À maux couverts.

La feuille d’automne …

La véritable raison de la répression forestière

 

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Un vénérable arbre remarquable me glissa à l’oreille : « Quelle étrange période que voilà ! » Je ne peux que lui donner raison tant l’absurde se conjugue avec l’injuste tandis que tout est bon pour contrarier les braves gens, les assigner à résidence pour les punir d’être encore en vie loin de leurs souches et de leurs racines. Oui mes bons amis, nous devrions abolir tous nos plaisirs, nos loisirs, nos temps libres pour nous consacrer exclusivement à l’amour de notre Grand Freluquet sans oublier cependant de réaliser notre labeur quotidien.

Dans cette logique magnifique, la prohibition des grands domaines forestiers domaniaux relève de la plus belle volonté de briser toute forme de résistance d’une population à soumettre par la contrariété systématique et la dissuasion la plus stupide. Il est donc interdit, au nom de notre bien-être d’aller cueillir des champignons, courir dans les sous-bois, marcher sur un tapis de feuilles mortes dépourvu de masque usager.

Ceux qui jadis étaient des citoyens d’une République démocratique aimeraient comprendre les motifs qui prévalent à cette entrave inqualifiable de notre liberté d’aller où bon nous semble. Il y a forcément un motif qui nous échappe, une bonne raison inavouable pour expliquer pareille mesure qui distille le doute sur la santé mentale de nos décideurs. Une enquête s’impose.

Une évidence saute d’abord aux yeux de celui qui aime à chercher la petite bête. S’il n’y avait là qu’un caprice de technocrates urbains, l’état ne mettrait pas les grands moyens pour mettre en place le contrôle de la mesure : drones, hélicoptères, police montée, brigades canines sont à l’œuvre pour traquer les dangereux délinquants, qu’importe le coût de l’opération. Ce qu’on nous cache doit être d’importance pour justifier pareille gabegie.

J’ai sollicité les plus fins limiers, qui en dépit des risques encourus, se sont lancés sur les traces d’une vérité cachée. Ils ont tout d’abord supposé que nos adeptes de la langue de bois voulaient en cette période particulièrement exigeante, se ressourcer en toute tranquillité aux pieds de leurs essences favorites, recherchant au plus secret de la forêt l’inspiration pour continuer à nous mener en bateau. Peine perdue, nulle cérémonie initiatique sous le chêne sacré, nos druides ont coupé depuis belle lurette tout lien avec la nature.

Une autre hypothèse méritait exploration. C’est le chêne qui me mit sur la piste. J’évacuais immédiatement l’idée que ce fut le gui qui puisse intéresser nos canailles. Ils font trop confiance à la juteuse industrie pharmaceutique pour chercher un remède tiré des ressources naturelles. C’est donc au pied de l’arbre qu’il fallait se pencher pour éventuellement y trouver des glandeurs cherchant à renouveler les troupes, les sympathisants du parti au pouvoir étant de moins en moins nombreux. Une fois encore, je faisais mauvais sentier forestier.

Je pensais faire chou blanc lorsque je vis un chapeau pointer le bout de son nez sur un pied robuste mais immobile. Les champignons devaient être la cause de la mesure liberticide. Les élus, habitués désormais voulaient sans doute s’arroger l’exclusivité de la cueillette. La quête des privilèges n’a pas de limite sous cette République bananière. Je brûlais.

Les hôtes de la forêt pouvaient être à l’origine de la chose. Mais si le blaireau pouvait bien attirer nos législateurs, nul pangolin dans nos espaces sylvestres. À trop chercher la petite bête, on s’égare dans de vaines recherches. Pour la faune, nos princes disposent de la réserve de chasse de Chambord qui devrait largement satisfaire leurs loisirs morbides aux frais de la princesse.

Mais quelle espèce était-elle ainsi cause de tout ça ? En tout premier lieu, je me penchai sur les trompettes de la mort. Messagères de mauvais augures, elles avaient le profil idoine pour expliquer la mise sous séquestre de nos forêts. Là encore, je me leurrais. Est-ce alors le cèpe de bordeaux qu’il convenait de protéger pour ne pas contrarier un membre du Conseil Constitutionnel. Idée saugrenue qu’il fallait rejeter. Le pied de mouton avait le profil. C’est justement pour contrarier les moutons bêlant que l’interdiction avait été proclamée. Mais était-ce motif suffisant pour déclencher une surveillance tatillonne ? J’avais un doute.

Je fis alors le tour de toutes les espèces comestibles sans trouver de justification sérieuse à ce huis-clos forestier au début d’un bel automne. J’allais renoncer à comprendre quand je vis l’image du ministre de l’intérieur. Bon dieu mais c’est bien-sûr, ce monsieur déjà imbuvable avait une autre intention en tête. C’est donc un champignon indigeste qui était cause de cette farce. Je ne mis guère de temps alors pour le débusquer : le phallus impudicus appelé dans le langage vernaculaire le Satyre puant : vous l’aurez reconnu j’espère !

Voilà la cause de la mesure la plus absurde de ce confinement qui n’en manque pas pourtant. Nos forêts sont interdites, pour protéger la réputation d’un puissant injustement mis en cause. Chacun aura sa propre interprétation, je garde par devers moi, celle qui me titille l’esprit, forcément mal placé.

Mycologiquement sien.

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