Encore à quatre mains - 2 -

Le plaisir d’écrire.

PATIENCE !

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J’ai voulu d’écrire par le menu le déroulement de l’aventure livresque tout autant que romanesque narrant la rédaction de notre second roman en commun, Nadine et moi. Ma partenaire a émis quelques regrets, je restais trop à distance de cette folie que constitue une rédaction commune. C’est tout simplement parce que je souhaitais mettre l’accent sur le seul aspect de l’écriture afin d’expliquer combien cette expérience est formatrice.

Je dois cette fois vous avouer le plaisir immense d’être sans cesse surpris par celle qui est la véritable scénariste de cette fiction. Après avoir déterminé le contexte, avoir fixé l’argument initial je me suis laissé porter à nouveau par les rebondissements et les personnages sortis de l’imagination foisonnante de ma collègue.

C’est elle qui mène le bal de l’intrigue, place des pions à mon insu pour que surgisse, plus tard, un coup de théâtre qui me laisse pantois. Je me fais alors, quand je reçois sa livraison, le propre lecteur du roman auquel j’apporte ma pierre. C’est à ce moment là que je prends, je dois l’avouer le plus de plaisir, un sourire accompagnant souvent ma lecture avant que je me mette à l’ouvrage à mon tour.

Bien sûr, lors de nos séances communes, nous évoquons les possibles, la suite que le plan permet d’envisager. Cela n’empêche nullement la surprise tant la dame est capable de sortir de son chapeau de virevoltants épisodes que je n’avais pas imaginés. Notre collaboration est, il faut l’avouer, un échange qui place chacun devant ses lacunes largement comblées par le savoir-faire de l’autre.

À elle, l’imagination débordante et surtout la capacité de la tenir dans le cadre planifié au préalable. Je suis toujours surpris de la voir sortir des notes conséquentes sur lesquelles chaque personnage dispose de sa fiche d'identité tandis que les étapes du roman ont droit elles aussi à des indications et des renvois pour assurer la cohérence de l’ensemble. En ce domaine, je dois admettre ma totale incompétence. Mon écriture ne supporte jamais l’existence d’une planification.

Je viens à sa rencontre avec des corrections portant sur la langue, domaine dans lequel, l’habitude d’écrire m’a donné quelques facilités et surtout sur des descriptions de cette rivière qui m’est si chère. C’est alors que débute le travail en commun, une joute verbale qui vaut son pesant de thé. Ce rendez-vous quand il peut avoir lieu (le retard pris s’explique aussi par les problèmes de santé qui ont ennuyé ma collègue et des difficultés personnelles inhérentes à sa situation de femme seule avec enfants), est un véritable duel à fleuret moucheté, une joute verbale désopilante.

Ce roman a aussi poussé ma partenaire à aller sur place, découvrir les lieux dans lesquels se déroule l’intrigue. Quand elle a pu se libérer, et ce n’est pas simple, elle a ainsi visité le château d’Amboise, découvert les grottes des Faluns, apprécié le port de la Creuzille à Blois, passé une nuit sur une toue à Meung pour s’imprégner des émotions que peuvent vivre nos personnages. Pour elle, qui ne connaissait pas la Loire sur son cours inférieur, ce fut un investissement conséquent tout autant qu’une découverte agréable.

À chaque retour, j’avais droit à une séance photo, une description détaillée de son périple avec toujours, des remarques sur les conséquences qu’elle en tirait sur le roman. Je n’avais pas poussé si loin la connaissance des rives de la Loire, me contentant de la parcourir sur son flot. C’était de nouveau des apports qui nécessitaient parfois des inflexions de ce qui avait été déjà écrit. Au travail classique de documentation, ma collègue voulait ajouter le vécu ce qui me poussa à faire de même de mon côté.

Ce roman a également apporté un changement très important dans mon activité de Bonimenteur. Le parolier avait écrit une chanson que nous avions décidé d’utiliser comme fil rouge du récit. Est-ce ce choix qui a transformé mon parcours d’homme de spectacle ? La question demeure sans réponse même si au début de sa rédaction je quittais mon partenaire de scène précédent pour former un nouveau groupe : « Les Aquadiaux ! » Puis le texte « Je t’emmène » déjà chanté par Denis Raimbault fut repris et modifié par la Chorale : « Les Fous de Bassan » pour les Matelots de la vie. C’est curieusement ce qui se tramait dans le roman, le texte évoluait au gré des messages à transmettre. La coïncidence ne pouvait qu’être troublante.

Je ne peux vous en dire plus. Je suis impatient moi aussi de voir se boucler cette aventure rédactionnelle afin de pouvoir proposer enfin ce roman si différent du précédent. Il porte cette fois les interrogations que nous partageons sur l’évolution de notre société, il évoque les conséquences de nos errements technologiques sur la Loire tout en décrivant une société futuriste qui porte de véritables interrogations sur notre présent si inquiétant.

C’est en cela que nous sommes désireux de vous présenter ce nouveau roman dans lequel nous avons mis beaucoup d’énergie, une débauche d’énergie et une grand part de nos convictions. Il lui faut désormais passer l’étape de la relecture par des tiers que nous avons sollicités et qui ont accepté ce qui nous a flattés pour un travail qui lui aussi réclame un investissement non négligeable. Puis ce sera à notre éditeur de juger s’il accepte de partager cette aventure pour laquelle nous avons tant donné.

Livresquement vôtre.

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