À quoi bon ?

Les cercles hermétiques …  Cinq années d'expression et de colère, cinq années de billets quotidiens qui décrivent ce monde et ses travers, ses folies et ses injustices. Cinq années, fort heureusement de textes différents, de balades et de rêveries, de fables et d'histoires, de portraits et de délires. Mais à quoi bon tout ça quand le cercle des lecteurs demeure celui des humbles et des silencieux, des gens sans pouvoir à la seule colère impuissante ?


Les cercles hermétiques …

 

Cinq années d'expression et de colère, cinq années de billets quotidiens qui décrivent ce monde et ses travers, ses folies et ses injustices. Cinq années, fort heureusement de textes différents, de balades et de rêveries, de fables et d'histoires, de portraits et de délires. Mais à quoi bon tout ça quand le cercle des lecteurs demeure celui des humbles et des silencieux, des gens sans pouvoir à la seule colère impuissante ?

La toile est un miroir aux alouettes. Elle donne l'impression fictive de donner sa chance à chacun, à tous ceux qui s'imaginent pouvoir être entendus et essayent modestement de faire bouger les lignes. Rien de cela ne se réalise, les cercles concentriques des pouvoirs locaux, départementaux, régionaux et nationaux sont parfaitement hermétiques. Nos coups de gueule restent muets car jamais ils n'atteignent leur cible.

 

Le seul mérite, et il est grand, de ces bouteilles à l'amer, est d'élargir le réseau des déçus, des bâillonnés, des gens qui ne comptent pas. Nous nous sentons moins seuls, nous nous serrons les coudes, nous nous encourageons quand cela est possible sans jamais agir sur le réel. Pire même, notre colère ne fait que s'accroître, tant nous constatons à quel point notre impuissance est immense.

 

Le rouleau compresseur des médias serviles est bien plus efficace que nos pauvres agitations désespérées. Nos messages restent lettres mortes, nos billets ne circulent que dans le petit réseau de la contestation du système qui se garde bien d'offrir une quelconque place à l'expression de la révolte et de l'indignation. Pire même, les humoristes officiels , valets de ce système, ne font plus qu'œuvre de dérision sans jamais s'attaquer aux fondements de cette société de l'injustice et de l'iniquité.

 

Nous crions dans le désert. Les paravents sont dressés et jamais nos pamphlets ou nos témoignages ne touchent leurs cibles. Il n'est plus possible de s'adresser aux maîtres de ce monde, protégés qu'ils sont par une armée de gardes du corps et de trompe-la-réalité. Il faut en effet, éloigner le réel de nos chers responsables, leur garantir une confortable ignorance afin de ne pas troubler le peu de conscience qui leur reste.

 

Nous pensions que la toile serait l'expression salutaire d'une démocratie réelle. Elle n'en est que les soubresauts dérisoires, les ultimes contractions avant la chape de plomb de la censure et du silence. On voit se dessiner les préparatifs de lois liberticides visant à museler ceux qui, de toute manière, ne seront jamais écoutés.

 

Oui, ça sert à quoi d'écrire ainsi sans jamais avoir la moindre réponse ? Bien sûr, «Ils» finissent par savoir, ils finissent par être irrités et alors vous découvrez que votre disque dur a reçu une étrange visite, que votre téléphone émet de curieux grésillements, que l'on vous repousse lors d'une fête locale et que l'on vous tourne le dos avec mépris et condescendance. Ce sont les attributs du pouvoir monarchique que de mépriser ainsi ceux qu'on est censé représenter.

 

Les vraies instances de la parole citoyenne sont inaccessibles. Les radios locales doivent fermer leurs antennes à la libre expression sous le prétexte fallacieux que les prochaines élections municipales imposent cette mesure d'équilibre. Mensonge que cela; car par qui serions-nous véritablement représentés dans un système électoral totalement pipé qui donne le verdict avant que de commencer l'épreuve ? L'argent mis à disposition des deux grands partis hégémoniques est, à ce titre,le meilleur et le plus sûr moyen de maintenir la mainmise actuelle et ce partage en deux clans si semblables.

 

À quoi ça sert de voter, de crier, de se plaindre quand nous n'avons plus aucune influence sur des décisions qui sont prises si loin, au nom d'un coup d'état libéral permanent, mené par une commission européenne, véritable junte politique ? Comment allons-nous imposer cette sixième République citoyenne et mettre à bas ce personnel politique corrompu, aveugle et sourd à nos peines et nos déboires ?

 

Je continue pourtant de semer mes billets sur ce réseau sans espoir. Les seuls qui s'y montrent d'une redoutable efficacité sont les Trolls, les envoyés d'une force brune qui veulent détruire toute pensée non conforme à leur idéologie de la haine. Plus le temps passe, plus j'ai la certitude qu'ils sont les complices objectifs de la clique gouvernante.

 

Allez, oubliez ce coup d'épée dans l'eau! La fatigue ou l'impuissance a justifié cette longue plainte qui se perd dans les méandres du virtuel. Aucun de ceux qui ont une parcelle de pouvoir ne peut comprendre ce que j'exprime ici. Ces gens-là sont si loin de nous, si loin de cette société qui implose, qui se désagrège alors qu'ils continuent de briller dans le faste d'une représentation usurpée.

 

Accablement leur.

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