L’heure endettée

On avance ou on recule …

Il n'y a sans doute pas de quoi en faire toute une pendule

 

c2

 

La commission de Bruxelles souhaite la fin de la ronde des horloges. Le changement d’heure risque de s’achever le dimanche 28 octobre prochain. Adieu les économies d’énergie et la farce des discussions absurdes entre braves gens qui ne savent plus à quel cadran se vouer. Pour les besoins du commerce, de la circulation des marchandises, le changement d’heure était un lourd handicap d’après nos grands Manitous du libéralisme.

Pour tuer son chien, on l’accuse de la rage. Le changement d’heure avait, d’après ces très hauts dignitaires du pouvoir absolu, bien des désagréments. Les accidents de la circulation augmentant considérablement lors du passage à l’heure d’hiver comme si l’hiver en lui-même ne pouvait pas être une explication en soi. Les enfants étaient perturbés, les programmes télé perdaient des spectateurs, trop occupés à remonter toutes les pendules chez eux …

Alors, il faut tuer une heure et de préférence l’heure d’hiver. Le confort des urbains se satisfait aisément d’un décalage de deux heures avec le soleil. Un repère qui n’a de sens pour nos chers décideurs que s’il permet de remplir les commerces, les terrasses de café et aide à la consommation de biens marchands. La course au dérèglement climatique passe nécessairement par l'exécution du temps solaire.

Les vieilles badernes de la commission européenne, une fois encore agissent contre nature. C’est dans l’essence même de cette Europe du fric que de ne jamais se soucier des rythmes biologiques, de l’aspect naturel des choses. L’heure doit se plier au dogme libéral. Le capitalisme est à son zénith même si le soleil a deux heures de retard. Tant pis pour ceux dont le métier est d’être proche des animaux, de travailler en extérieur, de vivre avec des enfants plus sensibles que les autres au rythme circadien.

Deux heures de gagnées sur l’astre qui nous éclaire seront bonnes à prendre. Les éleveurs vont courir après le temps, seront toujours plus en décalage avec la vie des autres citoyens. Mais qu’importe, ils sont si peu nombreux et surtout si peu consommateurs. Leur train de vie, toujours plus mis à mal, ne mérite plus qu’on les considère comme des gens ordinaires.

Bien sûr ils sont largement minoritaires, mais que signifie un monde qui écarte d’un revers de la main, les repères que la nature a, depuis des millénaires, proposé à l’homme et à toutes les formes de vie sur la planète. Ce système absurde a déjà aboli les saisons en acceptant de se plier aux caprices des consommateurs qui veulent manger des fraises en hiver. La Planète a rétréci, le soleil doit se plier à son tour à notre folie démentielle. Les yeux au ciel, nous n’avons plus qu’à attendre la catastrophe finale.

La commission de Bruxelles n’est pas capable de prendre les vraies décisions, celles qui pourraient éradiquer les poisons utilisés par nos agriculteurs, enchaînés au rendement par leurs banquiers. Ils sont incapables encore de mettre l’humain au cœur de cette machinerie honteuse, asservie aux seules lois du marché. Mais pour montrer malgré tout qu’il existe, ils viennent de pondre un décret essentiel à la survie de l’espèce.

Tous les petits enfants qui partiront le matin à l’école en pleine nuit, remercieront ces sages, si peu attentifs aux « crypto-influenceurs », les lobbyistes qui décident de tout à rebours de nos besoins et intérêts. L’heure sera comme nous autres, endettée jusqu’au cou, la plus sage manière de gouverner nous privant de la possibilité de la révolte afin de toujours pouvoir payer nos traites. Avec deux heures de débit, les pendules resteront silencieuses elles-aussi, on va leur couper le coucou.

Chronologiquement leur.

c1

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.