Les girouettes de Paulette - suite et fin -

L’art et la manière de nos girouettes

Dans le vent


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La girafe et la girouette

 

La girafe et la girouette,
Vent du sud et vent de l’est,
Tendent leur cou vers l’alouette,
Vent du nord et vent de l’ouest. Toutes deux vivent près du ciel,
Vent du sud et vent de l’est,
À la hauteur des hirondelles,
Vent du nord et vent de l’ouest. Et l’hirondelle pirouette,
Vent du sud et vent de l’est,
En été sur les girouettes,
Vent du nord et vent de l’ouest. L’hirondelle, fait, des paraphes,
Vent du sud et vent de l’est,
Tout l’hiver autour des girafes,
Vent du nord et vent de l’ouest.

Robert DESNOS

Recueil : "Chantefables"

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Autrefois, la tôle de fer permettait de réaliser ces ouvrages. La pièce était découpée le plus souvent d’une seule pièce quand parfois d’autres étaient constituées de plusieurs parties assemblées ensuite grâce à des rivets à une époque où la soudure était inconnue.

L’arrivée du zinc, un matériau qui résiste mieux aux intempéries sonna l’abandon du fer. C’est lui qui eut la primauté même si des girouettes en bois tournent aussi sur les toits. Certains petits moulins sont de véritables automates. Les ailes en tournant, actionnent par un système de tiges et de cames, des petits personnages qui lèvent un verre au rythme du vent !

La rotation de la girouette intrigue ceux qui ne sont pas des adeptes de la mécanique. Un des côtés de la girouette, enroulé sur lui-même forme un fourreau fermé à son extrémité supérieure. Ce fourreau prend position sur un axe fixé au toit, une bille d’agate venant s’interposer entre les deux pour faciliter la rotation.

Il est recommandé de prévoir un balancier formant contre-poids pour offrir un meilleur équilibre à la girouette tout en limitant son usure à l’instar de leurs frères humains qui eux aussi ont besoin pour tourner rond de compenser les rigidités de l’existence par une petite dose de rêve et de fantaisie.

Malgré ces précautions, on entend parfois tourner les girouettes.

Elles chantent proclament les poètes. Elles se plaignent, affirment les sensibles. Elles grincent prétendent les grincheux.

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                                                                                    La girouette

Cri noir, désenchanté,
Elle dit aux nuages les demains rouillés.
Loin d’elle, le sol qu’elle a quitté,
Pour des idées d’azur, de jours ensoleillés.

Elle ne chante plus…a-t-elle jamais chanté?
Elle grince les pleurs de rêves oubliés.
Elle voit les horizons, les campagnes habitées,
Les fumées du village, d’hiver ensommeillé.

Mais parfois, le vent vient la visiter,
Après sa dure journée, dans le ciel brouillé,
Au vieux coq, sur une patte montée,
Discrètement, il pose une bise mouillée.

 

Daniel Courtois

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Plusieurs coqs ont été confiés à Paulette Rhode dont certains en bronze, très racés. D’autres ressemblant bien plus à une grosse poule paysanne se contentaient de zinc. L’un de ces coqs offerts a intrigué la curieuse. Il portait sur le dos et sous le ventre un œilleton de verre muni d’une petite glace par laquelle devait se réfléchir un rayon de soleil. Ce devait être destiné à éclairer un objet mystère un certain jour de l’année par un certain vent. Une girouette digne de Hergé …

Un seul coq de clocher a trouvé grâce aux yeux de la collectionneuse. Elle l’a choisi parce que ses pattes semblaient nous faire comprendre qu’il courait et c’est justement sur le clocher de Cour-sur-Loire qu’il trônait majestueusement. Un artisan malicieux avait sans doute souhaité jouer avec la toponymie du lieu sans que les autochtones ne le remarquent.

La mise en place sur le clocher d’un coq girouette était accompagnée par une coutume qu’il convient de raconter ici. Avant de monter sur son très haut perchoir, les couvreurs prenaient l’animal dans les bras afin de lui faire parcourir toutes les rues de son futur domaine. Naturellement ce tour de village s’accompagnait d’un petit versement en liquide dans une sébile tendue par les aventureux artisans. Le coq était enrubanné tandis que les filles à marier se devaient de couper un morceau du ruban afin de conjurer le sort et trouver dans l’année un jeune coq à mettre dans son lit

De leur côté, certains joyeux drilles sans doute pour faire les coqs, des soirs trop arrosés, se lançaient dans l’aventure de décrocher la girouette sur le clocher de l’église. Ils devaient reproduire cette prouesse le lendemain pour le remettre en place non sans l’avoir affublé de quelques oripeaux drolatiques.

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Hier et aujourd’hui


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Ô fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue
D'envelopper ainsi mon coeur et mon cerveau
D'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau.

