Une devise mensongère.

Monsieur le préfet

Lettre ouverte aisément reproductible

 

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Je vous prie en premier lieu, Monsieur Le Préfet de ce qui est supposé une République, de recevoir les salutations déplorées d’un citoyen qui aimait jusqu’alors à se divertir et distraire ses semblables et qui découvre, atterré et honteux qu’il n’était qu’un vulgaire bambocheur, un odieux saltimbanque. Merci monsieur le représentant de l’État français de m’avoir ainsi morigéné en m’ouvrant les yeux sur mon infamie passée. Je me repens, je bas ma coulpe, je me plie à une discipline qui ne me semble pas cependant celle appliquée en haut-lieu.

C’est d’ailleurs ce point qui m’a poussé à me faire une réflexion, qui de fil en aiguille, a fini par faire une grosse pelote : non l’affreux tissu de mensonges de nos amis comploteurs (étymologie du mot : faire une pelote ensemble) ou ceux, si fréquents, de nos respectables élus au fil d’une crise qui prend tout le monde au dépourvu. Je me suis demandé si en la circonstance le principe d’égalité d’une devise, certes ancienne et sans doute inadaptée aux réalités contemporaines, conserve sa valeur quand il se trouve encore affiché sur bien des documents officiels.

Soudain l’évidence m’est apparue, comme le nez au milieu d’une figure pourtant dissimulée sous un voile de papier ou de toile, en dépit des lois de la République ; la Liberté est devenue une notion obsolète ou à défaut totalement inconciliable avec cette période d’exception à forte dimension sécuritaire et parfois martiale. Poussant mes réflexions plus avant, je doute aussi que la fraternité soit encore de saison quand par un savant mélange de menaces, de peur et de suspicions, l’autre est devenu un ennemi contre lequel il convient de dresser des barrières.

Au bout de cette introspection citoyenne, je découvre avec effroi et honte que notre devise républicaine n’a véritablement plus lieu d’être, bafouée qu’elle est, passée sous la coupe réglée d’un exécutif, dont vous êtes le digne représentant, qui dispose des pleins pouvoirs. Ceci peut vous paraître dérisoire, le pragmatisme s’impose à tous dans une période aussi critique, voire morbide. Cependant, le citoyen naïf que je suis encore s’étonne que cette grossière erreur figure sur sa carte d’électeur et sa carte d’identité.

Dans la situation présente, je ne peux me défaire de cette dernière, devant la présenter à tout moment devant les forces de cet ordre qui justement nous privent de nos libertés élémentaires. Je ne souhaite pas participer contre mon gré à cette répression fiscale dans laquelle vous avez lancé les fonctionnaires, habituellement au service du public. Je garde donc précieusement de par devers moi ce Sésame qui pourtant n’exonère nullement d’une amende tant l’arbitraire sévit dans l’interprétation de ce qu’il convient ou non de faire.

Considérant que toutes les promesses passées sont devenues caduques, que toutes les instances républicaines ne sont désormais que des chambres d’enregistrement des décisions prises par un comité de défense sans représentants élus, je ne vois plus l’utilité de cette pièce administrative qui me donnerait droit de participer à une pantomime, une parodie démocratique.

C’est donc, le désespoir et la rage au cœur que je vous renvoie cette carte électorale qui n’a plus ni sens ni utilité et qui plus est affiche une devise abolie. J’espère que d’autres suivront mon exemple, que ce mouvement s'amplifiera. C’est ainsi que symboliquement nous déposons les armes à vos pieds, vaincus par un virus qui a mis à bas notre Démocratie, notre République et notre honneur.

Nos droits abolis, nous n’avons plus que celui de nous taire et de nous claquemurer dans nos prisons domiciliaires. Nous le ferons sous la contrainte d’un état qui a perdu pied avec la dignité de sa charge et les valeurs inscrites de haute lutte dans notre constitution. Le corps préfectoral a dans l’histoire toujours su se placer du côté de la force, c’est ce qui fait sa grandeur et sa rigueur, sa permanence et sa nécessité irremplaçable. C’est donc vers vous que je tourne un courroux que vous jugerez, selon une formule chère à votre corporation, nulle et non avenue.

Liberticidement vôtre.

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