Des subventions disparates …

De la Fraternité appliquée avec parcimonie

 

 

La loi impitoyable des choix.

 

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Le Relais orléanais a mauvaise presse dans la cité. On peut aisément admettre que le public qui fréquente cet établissement caritatif n'est pas de nature à satisfaire les braves gens : ceux qui adorent qu'on suive la même route qu'eux. Ceux-là doivent s'épouvanter quand ils passent devant ce radeau de la Méduse, ce local toujours peuplé d'un public hétéroclite, interlope et sans doute inquiétant.

 

 

Mettons-nous à la place des braves gens. Que doivent-ils penser devant tant de détresse ? Des femmes et des enfants en transit, habillés de bric et de broc, ne maîtrisant pas la langue, perdus, effrayés, en quête d'un peu d'espoir. Non, décidément ce spectacle n'est pas tolérable au vu du doux confort douillet de leur bel appartement !

 

Des hommes, tous plus oisifs les uns que les autres, tuant le temps de manière incertaine, passent leurs journées à tourner en rond, sans repère ni espoir d'un proche avenir meilleur. Ils font peur avec leurs mines patibulaires, leurs étranges accents, leurs dégaines incertaines. « On ne se sent plus chez soi, ma brave dame, mon bon monsieur ».

 

 

Pire que tout encore, ils mangent ici gratuitement ; ils se nourrissent sur le compte de la collectivité, profitent de la générosité d'un pays envers lequel ils ne sont certainement pas reconnaissants. Et quel exemple déplorable pour notre jeunesse, elle qui ne trouve pas de travail et voit arriver ces gens qui seront sans doute prêts à tout pour prendre leur place !

 

 

Et ces Français de souche qui viennent leur apporter aide et soutien, qui passent leurs journées à leur préparer des repas chauds, à les choyer mieux que dans les restaurants, ont-ils conscience de permettre l'envahissement de notre ville ? Savent-ils la lourde responsabilité qui est la leur en se faisant complices de cette invasion sournoise ?

 

 

Heureusement, nos élus veillent et ne se font pas prendre au piège de la sympathie, à la farce de la commisération. Une fois encore, la subvention sera réduite. Les 20 000 euros, suspendus l'an passé et promis cette année, ne seront pas versés, pour montrer que notre détermination est sans faille, que nous ne sommes pas de nature à nous laisser prendre à leurs simagrées.

 

 

La fermeté, il n'y a que ça face à cette horde affamée. Coupons-leur les vivres et ils cesseront de faire la queue pour manger aux frais de la princesse. La faim les conduira à changer d'air, à aller voir ailleurs si l'herbe est plus belle. Orléans n'est pas la cour des miracles. Nous sommes heureux que les cordons de la bourse soient enfin coupés.

 

 

Il faut frapper le mal à la racine. Tous ces bénévoles qui se pensent généreux, qui s'imaginent faire le bien en portant secours à ces parasites, il faut les punir. Chaque fois, ils mangent, eux aussi, dans cet estaminet borgne et douteux, à l'hygiène incertaine, aux produits souvent avariés. Ceci est sans conteste pourtant un avantage en nature et donc passible de l'impôt. Montrons notre fermeté en les imposant lourdement ; qu'ils cessent de se prendre pour de bons samaritains.

 

 

Voilà ce qui se pense dans une ville où l'on préfère réduire les subventions destinées aux gens qui ont faim plutôt que de penser d'autres sources d'économie. Il est de bon ton d'aller dans le sens du poil d'un électorat toujours plus tenté par le pire. Courez, messieurs et mesdames les édiles, vers ce modèle de société qui retirera la Fraternité de nos frontons. Les temps sont durs ; ils le sont plus encore pour les miséreux.

 

 

Savez-vous ce que deviendront ces gens s'ils ne mangent pas ? Des loups furieux, des ogres désespérés. Des parents qui ne peuvent nourrir leurs enfants seront capables de toutes les folies. C'est sans doute ce que vous voulez pour stigmatiser encore plus ces pauvres gens qui fuient la misère, la peur, la guerre, pour les montrer du doigt et faire alors usage de la force injuste de la loi quand elle s'exprime dans un tel contexte !

 

 

Vos subventions sont donc disparates. Elles vont vers ce qui brille, ce qui plaît à la foule béate. Elles financent l'opulence et négligent les miséreux. Je ne peux vous en blâmer : ces pauvres gens ne sont pas électeurs et en cela, ne présentent guère d'intérêt dans cette logique absurde de notre démocratie représentative.

 

Mais la solidarité se passe de savoir d'où viennent les gens, ce qu'ils sont et ce qu'ils pensent. De grâce, ne fermez plus vos cœurs par calcul et démagogie. Venez passer une journée au Relais, observez et cessez donc de penser politique. L'humain parfois échappe à la mesquinerie des idéologies et des postures de circonstance. Chassez de vos esprits les clichés initiaux, les propos absurdes que je vous ai servis en guise de provocation.

 

 

La raison et l'humanité doivent l'emporter. La subvention au Relais n'est ni un luxe, ni un cadeau, ni une variable d'ajustement. C'est une nécessité morale et de bonne gouvernance. C'est un devoir humain et une mesure qui s'appuie sur ce qu'est véritablement notre société porteuse de valeurs, tant que les monstres ne l'ont pas encore dénaturée, ce que j'espère de tout mon cœur.

 

 

Franchement vôtre.

 

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