Fermons le ban

La statique des servile

"Puisqu'ils ne veulent pas nous suivre, forçons les à marcher"

 

trace-de-pieds-nus-dans-le-sable-sans-trace

 

Il était une fois un homme modeste et visionnaire qui lors d’une fête johannique entendit des voix. La Pucelle lui avait suggéré de libérer la France de tous les vieux carcans qui l’entravaient. Il convenait de bouter le code du travail, d’abolir les droits, de repousser les anglois hors de l’Europe, de faire de la nation un espace de paix et de sécurité sous la protection vidéo du maître des cieux. Comme une ultime requête, la bergère lui demanda encore de se faire le pasteur de ce grand troupeau de moutons.

Le jeune homme, ému et troublé se dit qu’il devait trouver une oriflamme ou plus simplement un nom à son entreprise divine. Ayant échoué au concours d’entrée à Normale Supérieure, il se satisfit de décliner ses propres initiales. Après quelques tentatives infructueuses : Espérances Monétaires, Encore Mieux, Espoir Merveilleux, Envies Martiales, il se contenta d’un En Marche en guise de premier pas.

Ce fut un triomphe. Le peuple ébloui et subjugué se mit à marcher sur la tête. Rien n’allait entraver sa marche forcée vers le pouvoir. Il gagna haut la main et naturellement prit son pied en se prenant pour Jupiter. Poussé par une foule de suiveurs, valets et quémandeurs, opportunistes et ambitieux, traîtres et fêlons, il constitua la plus interlope majorité bigarrée et incompétente. Qu’importe puisqu’il allait décider de tout !

Les premiers pas furent éclatants. Les cadeaux allèrent vers ceux qui avaient financé sa campagne. Le garçon avait la reconnaissance du portefeuille à défaut d’avoir un cœur. Il eut ensuite quelques contrariétés avec des gueux grimés en jaune. Il fit donner la maréchaussée pour mâter la jacquerie, estropier ou mutiler les émeutiers et embastiller les meneurs. Le pays était sous la botte ce qui avouons-le n’était que la conséquence du nom de cet étrange mouvement.

Puis un petit grain de sable vint s’insinuer dans la belle mécanique. Il fallut puiser dans les caisses du Trésor pour éviter l’asphyxie. Le peuple fut mis au pas, consigné dans ses quartiers, sa liberté abolie. Ce fut l’occasion de recourir aux chères mesures d’exception qui font véritablement les gouvernements autoritaires. Le bras séculier s’en donna à cœur joie.

Ce temps béni de la claustration générale ne pouvait hélas durer. En lâchant un peu de lest, en libérant la plèbe, le risque était grand pour le pouvoir de se voir débordé par sa base. Une nouvelle mesure s’imposait qui allait s’ajouter aux limites kilométriques qui amusaient tant ce bon Édouard.

Un comité scientifique fit remarquer que l’enfermement provoquait une augmentation significative et préoccupante des escarres surtout dans la région postérieure de ceux qui passèrent leur confinement rivés sur un canapé ou un fauteuil devant les chaînes d’information. Une décision forte s’imposait. C’est alors que celle qui avait été désignée comme Hérault du Prince s’écria : « Nous n’avons qu’à fermer le banc en l'entourant de  rubalise ! »

Connaissait-elle le sens de l’expression. Des observateurs sérieux en doutent mais là n’est pas l’essentiel. Dans ce Duché, ce sont les idées les plus saugrenues qui sont retenues afin de frapper les esprits. Il fut immédiatement décrété que la position statique serait interdite, la marche obligatoire ; nous pouvons admirer cette pirouette électorale, à l’exception notoire des files d’attente devant les magasins. Il fut un temps suggéré de patienter en faisant la chandelle, ce qui posait des problèmes techniques pour les indispensables contrôles d’identité. Un autre argument vint repousser cette posture, le risque était grand de donner ainsi envie à la plèbe de renverser le gouvernement.

C’est donc l’interdiction de poser son séant sur un banc, sur le sable ou sur une pelouse qui fut adoptée à main levée par un hémicycle de godillots. Pour remettre le pays et surtout cette bonne vieille économie de marché en mouvement, il fallait une mesure spectaculaire et symbolique. La statique des serviles était prohibée à tout jamais. Les vieillards qui de mauvaise foi, avaient survécu à la crise sanitaire, n’iraient plus discuter dans les parcs, en bord de rivière ou dans les allées. La société était réservée à un peuple dynamique, jeune et debout.

Machiavéliquement leur.

godillot

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.