Casse-tête ou tire-fesse ...

En cherchant la petite bête.

Vues et images d'un monde tout blanc. 

 

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Il m'a été donné de passer une semaine avec vue panoramique donnant sur une station de ski en Haute-Savoie. Le spectacle fut pour le moins inhabituel et fort original pour peu de prendre le temps de l'observation attentive sans perdre de vue la petite bête. Je me trouvais sur mon promontoire, à l'écart des rares fondeurs qui en dépit des mises en garde multiples de notre bon comité scientifique, osaient affronter le monstre virulent tapi dans le manteau neigeux. La plupart d'entre eux se dispensaient du port du masque, réservé habituellement au ski alpin.

Plus loin je percevais des cris désespérés d'animaux. J'ai longtemps pensé qu'il s'agit de ce fameux Yéti alpestre, tout petit animal qui s'attaque sournoisement aux égarés de la poudreuse. Puis, à bien y réfléchir, le variant brésilien ne pouvait avoir cet accent. Je me suis décidé à me rendre sur place, en dépit des risques exposés par monsieur Véran pour découvrir que c'était une meute de chiens de traîneaux qui jouissait du privilège que leur avait accordé le gouvernement. Ils jappaient de joie à l'idée de triompher pour une fois des dispositifs mécaniques pour remonter la pente.

Puis je fus soudain frappé par la quiétude des lieux comme si l'absence de la horde harnachée pour les folles descentes modifiait radicalement l'ambiance de l'endroit. Les gens étaient souriants, patients, polis, détendus, comportement totalement hors de propos habituellement. C'était à croire que la menace qui pesait sur eux était de bien moindre importance que ce flot furieux qui dévalait des cimes. Mais qu'en était-il du danger évoqué ? Où se cachait-il ?

De rares aventuriers remontaient malgré tout la piste, des skis aux pieds et des bâtons en mains. À bien les observer « en marche à rebrousse pente », je compris qu'ils étaient des admirateurs du président et bénéficiaient à ce titre d'une immunité idéologique les plaçant au-dessus des contingences habituelles à moins que ce soit la peau de phoque dont ils ont chaussé leurs skis qui les place en harmonie avec le grand homme.

Il me fallut attendre la nuit pour enfin ouvrir les yeux sur la réalité qui nous dissimulait en haut lieu. J'avoue que vous en faire part m'ouvre au risque de la moquerie mais qu'importe, ce que j'ai vu mérite de vous être confié. Bien campé sur mon balcon, chaudement habillé, j'écarquillais les yeux en quête de vérité. Soudain je les ai vus ou pour ne pas faire preuve de forfanterie déplacée, je les ai devinés…

Des nuées de virus, les plus nombreux porteurs d'un dossard jaune, les autres se distinguant avec des combinaisons de différentes couleurs, certains portant même une tenue arc-en-ciel, traversaient les pistes. Profitant du passage d'engins mécaniques qui venaient de leur damer la piste mais pas le pion, ils allaient à la recherche de nouveaux affûts pour sauter sur le skieur égaré. La fameuse covid est bien une menace des pistes. Mais pourquoi ?

Tentant de remonter la longue file des petites bêtes en quête de méfaits, je découvrais qu'elles nichaient sur les systèmes assurant habituellement l'ascension des sportifs de la glisse. Elles avaient élu domicile sur les câbles, les tire-fesses, les télécabines. Voilà ce que ne nous avait pas dit le comité scientifique voulant sans doute nous cacher qu'il en allait de même en ville sur les câbles de tramway ou les lignes de la SNCF, dont il n'était pas question de fermer l'usage.

Je pouvais quitter mon observatoire. J'avais enfin compris une des rares mesures incompréhensibles de notre bon gouvernement. Je ne voulais pas que se poursuive plus longtemps cette campagne de dénigrement systématique à son encontre. Pour se faire, les semaines à venir je passerai des nuits de guet dans un cinéma, un théâtre, un musée, un restaurant, un bar, tous vides, pour vous narrer les mœurs et comportements de ces maudites petites bêtes.

Scientifiquement vôtre.

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