La Culture de la gagne

Un phocéen dans la fosse du Lyon…

Le discours de la méthode

 

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Le monde sportif n’est jamais avare de métaphores et de formules alambiquées. Il est vrai que pour élever une tête bien faite dans un corps sain, il convient de faire preuve de beaucoup d’imagination d’autant plus quand l’exigence de la performance pointe le vilain bout de son nez. C’est donc sans surprise que la valse des entraîneurs a débuté dans le championnat de France de football et cette fois nous avons eu la grande surprise de voir débouler un curieux jardinier dans l’antre de Lyon.

Le petit sergent comme l’appellent les plus hauts gradés, arrive tel le sauveur dans une exploitation en jachère. D’entrée de jeu, se prenant pour Zorro, il annonce la couleur : avec lui ce sera la culture de la gagne. Après bien des recherches, j’avoue ne pas avoir trouvé ce qu’il compte semer sur le pré, mais laissons-lui le temps de préparer le terrain, de le mettre à sa main.

Il va sans doute tacler, racler, sarcler pour semer quelques pieds et installer des tuteurs afin que les jeunes pousses si chères à son président se lèvent jusqu’à tutoyer les étoiles. Élevés sous serres, des jeunes gens du monde entier aspirent à fouler la pelouse des plus grands. Il convient de passer le rouleau afin d’aplanir toutes difficultés et de leur tracer un merveilleux sillon tout en laissant chacun cultiver sa différence.

La pépinière de champions n’est pas une exploitation ordinaire. Il faut cueillir le fruit avant qu’il ne soit mûr, le mettre de manière précoce en devanture, puis le laisser s’épanouir et lui laisser le temps d’enrichir les caisses de l’exploitation par une vente à l’exportation. L’Angleterre à ce titre, victime d’un climat peu favorable aux jeunes graines, aime tout particulièrement les fruits tricolores.

Le petit sergent saura-t-il poursuivre ce juteux commerce ? Dans le jardin, les fans en doutent. Il a déjà semé la discorde en venant d’une ferme rivale, il récolte dès son arrivée des injures et des horions. Il porte le chapeau, non pas de la première défaite, elle viendra bien assez tôt mais bien celui de l’épouvantail qui fait fuir les pigeons, les supporters habitués pourtant à être plumés dans cette merveilleuse enceinte.

Le petit sergent se cramponne à la terre, il baisse la tête, courbe l’échine et fait fi de toutes les remarques désobligeantes. Les herbes folles des gradins ne vont tout de même pas envahir sa pelouse. Il prépare le terreau, sa culture de la gagne fera germer les succès et c’est après coup que les gueulards prématurés arroseront les titres et les prix récoltés au salon de l’agriculture.

Loin de lui l’intention de réclamer le label biologique. Il n’hésitera pas à utiliser des substances interdites, des pesticides et des engrais pour parvenir à ses fins. La Gagne suppose bien des concessions sauf sur son salaire de jardinier expert. Quelques taupes viendront bien lui mettre des bâtons dans les roues, il n’en a cure, il est certain de son discours, ses légumes seront primés.

Hélas le temps presse, la récolte de fin d’été a été catastrophique. Le précédent jardinier, venu du Brésil, ignorait tout du climat local. Le petit sergent de la binette doit se lancer dès à présent dans des cultures automnales. La Gagne est à ce prix, le radis de 14 jours c’est ce qui lui botte. Pour le reste, il convient de gagner du temps pour que poussent les succès.

Nous ferons bien une soupe à la grimace en cas d’échec de ce jardinier étrange. La Capitale des Gaules aime à nous réserver des potions amères d’autant plus que le chef de la tribu, aime tant à pérorer sur son bouclier, qu’il est capable de lui savonner le banc de touche. L’homme n’est pas capable d’en rabattre ni même d’amender son comportement. Au premier revers il va le bassiner, n’attendra pas longtemps pour le sarcler, l’émonder et si la récolte n’est pas assez abondante à son goût, il finira par le butter. Le sport est un monde impitoyable !

Garcia découvrira alors un peu tard que la culture de la gagne est bien aléatoire sur les bords du Rhône. Elle connaît aussi ses revers et ses déboires, ses échecs et ses fiascos. Il aurait mieux fait de ne pas promettre la Lune sans avoir pris le soin de savoir si elle était propice à la culture. Le président ne fera pas de quartier si jamais son nouveau satellite rentre en phase décroissante. L’homme avait la main verte, il a eu bien tort d’évoquer ce caractère à Lyon où le voisin stéphanois demeure l’ennemi héréditaire.

Enserrement sien.

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