La Résistible Ascension de Flageolet

Le vilain petit canard.

Remous en bord de Loire.

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Il était un vilain petit canard qui se prit à rêver de grandeur. Dès son plus jeune âge, repoussant ses pairs, il pencha vers la communauté des oies, nombreuses il est vrai sur la Loire. Il voyait en elles une puissance dont il avait toujours rêvé et plus encore une démarche qui donnait fière allure à un pas fort martial à son goût.

Flageolet se mit à croire qu’il allait régenter tout ce petit monde des quais et des rives. Non pas qu’il se sentit de taille à donner des coups de becs dans les mollets de tous les hôtes noctambules de la place, il ne faisait pas la maille pour ça, mais en faisant appel aux cohortes belliqueuses des oies pour mener à la baguette tout ce joli monde.

Les compagnies municipales des oies volèrent immédiatement dans les plumes des drôles d’oiseaux nocturnes qui venaient s’abreuver sur le pierré. Seuls ceux qui acceptaient de boire dans les abreuvoirs estampillés avaient droit d’hydratation tandis que les autres seraient impitoyablement mis au régime sec. Flageolet n’aimait pas qu’on lui coure sur le haricot, il ne diffère en rien des autres volatiles.

Mal lui en a pris car il voulut s’investir au delà des limites de sa mare personnelle. Il avait l’intention de s’imposer comme un coq sur son promontoire. Une fois encore, la confusion était la règle, lui qui ne sachant à quel saint se vouer, n’avait pas une idée précise sur sa famille aviaire. Sortir du cadre n’est jamais chose aisée quand on ne connaît pas exactement sa famille d’affiliation.

Flageolet subit un échec cuisant dans sa volonté d’élargir son domaine d’investigation. Il fut même vilainement repoussé par une cabale qui lui fit grand mal. On voulait le mener à Bou tout en prétendant qu’il n’avait pas de Cœur. C’était plus qu’il n’en pouvait supporter. Fidèle à son patronyme, il sortait parfaitement péteux de cette mascarade.

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La vengeance étant un plat qui se mange froid, il va ruminer un temps avant que de riposter de manière spectaculaire. La suite risque fort de tourner au vinaigre, ce qui avouons-le est la grande spécialité de la place. Le vilain petit canard a toute la confiance du grand Balbuzard, celui qui a retrouvé son perchoir au dessus de l’hôtel de ville.

Fort de l’appui de ce redoutable rapace, le canard va mener au pas de charge une riposte sans fausse note. Flageoler à la baguette, la clef de bras remplacera avantageusement la clef de sol, les blanches seront pointées tandis que les noires risquent fort les anicroches. On ne badine pas avec la musique martiale dans la famille des anatidés palmés.

Véritable chef d’orchestre, il ne sera pas maître de chœur, lui qui déteste par dessus tout les chansons reprises en canon le soir sur les quais de Loire. Il a besoin de la douce mélodie des sirènes, pourvu qu’elles émanent des véhicules prioritaires. Nous avons trouvé là, un véritable Ami Râle du retour à l’ordre public sans coup férir.

Flageolet n’est pas un ramier, il ne sera pas le pigeon de la cabale dont il fut injustement la victime. C’est la main sur le cœur, qu’il reprendra sa place, enfonçant à tout jamais dans les eaux de la Loire, ce palmipède ridicule qui se prétendit le détrôné. Ainsi va la vie impitoyable des drôles d’oiseaux qui nous gouvernent.

Naturellement, à persifler ainsi, je risque fort de me brûler les ailes. Le bûcher m’est promis, je risque auparavant de passer sur le grill à l’initiative d’un canard qui a pris le contrôle des poulets. J’avoue ne plus rien comprendre à ces histoires de volatiles et j’abandonne cette plume qui me fait écrire n’importe quoi.

Canardement sien.

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Toute interprétation serait le fruit de l'aléatoire et de la Loire

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