Jean Naimard

Gloire à lui …

… et honte à l'autre !

 

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Jean Naimard est un footballeur amateur, un homme passionné qui voue tous ses loisirs à son sport favori non pas comme spectateur braillant dans les stades injures et grossièretés à longueur de rencontre mais bien en mouillant un maillot qu’il lave lui-même et en donnant du temps pour les gamins de son club. Il est respectueux envers l’arbitre, poli vis à vis de ses adversaires et charmant coéquipier pour les siens.

Jean n’a jamais quitté son club : « La Fraternelle de Vatan » dans l’Indre. Il y est resté dans sa charmante petite ville car il aime son groupe de copains, des gens formidables, tous berrichons jusqu’au bout des crampons, de solides gaillards qui ne se roulent pas par terre au premier coup d’épaule venu, des amis sur lesquels il a toujours su compter.

Avec eux, il fait parfois des soirées un peu arrosées ; il faut bien que jeunesse se passe, mais jamais il ne leur viendrait à l’idée quérir spécialement pour ça, une jeune femme rencontrée sur internet qu’ils feraient venir du fin fond de la Corrèze pour quelques parties fines. Eux, ils sont tous mariés, installés dans la vie et responsables. C’est sans doute pourquoi la presse ne couvre jamais leur histoire pas plus du reste que leurs prouesses sportives.

Jean et ses amis, je ne sais si vous allez me croire, paient leur licence, achètent leur équipement et prennent leurs véhicules personnels pour se rendre en déplacement, dans les villages voisins. Il leur arrive même de donner un coup de main à l’employé de la commune pour entretenir leur petit terrain bosselé. Le jour des matchs, il y en a toujours un qui place les drapeaux de corner tandis qu’un autre repasse les lignes…

À Vatan comme partout ailleurs dans les matchs de district, on fait comme on peut pour payer les frais. Jean cherche à vendre des billets de tombola et une fois l’an se démène pour trouver des lots pour le Grand loto qui fera vivre l’association toute l’année. Alors pensez bien que dans un tel contexte, les sommes folles déversées sans pudeur par les journalistes qui évoquent son presque homonyme, ça le laisse de marbre. S’ils boivent un coup, ce sera juste une bière ou deux, qu’ils paieront rubis sur l’ongle. Le champagne qui dégouline sur la pelouse, ça ne leur viendrait jamais à l’idée.

Jean ne rêve désormais plus que d’une chose, d’un seul slogan à hurler à la face de ce petit enfant gâté des médias, ce type toujours blessé qui fait alors la une par ses frasques et ses indignités, il voudrait lui crier dans les oreilles le nom de son village et rien de plus ! Ce gringalet prétentieux et adulé par des imbéciles est devenu en l’espace de deux ans une croix bien lourde à porter pour ce brave garçon. Jean n’en peut plus d’être comparé par ironie certes à ce qui se fait de pire dans l’esprit sportif.

Jean m’a raconté son calvaire. Il aimerait enfin être considéré, que des journalistes s’intéressent à lui comme à ses camarades et laissent enfin tomber ce champion d’opérette, cette étoile filante qui se brûle les chevilles à chacune de ses sorties. Le sport, ce n’est pas des millions crachés à la face d’un Monde qui se meurt, ce n’est pas plus la vanité de toutes ces têtes couronnées qui viennent au stade pour tutoyer la lumière des Dieux du . Le sport ce n’est qu’un humble loisir que Jean et ses amis pratiquent en n’oubliant jamais de retourner au boulot ensuite.

Jean n’aspire plus qu’à retrouver la paix, le ballon qui n’est pas toujours bien rond, ni parfaitement neuf, sa tenue qui ne porte aucune marque et cette pelouse qui gagnerait à être roulée un peu plus souvent. Pourtant c’est lui qui a été roulé par la destinée. Porter un tel nom, quelle misère, vivement que l’autre artiste de pacotille s’en retourne d’où il est venu. Jamais Jean n’a répété autant de fois son prénom et son nom quand on lui parle de foot et pourtant je vous assure qu’il n’a pas la grosse tête, lui !

Raslebolement sien.

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