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Billet de blog 25 nov. 2022

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Les feuilles mortes ne se ramassaient plus à la pelle.

Le vacarme automnal.

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"Dur de le feuille ..."

Jacques Prévert n'en croirait pas ses oreilles, le temps est revenu de ramasser les feuilles mortes qui jonchent honteusement trottoirs et routes, provoquent glissades et dérapages, bouchent les égouts et cachent les merveilleux petits pavés si glissants. La poésie n'est plus de mise dans nos communes quand les escouades municipales arrivent, équipés de souffleurs thermiques et de casques pour balayer devant nos portes.

La ronde peut commencer, vacarme infernal d'un combat sans pitié entre l'engin mécanique et le vent qui se moque bien de ce ridicule copieur. L'homme, abruti de bruit, tente vainement de faire un tas, un amas afin qu'un autre, ne vienne ramasser la mise avec un camion benne. Nous avons sous les yeux et dans les oreilles la plus fracassante démonstration de la modernité qui a bouté le râteau et le balai de l'arsenal cantonnier.

Il est permis d'élever la voix devant cette débauche d'énergie qui vient suppléer à la pénurie d'huile de coude et au refus des vieilles recettes de nos anciens. Le moteur de la souffleuse affirme sans nuance la supériorité d'une société de la mécanisation à outrance, tant pis si vous entendez jouir du silence dans votre quartier.

Souffler n'est pas jouer, c'est ce que constate amèrement le musicien qui ne peut faire ses gammes tant que les feuilles couvrent la chaussée. Chacun de déplorer amèrement la chevauchée diabolique de ces hommes portant un moteur dans le dos et poussant toujours plus loin leur amas récalcitrant. S'ils veulent un tuyau, l'aspiration serait sans nul doute, une stratégie plus rationnelle, que ne manque du reste pas d'appliquer, la seconde lame du dispositif.

Une souffleuse, un aspirateur et pour les deux des décibels à la pelle pour des usagers qui, à mon instar, ne sont jamais contents. Une grande ville se doit de couvrir le silence de toutes les manifestations bruyantes des services que ses employés mettent à notre disposition. Le bruit habille la cité pour annoncer de manière tonitruante que les services municipaux sont présents pour notre confort.

Honnêtement, envisage-t-on de prendre la place de ce malheureux homme sandwich supportant un tel vacarme dans le creux de ses oreilles, condamnées à la surdité ? Il serait temps de revenir à la véritable sagesse des anciens, à ses outils qui ne coûtent pas grand-chose et surtout qui ne font pas de bruit. Nous pourrions enfin jouir du chant des oiseaux si à la place des tondeuses détestables, la faux était de retour.

Souvenez-vous du cantonnier d'antan, poussant tranquillement son chariot tandis qu'il maniait le balai de bouleau sans nous briser les oreilles. Je n'ai pas souvenir qu'il fut moins efficace, il était simplement bien plus discret et, ne le répétez pas, toujours disposé à rendre un service ou préciser son chemin à un quidam qui ignorait tout du GPS.

Hélas, la discrétion est politiquement contre-productive. Le vacarme est la plus sûre manière de démontrer que les autorités prennent soin de notre bien-être. Une préoccupation qui passe nécessairement par une agitation ostentatoire et des achats en conséquence, qui gonflent les dépenses de fonctionnement.

La souffleuse est le paradigme d'un monde décadent, elle s'apprête pourtant à faire sa mue. Rassurez-vous, elle sera bientôt électrique pour rester dans l'air d'une époque où, malheureusement, il n'est plus permis d'abattre ses maudits arbres sans un concert de protestation. Décidément, c'est bien compliqué de gérer les manifestations naturelles. Le béton, le bitume, les petits pavés saillants et glissants, quoiqu'on en dise, simplifient grandement l'existence.

À contre-silence.

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