Au-delà de cette limite…

Quand le privé entache le public

Question de fond

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Il ne fait jamais bon, c’est certain, d’être un homme public ou une femme sur le devant de la scène. On peut aisément comprendre alors, leur volonté de garder un espace protégé, un havre de paix et de quiétude afin d’échapper aux regards et aux ragots. Les journalistes se sont d’ailleurs souvent fort bien conduits dans ce domaine, sachant passer sous le boisseau des ragots qui n’auraient servi en rien l’honneur de la profession.

Il est donc possible de tenir sa langue ou sa plume même quand la vie privée connaît les inévitables soubresauts d’un parcours qui ne sera jamais un long fleuve tranquille. Les maîtres et les maîtresses, les gros et petits défauts, les travers et les addictions inavouables n’ont rien à faire dans le combat politique pourvu qu’ils ne pointent pas du doigt des agissements non seulement contraire à la morale citoyenne mais également à la nécessaire probité civique.

Comment réagir quand le cas hélas se présente et qu’on découvre que ce que la rumeur laissait supposer, s’avère au final exact ? Les langues de vipères ne distillaient donc pas du venin mais une sordide vérité. La nouvelle est terrible et l'agitateur patenté de s’interroger sur le risque qu’il y aurait à dévoiler le pot aux roses. Dans pareil cas, il faudrait disposer de reins bien plus solides que ceux d’un pauvre citoyen ordinaire pour jeter de l’huile sur le feu qui couve.

Voilà donc le chroniqueur mit devant le fait accompli ; l’auto-censure s’impose à lui car la vérité est si vilaine, la situation si scandaleuse qu'immanquablement la justice viendrait se mêler de défendre l’indéfendable, de préserver l’honneur de celui ou de celle qui l’a bradé sans remords. Pourtant que diable, l’exigence de vérité démange, l’envie d’exposer au grand jour les turpitudes et magouilles qui se font derrière notre dos et presque en notre nom.

Mais ce n’est pas possible. Il faudrait des pièces, des preuves quand les nombreux témoignages n’y suffisent pas. C’est ainsi que la vérité est bien plus complexe à démontrer et que le silence s’impose face à la parole mensongère officielle. C’est un terrible cas de conscience, une souffrance que de voir triompher un temps, pérorer plus encore les coupables supposés innocents et vierges de toutes manœuvres délétères.

Il reste à faire confiance au temps tout en semant de petits cailloux sur le chemin des douteux. Le doute, ne profite que rarement à ceux qui ont franchi la ligne rouge, fut-ce sous la protection d’une chape de plomb et de silence. Les gens parlent, la situation finit par se savoir, les consciences prennent alors la mesure de la chose. Dans le secret des isoloirs, les étiquettes, les adoubements, les moyens financiers ne seront que de peu de valeur face à la vox populi, outragée par ce qui se murmure discrètement.

Le temps fera son œuvre, les urnes livreront leur verdict. Même une hypothétique victoire ne pourra jamais laver un linge sale qui n’est pas resté en famille. Il y aura des regards désapprobateurs, des mains qui refusent de se tendre, des dos qui se tournent. Le mal est fait et parfois il convient d’en convenir et de rétablir son honneur ou bien de se retirer.

J’ai usé de l’ellipse pour évoquer non pas un cas particulier, je n’en aurais pas la possibilité, mais bien un contexte qui se reproduit de temps à autre dans notre démocratie si faussement transparente. Les véritables canailles sont à l’abri. L'opacité demeure la règle dans de telles situations et ceux qui sont véritablement à blâmer sont les complices, les collègues, les compagnons de route qui ferment les yeux, se taisent et soutiennent encore simplement pour garder la place la fois prochaine. Comment peuvent-ils en conscience soutenir l’indéfendable ?

Insolvablement vôtre.

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