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Billet de blog 23 oct. 2021

La formation des candidats

Le tour préliminaire

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Pour réussir pleinement sa formation, le futur candidat doit au préalable disposer d'une incomparable souplesse au niveau de l'échine et d'une absence totale de rigueur intellectuelle et morale. Le futur récipiendaire doit assez curieusement manquer totalement de contenance, se contenter de brasser du vent pour ne jamais se mettre à dos l'électeur, un être qu'il convient de leurrer par de vaines promesses, de la poudre aux yeux et de belles caresses.

Ceci étant acquis, compétences qui ne sont certes pas dans la gibecière de l'honnête homme, la canaille doit encore se perfectionner pour devenir ce merveilleux prototype de l'humanité qui fonce dans le mur sans jamais se soucier des conséquences. Si donc la cécité est une qualité indispensable, il convient d'améliorer plus encore la panoplie du bateleur d'estrade, les compétences du bretteur de meeting et les dispositions du client des plateaux Télé.

Voici pour ceux qui veulent vivre à nos crochets, profiter pleinement d'avantages et de privilèges indus, de jouir sans honte de la vie de château alors qu'ils sont censés être les héritiers de la Révolution. Il y a naturellement du pain sur la planche pour se mettre au niveau. Cette formation n'est pas à prendre au pied levé, la fourberie de l'escarpin exige malgré tout quelques efforts. Au travail messieurs et mesdames les futures canailles.

Avaler des couleuvres

C'est la première compétence exigée à moins que vous ne soyez postulant qu'à la fonction suprême. Dans tous les autres cas, suivre la ligne, rester loyal, tenir le cap, faire preuve de solidarité suppose que vous renonciez à vos convictions pour défendre becs et ongles des idées qui ne sont pas les vôtres.

Retourner sa veste

Pour rester une bonne doublure, pour suivre le mouvement, pour ne pas perdre sa place, pour aller là où le vent souffle, il n'y a pas d'autre solution que de disposer d'une garde-robe permettant la réversibilité. Gardez-vous surtout des propos définitifs, des affirmations à l'emporte-pièce, vous iriez vous rhabiller.

Jouer les girouettes

L'art et la manière de précéder le sens du vent, pas celui de l'histoire puisqu'il souffle depuis longtemps dans l'exact contraire, mais celui qui permet encore de laisser croire que l'humanité va se sortir indemne de la catastrophe climatique. Les vraies girouettes annoncent depuis le cataclysme tandis que leurs consœurs humaines ferment les yeux.

Manger son chapeau

L'appétit vient en mangeant prétend l'adage. Il n'avait jamais précisé qu'il convenait à la fois de dévorer ses amis et d'avaler ses convictions pour un jour, pointer le bout d'un nez qui s'allonge à vue d'œil au sommet de cette pétaudière détestable. Le couvre-chef préfigure la vassalité, condition pour continuer de tutoyer les sommets.

Pratiquer la langue de bois

L'art et la manière de discourir après les échalotes pour émouvoir la ménagère tout en flattant la grande distribution. Le propos creux qui se targue de ne pas résonner, permet le double langage et l'hyperbole qui racole. Il est indispensable de n'avoir rien à dire pour le dire à la perfection.

Avoir le bras long

Pour attraper le bon wagon, serrer des pognes à la régalade, pour tendre sa mimine au moment de la distribution des places, pour flatter ceux qui seront capables de financer votre campagne, pour enfoncer un couteau dans le dos d'un ami de trente ans, la longueur du bras est une condition sine qua non.

Battre la campagne

Que le fer soit chaud ou non, vous devez arpenter le territoire, vous montrer partout et en tout lieu. Ne perdez surtout pas votre temps, montrez-vous efficace en réglant votre apparition sur celle du correspondant local qui fera le cliché pour la presse. Jouez aussi des coudes pour vous placer au premier rang puis filez bien vite, pour une nouvelle manifestation. Ne comptez pas vos pas et ne soyez pas avares de votre sueur.

Chercher des poils aux œufs

Le futur élu doit se montrer tatillon, non pas vis à vis de ceux qui sont au-dessus de lui mais avec ses subalternes et solliciteurs. Il cherche alors avec application le vice de forme, l’alinéa, la règle de droit qui l'empêchera, bien à regret d'ailleurs, de satisfaire à la requête. Il oubliera bien vite de telles restrictions pour ses généreux donateurs.

Couper les cheveux en quatre

C'est là un art qui exige doigter et adresse. Vous ne pouvez y couper même si ça vous défrise. Avec ou sans cheveu sur la langue, vous devrez vous montrer virtuose dans l'art de manier la circonlocution capillaire tout en cherchant par la même occasion des poux dans la tête à ceux qui se dressent contre vous.