Dans cette grande plaine où l'autan froid se joue,
Où par les longues nuits la girouette s'enroue,
Mon âme mieux qu'au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau.

 

Charles Baudelaire

 

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Les recherches de Paulette Rhode l’ont souvent entraînée sur les chemins du passé. Elle se demanda alors s’il y avait place de nos jours pour ce beau témoin du vent qui souffle et si des artisans d’aujourd’hui reprenaient le flambeau et peut-être le poste à souder.

Le hasard lui fit un signe par l’intermédiaire d’un reportage dans le journal local. Elle apprit l’existence d’un groupe de « Compagnons Couvreurs » à Cepoy. Pour les joindre, il lui fallut contacter « Gatinais, la gaîté » un formidable sobriquet pour aiguillonner la curiosité d’une dame insatiable en ce domaine.

Après des démarches auprès de la mairie, elle eut le plaisir de visiter leurs ateliers puis de se rendre à Paris au siège des compagnons, afin d’admirer l’exposition de leurs chefs-d’œuvre. Elle était comblée car dans ces maquettes de toiture, certaines étaient coiffées d’une girouette ouvragée.

Paulette se mit à imaginer un langage des girouettes. Elle pensa qu’elles devaient communiquer entre elles par l’intermédiaire du vent qui avait tourné la tête à notre vieille amie. Elle eut des mirages ; elle vit sur un toit un gentil petit couvreur conter fleurette à une charmante bergère qui lui souffla un baiser. Elle crut apercevoir le gentilhomme châtelain régler ses comptes avec l’incorrigible braconnier …

La réalité vint apporter elle aussi sa dose d’humour. Toujours le nez en l’air, Paulette se rendit compte que le Tribunal Administratif d’Orléans était couvert de parapluies qui devaient lui servir de talismans pour se parer des pépins que constituent les erreurs judiciaires.

Pour sa recherche Paulette a parcouru Val de Loire, Sologne, Berry, Gâtinais à la recherche de ses chères girouettes. Elle a ressenti un pincement au cœur dans une Beauce presque déserte où seuls les engins agricoles se meuvent dans la grande plaine. Elle y a pourtant été accueillie avec une grande gentillesse tant sa démarche provoquait sympathie et curiosité.

Au terme de ce collectage magnifique auquel le Liger Club de l’Orléanais redonnera vie depuis que Paulette a pris la poudre d’escampette pour se rendre sur l’autre rive, voir si le vent souffle aussi de ce côté-là, tout comme elle nous ne comprenons pas pourquoi on traite de girouette les personnes qui se laissent aller à changer d’avis.

Paulette écrivait à ce propos : « Soyons modestes, nous sommes tous un peu girouette …

Reste à savoir si c’est à bon escient … et si notre individualisme ne nous empêche pas de percevoir le petit souffle envoyé par le cœur des autres ! »

Girouettes de fêtes, de prestige, de souvenir, de tendresse ou de rancœur, ombres chinoises sur fond d’azur, « autant en caresse le vent ». Le vent qui avec le temps fait se déliter les girouettes, se décolorer les souvenirs.

Paulette s’est donné la belle tâche de conserver la mémoire de ces majestueuses silhouettes. Elle a redonné vie aux girouettes, à leur histoire, à leur univers authentique. Puissions-nous ne plus nous moquer de ceux qui marchent le nez en l’air !

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Girouette, tu peux crier sur les ardoises,
Grincer comme une dent sur d’acides framboises !
Hiver, tu peux lancer aux vitres tes grêlons
Qui bourdonnent comme une averse de frelons,
Qu’importe ! Hiver, brandis tes trompettes de cuivre
Et déchaîne tes chiens sur la route de givre
Et les chevaux des ouragans ! Je m’en bats l’œil !
Je m’en bats l’œil ! Je lis des vers dans mon fauteuil !
Beauté des jours ! Beauté des livres et des lèvres !
À mon coupé, j’attellerai cent douze lièvres.
Sous l’azur plus vibrant qu’une aile de perdrix,
Et j’irai vers les bois que mon rêve a fleuris !

 

Tristan Derème

 

Paulette aimait par dessus tout frapper à la porte d’une maison portant girouette, s’enquérir de son histoire, discuter avec les habitants. Souvent, elle remarquait qu’après son passage, la girouette avait été réparée ou entretenue, preuve que sa curiosité avait de belles conséquences. Sa fille Claire se rappelle combien sa mère était heureuse de redonner vie à ce patrimoine si discret qu’il faut lever la tête pour l’apercevoir. Ses conférences étaient toujours l’occasion de belles rencontres et d’un formidable souffle de vent pour les girouettes si chères à son cœur.

Puisse la reprise de son œuvre vous donner à tous l’envie de couvrir votre demeure de ce magnifique témoignage du passé.

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