Pour quelques grains de folie.

Une si longue attente.

C'est folie de sortir un livre en ce moment.

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Après un premier roman à quatre main : « Règlement de conte sur la Loire », le duo Nadine Richardson - C’’Nabum n’envisageait pas qu’il faudrait attendre trois longues années pour que naisse le petit frère : « Pour quelques grains de folie ». Il faut reconnaître que la vente du premier a demandé beaucoup d’énergie et d’imagination pour des auteurs ayant fait le choix de l’auto-édition dans une maison sérieuse spécialiste de la chose tandis qu’en désertant les salons du livre, foires impersonnelles où le livre s’expose surtout à l’indifférence générale, ils ne se facilitaient pas la tache.

Rapidement cependant, tous les exemplaires ayant été vendus sous le manteau ou par d’autres voies avouables, il leur apparut nécessaire de reprendre une nouvelle aventure éditoriale. La chose peut paraître simple mais elle se heurte à bien des difficultés. Il y a tout d’abord l’éloignement qui s’imposait à eux comme un obstacle d’importance jusqu’à ce que la crise sanitaire fasse découvrir au plus âgé les vertus de la vidéo-conférence. Que de temps perdu à méconnaître cette possibilité si pratique !

Il y eut surtout les aléas de l’existence : ennuis de santé, déménagement, indisponibilités diverses, nouvelle existence, spectacles, calendriers personnels en décalage entre une active et un retraité pour que le temps s’étire et mette en difficulté le projet. Le rythme de travail adopté lors du premier opuscule était largement chamboulé. Les chapitres tardaient à surgir au fil d’une intrigue qui plus est, qui exigea de nombreux voyages, des recherches historiques et des adaptations incessantes.

Si la Loire demeure encore le théâtre de l’aventure, elle a bien changé dans une chronologie qui n’est plus la nôtre. Le choix de l’anticipation permettait de décrire des transformations qu’il est permis de redouter et que la crise du Covid n’a fait qu’amplifier. Les auteurs découvrant alors que ce qui se passait sous leurs yeux avait d’étranges similitude avec ce qu’ils avaient envisagés presque deux ans plus tôt et qu’ils avaient couché sur le papier de manière étrangement prémonitoire.

Hélas, il n’était pas encore temps de publier un roman qui devait encore être relu par d’autres, corrigé et surtout amélioré grâce au concours d’un éditeur devenu véritablement un expert en la matière. Cette fois encore, la période ne facilita guère les rendez-vous possibles, fussent-ils virtuels. L’école à la maison, le télé-travail imposant un emploi du temps démentiel à la mère de famille encore en activité.

Le sujet même les plaça souvent devant l’obligation de revenir en arrière, de modifier des passages pour rester en cohérence avec une société imaginaire dans laquelle les principes de fonctionnement différent largement de ce que nous vivons actuellement tout en n’étant étrangement pas sans rapport avec les évolutions qu’on peut redouter et dont on perçoit les prémices. Le choix de placer les faits décrits en 2080 les poussa fréquemment à revoir leur copie pour rester cohérents.

Tout ceci pour une aventure ligérienne rocambolesque d’abord, haletante et digne des plus grands suspens. Il n’est pas à douter que les lecteurs se laisseront prendre par cette intrigue qui mêle une fois encore les vertus du thriller, la magie de la Loire, les frissons de l’amour et l’angoisse des grandes peurs de nos sociétés. Le tout en chanson, pour descendre la rivière dans les coulisses d’un groupe musical.

Maintenant, l’enfant va sortir de presse. Commence alors le délicat exercice de diffusion pour qui ne choisit pas les chemins classiques des librairies. Il s’en trouvera cependant quelques-uns qui acceptent de proposer leur ouvrage tandis que pour l’essentiel, la vente se fera par connaissance, action de promotion, envoi par la poste et lors des spectacles du Bonimenteur. Le plus délicat étant de trouver des appuis dans les médias locaux afin de bénéficier d’un meilleur éclairage.

Les deux auteurs ont eu le chance de bénéficier de l’accord d’un préfacier de renom national qui a trouvé dans leur histoire matière à exprimer son opinion, sa vision du monde. Ceci apportera certainement un coup de main pour séduire une presse souvent frileuse avec les auteurs qu’elle appelle locaux. Il vous faudra patienter encore un peu pour connaître ce personnage qui symbolisa en son temps, le combat pour une planète plus agréable à vivre.