Donner du grain à moudre

Entretenir la machine médiatique, faire parler de vous c'est donner parfois de quoi alimenter la polémique quitte à prétendre ensuite avoir été mal compris. Entre le bon grain et l'ivraie, le valet de pied que vous serez, peut aisément commettre une erreur pourvu qu'elle soit répertoriée dans la presse locale. Qu'on parle de vous est essentiel, en bien ou en mal, qu'importe pourvu que vous ayez l'ivresse de la première page.

Faire entrer le loup dans la bergerie

C'est là la clef de votre réussite. Vous devez mettre en avant le pire de vos adversaires. C'est en lui donnant une grande exposition, en le considérant comme votre rival le plus dangereux que vous parviendrez à réunir autour de vous tous ceux que votre ennemi juré révulse. Il y a naturellement le risque de lui ouvrir un boulevard. Jusqu'à présent, cette stratégie s'est toujours montrée gagnante.

Faire monter la mayonnaise

Une belle polémique, un joli sujet de controverse ne doit pas être abandonné aux chiens. Quand vous disposez d'un os à ronger, ne faites pas dans la demi-mesure, allez jusqu'au bout du propos, sans cesse, remettez l'ouvrage sur le tapis. Vous pouvez ainsi vous faire le chantre de la baguette de pain ou du camembert sans peur du ridicule. L'essentiel est qu'on parle de vous.

Fourrer son nez partout

Le nez certes mais surtout les paluches. Prenez garde à ne pas trop exposer votre appendice nasal qui peut parfois s'allonger contre votre gré. Tendez la main partout et n'oubliez pas le sourire qui va avec. Serrez bien ferme, ayez un petit propos personnalisé. Pour se faire, préparez des fiches, renseignez-vous sur ceux que vous allez croiser. Montrez votre omniscience de façade.

Jeter de l'huile sur le feu

Soufflez sur les braises, rallumez la polémique, battez le fer quand il est chaud. Tout doit être prétexte à semer la discorde dans les rangs ennemis. La politique n'est pas une aimable occupation, c'est la guerre et il vous appartient d'être impitoyable. Achevez celui qui est à terre, sans pitié ni respect des règles de la courtoisie.

Mettre son chapeau dans sa poche

Ne vous embarrassez pas de blason ni de modèle. La seule couleur que vous devez porter, c'est la vôtre. Vous ne devez penser qu'à votre intérêt, c'est d'ailleurs ce qu'il vous faudra faire une fois élu. Vous n'avez ni ami ni favori. Vous êtes le seul qui doit compter à vos yeux.

Faire prendre des vessies pour des lanternes

C'est peut-être cousu de fil blanc mais c'est ainsi. Vous entrez dans l'art de parler pour ne rien dire et mieux encore, de discourir pour mettre en lumière des choses totalement dénuées d'intérêt. La France des Lumières est morte et enterrée, soyez un chantre de la vessie, de l’absence de contenu et n'hésitez pas à truffer vos propos de barbarismes et d'anglicismes.

Prendre le train en marche

Quoiqu'il arrive, ne restez jamais à quai. S'il faut enfourcher un nouveau cheval de bataille pour rester dans l'air du temps, n'hésitez pas un seul instant à vous renier. Qui ne s'est jamais trahi n'a jamais été élu. Soyez fourbe, menteur, roué et rusé. Attention cependant, le bon wagon n'est pas toujours celui qui débute la course en tête. Bien au contraire.

Serrer les boulons

Ayez la main ferme pour votre équipe de campagne. Ne permettez aucune voix discordante, vous devez vous assurer une fidélité aveugle même si de votre côté, vous adoptez une trajectoire chaloupée. Tenez vos subalternes à la bride, la chose est à la mode. Soyez moderne.

Tirer sur l'ambulance

Vous avez le choix des armes et surtout, n'hésitez pas à en prendre plusieurs pour étouffer ceux de vos rivaux qui se retrouvent la tête sous l'eau. Pas de pitié ni de quartier. Un bon candidat est un tueur, il peut même se muer en tueur à gage pour le compte de son étoile de l'heure. La seule chose qui importe est de n'avoir pas de sang sur les mains. Déléguez la sale besogne.

Se mordre la queue

C'est un conseil équivoque qui ne prévaut que pour les candidats mâles. Ne le comprenez pas dans son sens historique. Les temps ont changé, vous devez en rabattre de vos pensées misogynes. Oubliez la séduction dans votre panoplie élective. Marchez sur des œufs et non des ovules. Vous seriez alors lapidés sur la scène médiatique.

S'en laver les mains

Quoique vous ayez dit, fait ou penser, si le vent tourne, ce n'est pas vous le responsable. Vous n'allez tout de même pas prétendre à des responsabilités et devoir assumer vos actes et vos propos. La politique c'est justement l'art de ne jamais rendre des comptes. Ne l'oubliez jamais. Ni excuses ni repentance, foncez tête en avant.

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