Quand les masques tombent.

Du Freluquet au Foutriquet

Le suppôt du Capital.

 

m0

Mon dieu qu’il était beau ce jeune homme pétillant et sautillant, plein d'allant et de verve, capable de renverser des montagnes par la seule force de son verbe. Le sémillant candidat séduisait par son sourire enjôleur, ses propos caressants et ce souffle nouveau qu’il incarnait. Qu’importe les zones d’ombre d’un parcours trop beau pour être honnête, il plaisait et contre ça, il n’était rien à faire.

Il rallia à lui les jeunes loups, les belles gazelles, les vieux matous, les rombières énamourées, les pragmatiques de tous poils, les rois du retournement de veste, les rêveuses et celles qui n’y connaissaient rien. Ce fut, nous dit-on un raz de marée, une victoire sans appel, un triomphe magnifié par une cérémonie d’investiture digne des plus grands Péplums. Rien dans cette logorrhée de compliments servis par une presse aux ordres ne laissait présager la suite.

Que Jupiter finisse par descendre de son nuage, rien n’est plus normal. Le néophyte de la politique n’avait au demeurant aucune expérience élective et il semble assez normal qu’il trébuche bien vite. Mais fort est de constater qu’il surprend, qu’il étonne et qu’il continue d’impressionner ceux qui n’attendaient rien de lui.

Nous le pensions flagorneur et menteur, nous ne nous trompions guère. Nous le savions inféodé au libéralisme le plus échevelé, il ne nous décevra pas, supprimant en guise de première mesure l’ISF, un choix sur lequel jamais il ne reviendra, parole de petit valet de l’impérialisme. Il s'en prit gaillardement aux droits des travailleurs, cela n’avait rien pour nous surprendre. Tout cela n’était que pure logique.

Puis, il joua les matamores, exprimant sans honte son mépris des gueux, des humbles, des exclus, ceux qu’il n’avait jamais croisés au cours d’une existence dorée. Il les frappa au porte monnaie avec une jubilation rare, une folie contagieuse qui, il fallait s’en douter, donna la fièvre au pays. Une belle jaunisse, une réaction cutanée atrabilaire qui se répandit comme une tache de gaz-oil trop taxé.

m1

Au début, cet hautain personnage balaya d’un revers de manche ce mouvement de cloportes. Il reçut alors la monnaie de son immense dédain. La colère se fit violente, les dérapages se succédèrent, la jacquerie se fit sédition. Le pays était chamboulé et le petit roitelet perdit pied. Il tomba la veste, promit des ristournes, monta une savante arnaque avec des augmentations déguisées et un conciliabule pour apaiser les esprits tandis que dans le même temps s’abattait la répression policière. Jupiter devint Zeus, le bras séculier passait à l’action.

La messe est sans doute dite. Fort du soutien indéfectible des médias à sa botte, des institutions en panique de se voir disparaître dans le flot de colère, manipulant les sondages, monopolisant le temps d’antenne, il reprenait la main. Non pas en écoutant le peuple, il n’en fut et n’en sera jamais nullement question mais bien en installant un pouvoir fort, en étouffant la liberté d’expression, en limitant le droit de manifester, en usant des vieilles recettes éculées du sinistre État Français.

La répression ne fait que commencer. Préparez-vous au pire, l’apprenti président a beaucoup appris durant cet épisode. Ses modèles ne sont pas pas de nature à nous réconcilier avec l’espoir démocratique. Nostalgique du bon Maréchal, ami de l'inénarrable président américain, notre zébulon du palais va imposer des lois liberticides votées par un parlement godillot dépourvu de la moindre conscience politique.

J’ai grand peur de la suite tandis que la fuite en avant des Gilets Jaunes renforcera plus encore la mise en place d’une réaction terrifiante. Il parait que la légitimité d’une élection permet d’agir de la sorte. J’espère que tous ceux qui soutiennent ce point de vue se souviendront de leur erreur le moment venu.

Horriblement sien

m2

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.