L’insoumission n’est pas l’invective

La face crachée de celui-là

Contre-pouvoir ou Contre tout pouvoir ?

 

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Il fut un homme qui attira ma sympathie par la puissance de son verbe, sa capacité à tenir la tribune comme les grands orateurs de jadis. Il avait alors un souffle lyrique, une dimension littéraire qui le plaçait largement au-dessus de ses pairs, incapables le plus souvent de manier le lyrisme et la langue alors qu’au fond, c’est bien là le seul talent que le citoyen est en droit d’attendre de ces beaux parleurs.

Puis la frustration des échecs a altéré le discours. Le plus souvent, notre tribun tomba lamentablement dans l’invective, s’en prenant le plus souvent aux comparses, subalternes, personnages secondaires n’agissant que dans le cadre de leurs fonctions. Journalistes, policiers, députés de second ordre furent les cibles d’autant plus aisées que notre tirailleur des mots dispose d’un lexique largement supérieur à ces pauvres bougres.

C’est avec une voix tonitruante qu’il dépassa la limite. Un orateur n’a pas besoin de vociférer pour faire entendre ses arguments, fussent-ils frappants et convaincants. L’arme dont il a su si bien user se retournait contre lui. La parole a besoin de tenue, d’un cadre dans lequel les envolées, les éclats de voix ne sont que des éléments transitoires, des effets de manche au service d’une démonstration étayée et développée dans la sérénité.

Là, tout au contraire, il est passé maître dans le coup de gueule, les aboiements mordants, les dérapages désolants. Il vitupère, éructe, crache des propos insensés. Il salit les idées qui sont les siennes et qui méritent encore d’être exposées pour convaincre. L’insoumission qu’il prône doit se matérialiser par l’irrespect, l’irrévérence ironique, le propos acides et les répliques piquantes. Ce sont là les outils des prosateurs. Mais lui a franchi la limite, les décibels remplacent l’argument et pire encore, le manque de respect est devenu son fonds de commerce.

Car c’est bien là ce que je lui reproche désormais. Lui qui avait cette faculté de tutoyer le génie oratoire en nous entraînant dans des tirades dignes des grandes plumes, il s’est offert depuis quelque temps une descente en piqué, une chute libre telle que désormais il se place au ras des pâquerettes, n’hésitant plus maintenant à vagabonder dans le caniveau. C’est indigne de l’insoumission, merveilleuse caractéristique de ceux qui ne veulent pas vivre à genoux.

Cette fois, les aboiements de notre homme desservent radicalement cet espoir qu’il a fait naître. Il est le plus efficace adversaire de ses idées. Ses prises de position délirantes pour des dictateurs, ses hurlements dont il est si fier qu’il se permet de les filmer dans une folie suicidaire absolue, ses saillies qui relèvent plus du café du commerce ou des salles de garde que du parlement et du débat publique sont indignes et devraient le pousser à renoncer définitivement à représenter ce courant de pensée.

Transformer le parlement en cour de récréation ou pire encore, en ring de boxe est naturellement à la portée de tous ses adversaires. C’est même ce naturel détestable qui a provoqué le grand désintérêt des citoyens pour la chose politique. Lui avait su placer la barre ailleurs, le temps trop court où la tête ne lui enfla pas. Mais depuis, il s’imagine être le sauveur, le pourfendeur unique de tous les travers de cette classe indigne dans lesquels il se vautre avec délectation.

Car, il faut bien l’admettre, notre homme jubile de ses dérives, se délecte de ses coups de gueule, jouit de ses colères. Il a conservé son art oratoire pour le mettre entièrement au service d’un spectacle désolant, dégradant et insultant pour tous ceux qui espèrent une refondation totale et radicale du système par une sixième République qu’il a un temps représentée

De cette triste descente aux enfers, nous pouvons au moins retenir le seule évidence qu’impose ce spectacle. Nul individu ne doit incarner la nation, une idée, un parti politique. L’humain est faillible et c’est même ce qui en fait son incapacité à s’élever au-dessus de la masse. Le principe même de représentation est nuisible. La cinquième République en mettant en un seul tous les pouvoirs réels est une pure folie. On mesure combien les derniers Présidents sont tombés dans tous les pièges du pouvoir individuel. Freluquet, à ce titre, n’est ni pire ni meilleur que les autres.

Quant à ce triste pantin désarticulé désormais que j’évoque ici sans vouloir le nommer, il est grand temps qu’il passe la main et se taise, en dépit d’un verbe qui a perdu à jamais sa magnificence et sa crédibilité. L’exemplarité est indispensable quand on revendique l’insoumission.

Pitoyablement sien.

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