Le cercle des déambulateurs circonvenus

Histoire d’une mesure qui fait polémique.

Retour sur la règle la plus stupide du monde ...

 

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Le cercle est à l’ordre du jour, celui qui enserre, qui encercle fort justement à l’intérieur d’un disque qui n’est ni bleu ni vertueux. Le macron sillon d’un peuple mis au pas. Chacun comprend que pour déplier ses compas, aller de l’avant, prendre l’air ou l’aire, le discobole doit se munir d’un équipement satellite afin de déterminer à coup sûr ce qu’on nomme abusivement son périmètre d’évolution.

D’une part puisque c’est chaque individu qui constitue le point de référence, le centre même de ses préoccupations, c’est de ce point central qu’il lui revient le privilège de tracer une circonférence d' un kilomètre de rayon. Que devient cette géométrie de l’absurde quand le quidam ne dispose pas de centre de gravité, de domicile ou même de repère fixe ? Le législateur n’a rien prévu à ce propos.

Tout ceci parce qu’une circulaire émanant sans doute d’un comité d’experts en géométrie euclidienne se permet de décréter la marge de liberté dont nous pouvons jouir. Il est vrai que depuis toujours, le principe même du pouvoir est de prendre des mesures coercitives pour limiter la propagation de notre désir intempestif de n’en faire qu’à notre tête. Cette fois, la mesure est dépassée à moins qu’elle se soit justement donnée pour idée fixe ce kilomètre, pourtant héritage de la révolution française.

Rappelons cette formidable épopée de Pierre Méchain et Jean-Baptiste Delambre, les deux astronomes et académiciens chargés par l’Assemblée Nationale de mesurer le méridien entre Dunkerque et Barcelone, afin de lui donner “ pour tous les hommes, pour tous les temps ”, une mesure universelle : le Mètre, dix-millionième partie du quart de méridien terrestre. L’aventure fut épique, elle ne fut pas menée pleinement à son terme même si elle permit la définition de ce mètre dont les deux derniers représentants se trouvent au 36 rue de Vaugirard et 13 place Vendôme. Ils y furent installés en février 1796.

Le mètre étalon devint le symbole de la libération par les sciences tout autant que celle d’une révolution qui libérait les individus. Plus de deux siècles plus tard, une nouvelle ère brise définitivement ce qui reste encore de l’idéal révolutionnaire avec des marcheurs qui réduisent l’espace vital de chaque individu de ce pays à ce kilomètre sous contrôle policier. La mise au pas de la population tout entière dans l’unité et la concorde supposa une nouvelle mesure de plus grande ampleur. Le kilomètre de Macron est né de cet objectif de restrictions drastiques de tous acquis antérieurs.

Ainsi donc, une circulaire vit le jour. Terme administratif qui remonte au latin Circularus : qui a la forme d’un cercle. Depuis peu, cet élément permet de limiter la circulation des braves gens sous le contrôle tatillon d’agents de la circulation. Le policier monte sur ses grands chevaux devant le contrevenant tandis que le malheureux se retrouve mis à pied par un pouvoir En-Marche. Il y a de quoi couper les jambes à un lexicologue et tourner en rond sans parvenir à s’évader de cette définition.

Le problème de la circulaire c'est qu'elle contraint à évoluer à l'intérieur d'un périmètre qui relève de la circonférence dont le rayon a été déterminé lors d'une conférence au sommet. Mais c'est là qu'a lieu le dérapage actuel, point de sommet dans un cercle, comment le dire à un policier obtus en pleine crise aiguë de géométrie politique ? Le mieux est de prendre la tangente et de virer nos cadres. La chaîne d’arpenteur ne mesure plus, elle enferme, elle assujettit, elle aliène.

Nous revenons ici aux sources du cirque, le cercle circassien qui jusqu’alors était entouré de spectateurs. Depuis la sortie de piste demeure possible mais hélas se déroule sans public. C’est par dépit (∂ xπ) qu’un clown de service ayant le compas dans l’œil, a ainsi limité arbitrairement notre rayon de mobilité, y compris pour ceux qui évoluent à bicyclette. Une nouvelle circulaire a même déterminé les rayons à fermer dans une grande surface. Il y a de quoi y perdre son latin : Dura lex, sed Castex

Arpenteurement leur.

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