La chasse au trésor.

Aventure en pleine nature.

Sur les traces du récit

 

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Il suffit parfois de quelques réminiscences, d’un récit tombé du ciel ou bien du hasard pour déclencher l’envie irrésistible de remonter le temps, d’aller sur les traces de ses ancêtres. C’est en évoquant le moulin de son grand-père que notre ami Jean Christophe a mis en branle ce désir de retrouver l’endroit où naquit cet homme qui enchanta son enfance.

Pour nous imprégner du personnage, pour nous donner l’envie de le suivre si cela avait été nécessaire, il ressortit de l’armoire le portrait du bonhomme, le jour de son mariage, fier comme un paon breton au bras de sa charmante épouse. Il découvrit encore le diplôme attestant que Joseph avait à 98 ans, pour sa participation à la grande guerre, hérité d’une légion d’honneur,, arrivée bien tardivement pour lui alors que les canailles se l’accordent sans aucun mérite en pleine force de l’âge.

Cette insulte faite à la longue liste des camarades de Joseph qui furent couchés sur le monument aux morts de Dinéault, nous allions la rattraper en redonnant vie à ce passé lointain avant la déflagration folle de ce siècle qui naissait. Nous nous équipâmes de pied en cap pour affronter les broussailles, la petite rivière, les ronces et les parasites. Les vacanciers se grimaient en explorateurs, pour partir à la recherche de ruines au creux d’un vallon devenu impénétrable.

Il fallut tout d’abord cerner la zone à explorer. Les souvenirs des récits du vieil homme n’étaient pas imprécis mais dénués de la localisation GPS de notre époque. Le petit fils du facteur avait besoin d’une longitude et d’une latitude pour nous mener dans le secteur d’investigation. Faute de ces indispensables données, il fallait se résoudre à suivre le cours d’eau dans un secteur délimité par une mémoire imprécise.

Nous trouvions plus exaltant d’agir ainsi, nous n’osions l’avouer à celui qui n’avait qu’une idée en tête, retrouver le moulin de son grand-père. Nous approchâmes du périmètre supposé en voiture. La petite route ne laissait guère de place pour garer les véhicules. Les bords de celle-ci, couverts de fougères et de ronces laissaient encore moins de possibilité de pénétrer dans le petit vallon. Ce fut la première quête …

Fort heureusement, l’un de nous s’était équipé d’un coupe-coupe qui fut de toute première utilité pour tailler un passage dans ce mur végétal. Nous nous engouffrions à sa suite, dans la mystérieuse forêt, ce n’était pas Brocéliande mais qu’importe, pour nous, le rêve et le mystère étaient au rendez-vous.

Nous trouvâmes tout d’abord un petit affluent du Garvan, ce ruisseau sur lequel le moulin était installé. Jean-Christophe, tout heureux de disposer de son indispensable réseau dans cet imbroglio d’arbres et de végétaux entremêlés, trouva une carte qui confirmait la proximité de la confluence. Nous approchions du but semble-t-il.

Il nous fallait bifurquer vers l’ouest pour trouver le ruisseau en question. Nous nous enfoncions dans un inextricable entrelacement de plantes, nous piquant, devant parfois éviter un arbre couché par une tempête. C’est alors qu’un cri retenti : « Il y a un mur ! ». Nous venions de découvrir, miraculeusement intact, le four à pain et à lin du moulin.

Certes, il était désormais couvert de végétation. Quelques arbustes poussaient sur son dôme que Jean-Christophe se promit de venir arracher afin de préserver encore cette magnifique construction. Car, son foyer est encore en parfait état, il suffirait de presque rien pour que fume à nouveau ce témoin de la vie de la communauté de la rivière. Quelle émotion !

Nous étions tout près du but. Le bruit de l’eau qui coule nous mena à proximité des ruines. Celles-ci, éparses, attestaient de la présence de plusieurs bâtiments qu’il était difficile de repérer, tant le temps avait laissé peu de choses en place. Une fenêtre, une petite lucarne avait échappé aux outrages de l’abandon, elle témoignait de la localisation de la partie habitée du moulin.

Ce fut alors une nouvelle aventure, la reconstitution supposée du fonctionnement du moulin. La rivière n’étant pas immédiatement contre lui, où était la captation de l’eau, où se situait le canal d’acheminement, par où rejoignait-il la rivière ? L’examen du relief, les pierres manifestement placées là par l’homme nous permirent de nous constituer une représentation approximative de l’installation. Il ne nous manquait que l’endroit où l’eau était captée.

Nous remontâmes la rivière, sacrifiant chaussures et pantalons pour tenter de découvrir une bonde ou bien un indice plus subtil. Nous n'avions la plupart du temps de l’eau que jusqu’au mollet quand souvent la rivière s’accordait une boucle dans laquelle, nous en avions jusqu’à mi-cuisse. Souvent, nous devions sortir de son lit, des arbres nous faisant barrage. Enfin, une boucle plus en amont présentait un étrange prolongement. Un petit tunnel laissait à croire que de l’eau s’y engouffrait autrefois.

C’est du moins ce que nous avions envie de croire même si ensuite, peu de traces nous permirent d’étoffer cette hypothèse. Mouillés, griffés, couverts de végétaux accrochés à nos cheveux, nous avions découvert notre trésor. Une joie enfantine, un bonheur que nous partagions tous, même si nous n’avions pas connu le gars Joseph. L’aventure n’a pas besoin d’exotisme, elle est parfois à quelques pas de là où l’on réside.

Explorateurement vôtre.

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