Le livre sorti, la galère ne fait que commencer. Les auteurs sont  largement perturbées par les règles sanitaires édictées par le pouvoir. La Culture n’est pas à la fête, le livre auto-édité est plus que les autres en première ligne des contrariétés de l’heure. Curieusement, le récit qui s’y développe de Meung-sur-Loire jusqu’au Thoureil en descendant la Loire n’est pas sans évoquer de manière étrange les difficultés rencontrées en cette année 2020, les menaces qui pèsent sur nos libertés et notre santé. C’est donc avec une extrême impatience que nous attendons ce roman : « Pour quelques grains de folie ! »

Éditorialement leur.

Dans un pays métamorphosé, un petit nombre de réfractaires ligériens s'insurgent, se rebellent, et s'organisent avec des moyens limités mais ingénieux pour que liberté, égalité et fraternité redeviennent la devise de la France.

Entre romance, pouvoir, trahison et humanité, ce roman de politique-fiction éclaire le présent en imaginant notre avenir dans une France méconnaissable, où la Loire, avec ses couleurs et ses odeurs est un personnage à part entière.

 

Préface : Antoine Waechter Fondateur du Mouvement Ecologiste Indépendant,
Député européen (1989-1991),
Candidat des Verts à la présidence de la République en 1988

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Extrait du préambule

 

 

Si vous souhaitez appréhender les méandres de cette aventure, un bref rappel historique s'impose. Nous sommes en 2080 ; le sable de rivière, le plus précieux pour la construction, est devenu un redoutable enjeu de pouvoir tout autant qu’une richesse rare ; comme souvent, la folie des hommes en est la cause.

Attachons-nous à son parcours sur le bassin de notre rivière. La Loire, de tous temps, a charrié des quantités considérables de cette matière première, fruit de l’érosion des territoires traversés et conséquence de sa force redoutable. Les hommes ont rapidement compris qu’il y avait là un gisement qu’ils eurent d’abord la sagesse d’exploiter parcimonieusement.

Les Tireux d’jard, furent jusqu’au XIXe siècle, les pourvoyeurs de gravier à la mignonnette (sable très fin) qu’ils extrayaient du lit avec une queue de singe : un long manche de bois à l'extrémité duquel se trouve une pelle percée et inversée. Ils remplissaient leur bateau, allaient sur la berge déverser leur récolte et retournaient puiser dans l’eau ces premiers grains si aimables. Un travail difficile certes, mais réalisé à hauteur d’homme, sans jamais mettre en danger l’équilibre du fleuve.

Ils faisaient partie de ce vaste ensemble des métiers qui entretenaient et exploitaient la rivière sans la mettre à mal. On y trouvait les pêcheurs, les meuniers, les mariniers, les baliseurs, les producteurs de chanvre, les bergers et leurs troupeaux des rives, les haleurs, les bûcherons et leurs trains de bois flottés. Les chercheurs d’or avaient disparu depuis longtemps même si la Loire était une richesse collective que chacun se faisait un point d’honneur de respecter.

Puis la mécanisation et la vénalité des hommes ont fait leur œuvre. Les tireux de sable laissèrent la place à des suceuses à vapeur qui furent elles aussi détrônées par des dragues. Au XXe siècle, l’espace d’une trentaine d’années, que l’on nomma bien maladroitement les trente glorieuses, le lit de la Loire fut creusé, vidé de son sable, modifié profondément. La cupidité des uns, les besoins des autres, le progrès firent des ravages. La vitesse du courant doubla, la profondeur moyenne des eaux perdit de un à deux mètres suivant les endroits.

Un siècle plus tôt, la Marine de Loire, avec l’arrivée du train, avait totalement disparu. En conséquence, durant cette période de dragage intense, plus personne ne songea à crier au loup ou bien au fou. Les ligériens avaient tourné le dos à leur dame Liger d’autant plus aisément que les levées étaient parcourues sans cesse par des camions transportant du sable. Ceux-ci laissaient un filet d’eau derrière leur passage, ils allaient à vive allure et leurs rondes perpétuelles rendaient la circulation touristique impossible en dépit de la beauté du paysage.

Pour quelques grains de folie © C'est Nabum

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