la situation.

C’est le clan de Couvre qui prit la poudre d’escampette laissant le soin au chef des Boute et aux siens d’installer de lestes barrières devant l’entrée afin d’éviter leur retour. Pour le clan de Couvre, ce fut le début d’une longue errance à la recherche d’un nouveau foyer. Sans le secret des Boute, l’existence devint rapidement insupportable. S’étant réfugiés autour d’une vaste étendue d’eau, ils durent en convenir ; il n’y avait pas le feu au lac et pourtant le temps pressait.

Le plus sage des Couvre la mort dans l’âme dut se résoudre à envoyer un représentant auprès du clan ennemi pour obtenir le précieux secret. C’est un enfant qui fut tiré à la courte paille pour aller mettre la main et rapporter son secret. Si le gamin se brûla les doigts, il réussit néanmoins à amadouer le monstre avec de l’amadou. De retour auprès de son clan, il leur enseigna une nouvelle manière de dompter le feu.

Chacun pensa alors que le partage de la découverte allait sonner la paix des braves. Cet espoir fit long feu. Les membres du clan Boute, firent feu de tout bois, brûlant tout sur leur passage dans le feu d’une action qui n’avait aucun sens. C’était totalement absurde ; leur nouvelle puissance de feu leur ayant donné des envies de domination.

Tout au contraire, dans la lignée de Couvre, le feu fut rapidement sacré. On le confia à des prêtresses pour le conserver précieusement et n’en user qu’avec parcimonie. Un rituel s’installa, on y célébrait le mystère de ce feu qui réchauffe les âmes tout en portant en lui le risque d’embraser la planète. C’est là que naquit le concept fort discutable du feu bienveillant de Dieu et la fournaise du Diable.

La suite hélas exprima sans nul doute la victoire de Satan. Entre les descendants des Boute et ceux des Couvre, ce fut une guerre permanente. Ils mirent la Terre à feu et à sang, laissèrent sous la cendre bien des braises qu’un simple souffle ravivait. On ne joue pas impunément avec le feu, les humains n’eurent pas la sagesse de trouver une voie médiane entre les Boute-feux et Couvre-feux.

Aujourd’hui encore, leurs batailles font des étincelles, chacun espérant retirer les marrons du feu pour au final, mourir à petit feu d’un virus à qui des apprentis sorciers ont donné le feu vert pour importuner les braves gens. Puissent ceux-là au moins monter sur le bûcher afin de refroidir toutes les querelles de l’heure. Le feu serait alors rédempteur. Il serait grand temps de faire la part du feu.

Anthropocentriquement leur.

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