Jeanne, fille de l'eau et du feu.

Une épopée au fil de l'épée

Révision générale

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Pour la jeune damoiselle, bergère de son état selon la légende, c'est en bord de Meuse que tout a commencé. Gardant des veaux couleur, elle entendit venant des cieux, un message qui l'invitait à colmater une voie d'eau en bord de Loire. Elle s'empressa de monter sur ses grands chevaux pour aller ferrailler contre les méchants Anglois. Mais auparavant il lui fallait conquérir le cœur et la confiance de son cher dauphin, un curieux personnage avec lequel l'histoire allait tourner en queue de poisson.

Mais gardons-nous d'aller trop vite en besogne, elle n'a pas encore le feu aux fesses ce qui d'après ses plus chauds partisans ne lui arrivera jamais. Ce n'est d'ailleurs sans doute pas par hasard qu'ils la surnomment « La Pucelle ». C'est donc à Chinon en bord de Vienne qu'elle invite son gentil cavalier à une danse à trois temps, Charles dubitatif, s'interroge et ne sait sur quel pied danser avec la donzelle, d'où plus tard l'expression la Valse hésitation.

À peine convaincu, le prétendant au trône lui confie une mission de ravitaillement pour venir au secours des Orléanais qui découvraient bien malgré eux les joies du bain de siège. La demoiselle traversa la Loire sans s'en rendre compte à Blois, passa par la Sologne en empruntant un itinéraire de délestage pour éviter les bouchons de Beaugency et Meung-sur-Loire qui sautèrent par la suite grâce à son initiative. Elle avait alors comme compagnons de voyage des poules, des canards, des cochons, des oies qui ne se transformèrent en Princes qu'après les premiers succès.

Elle se trouva avec bien peu d'armes et beaucoup de bagages alimentaires devant la rivière à hauteur de Chécy. Il fallait que le vent tourne pour que les mariniers volent à son secours ce qui ne manqua pas d'advenir quand la porteuse du ravitaillement mit un genou à terre. Le vent venait de tourner et durant un court moment, il ne cessa de souffler en sa faveur.

Elle traversa la rivière grâce aux mariniers qui avaient volé à sa rencontre. Ces sacrés larrons se brûlèrent les doigts devant la rigueur d'une jeune femme qui ne verrait jamais la feuille à l'envers. Leur réputation dût-elle en pâtir, la petite Jeanne resta de marbre devant leurs galanteries douteuses et leurs propos grivois. Elle fut alors promptement mise à l'écart dans le château de Reuilly avant de pénétrer nuitamment dans la bonne cité assiégée. C'est ainsi qu'elle entrait dans la légende, soulevant l’impétuosité du peuple !

Belliqueuse, la demoiselle boute les envahisseurs de sa bonne ville d'Orléans et décide alors de faire la tournée des châteaux de Loire. Jargeau tout d'abord puis Meung et Beaugency lui ouvrent leurs portes tout en chassant les touristes anglais. C'est une tournée triomphale qui restera comme ses grands faits d'armes. Emportée par son élan, elle prend Charles par la main pour le faire couronner à Reims, la fin de la lune de miel entre ces deux-là.

C'est l'apogée de son parcours glorieux. Elle change de statut, se retrouve enfermée dans le château de Sully, début de son désamour avec la Loire. Elle se casse les dents à la Charité, en sort meurtrie et songe alors à changer de théâtre des opérations. Elle se tourne vers la Seine, bien mal lui en prit.

Le siège de Paris est un échec, elle sera faite prisonnière et ira voir de quel bois se chauffent les anglais, les bourguignons et l'église du côté de Rouen. Les méandres de la diplomatie et de la Seine lui jouèrent un sale tour. Elle fut promptement accusée de Sorcellerie et rapidement renvoyée à un statut de femme au foyer par les gens de robe qui lui jouèrent un tour de cochon.

Son histoire s'acheva là. Elle s'éteint avec sa fleur et l'âme en paix, laissant un souvenir impérissable aux gens d'Orléans qui toujours honorèrent celle qui sera leur héroïne pour les siècles des siècles. Paix à ses cendres diront les mauvais esprits, gloire à la Sainte proclameront ses adorateurs. Une sainteté qui fut longue à se dessiner du côté du Vatican puisqu'elle ne fut proclamée qu'en 1920.

Hagiographiquement sien

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