La zone critique.

On m’a dit que …

Règlement de compte

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Tandis qu’un collègue se plaint amèrement de la critique qui d’après lui dessert son dernier ouvrage, j’ai, quant à moi, le bonheur d’entendre de-ci et de-là des commentaires peu amènes émanant d’une petite poignée de personnes forcément bien intentionnées qui véhiculent des propos de latrines sans même avoir lu ce qu’ils viennent ainsi salir. C’est tout autant curieux que détestable et relève d’une pratique, hélas qui court les rues et les rédactions, les salons et les cafés du commerce en d’autres occasions...

Dans pareil cas, les allusions graveleuses et les redoutables « on m’a dit que », les coups bas et les propos infondés font curieux mélange de remarques assassines qui pour certaines sortent du caniveau, de sous-entendus sur les auteurs, leur relation, la part de chacun dans l’aventure. La langue est montrée du doigt, l’écho de certains passages faisant grand bruit dans la tête de ceux qui n’ont besoin que de quelques miettes pour médire et montrer ainsi leur véritable nature.

Sortir un passage de son contexte est déjà fort discutable mais en faire état simplement par ricochet, sans avoir lu quoi que ce soit de ce qu’ils traînent ainsi dans la fange est de nature à douter des intentions de ces critiques du vide. Que veulent-ils au juste ? Faire mal, salir, briser des réputations, casser pour le seul plaisir de jouer de la langue de vipère. C’est tout aussi désobligeant qu’abject.

Ils réussissent parfaitement dans leur entreprise. La rumeur se plaît dans notre bonne ville. Les insinuations bruissent, les mots sournois font flores et se gonflent de bouche à oreille, avant que de devenir des assassinats en règle. Ce ne sont plus des critiques mais un procès avec pour seule version, le réquisitoire de procureurs d’autant plus impitoyables qu’ils n’ont pas lu l’ouvrage sur lequel ils vomissent avec délectation.

Ce sont là pratiques humaines sans doute, mesquineries d’êtres pitoyables qui en pérorant de la sorte rompent toute possibilité de lien amical avec ceux qu’ils mettent en joue et exécutent ainsi. Pourtant il serait simple de faire taire celui qui commence son anathème par « On m’a dit que ... », se faisant ainsi le porte-parole d’une opinion publique imaginaire, d’une vox-populi n’émanant d’aucune intelligence. Mais parler suffit, il n’est pas besoin de le faire en connaissance de cause.

Alors, allons-y, franchissons cette zone critique pour étaler la turpitude du roman, ses fautes abandonnées en cours de route par un éditeur douteux, sa langue parfois un peu chargée, ses scènes à faire frémir une grenouille de bénitier, ses évocations historiques fantaisistes, ses descriptions empreintes d’un lyrisme de pacotille, ses personnages improbables dans lesquels certains se plaisent à reconnaître les auteurs. La suite ne saurait être exhaustive, la capacité à déposer toutes sortes d’immondices sur le compte de ce roman fleuve est comparable à l’habitude prise par les malotrus à faire de notre Loire un dépotoir.

Vous comprendrez aisément que j’en ai plein ma musette de ces propos de caniveau et que je tenais à signifier à ceux qui se vautrent dans pareille attitude mon mépris absolu, irrémédiable et définitif. Vous avez commis là une faute impardonnable. Chacun a le droit de ne pas aimer une création, un tableau, un film, un roman à la seule condition de s’être donné la peine d’essayer de s’en imprégner, de le comprendre et de le regarder véritablement.

Répandre ainsi un avis comme on épand du fumier sur une terre qu’on n’a pas labourée est absolument détestable tout en étant une forfaiture intellectuelle. Cet objet vous dégoûte au point de ne pas le feuilleter, de ne pas vous rendre compte par vous même de sa teneur. Soit ! C’est votre droit et je ne vous en ferai jamais grief. Mais de grâce, cessez donc de vomir ce que vous n’avez pas parcouru et acceptez que d’autres qui ont agi autrement que vous, puissent avoir trouvé plaisir dans la fréquentation de ce que vous prenez pour un étron.

Fort heureusement bien plus nombreux sont ceux qui ont vraiment lu notre roman. Certains peuvent le critiquer, c’est alors leur droit car la critique est fondée sur une expérience, d’autres en parlent avec enthousiasme, n’hésitant pas à nous envoyer un commentaire délicieux. C’est l’avis de ceux-ci qui nous donne envie de poursuivre cette collaboration. Quant à ma collègue, elle a cette étrange faculté de laisser glisser tout ce qui est insignifiant, de ne pas s’occuper de ces gens qu’elle tient pour quantité négligeable. J’admire sa capacité de résilience tandis que j’accuse parfois les coups. Alors d’un mot, elle me remet dans le droit chemin en me disant : « Ne pense et n’écoute que nos lecteurs et oublie les autres ! ». Je m’y emploie ici, en suivant une fois cet excellent conseil.

Franchement leur.

cadeau

 

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