Freluquet renaît de ses cendres.

Tout feu, tout flamme

"Grâce à Notre-Dame, du grand débat, je ne retiens pas grand-chose !"

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Le miracle a eu lieu et quoi de plus merveilleux dans une République laïque qu’il se déroule dans le saint des saints, Notre Dame de Paris. Freluquet remonte aussi vite dans les sondages qu’il avait été descendu en flèche par la crise des gilets jaunes. C’est paradoxalement l’annonce programmée des décisions présidentielles qui a mis le feu à la charpente à défaut des poudres. Devant se taire, le grand homme a trouvé dans la prière la foi tout autant que la force de remonter une planche qui jusqu’alors avait été savonneuse.

Dieu a-t-il sacrifié sa cathédrale afin de permettre au chanoine de Latran de retrouver force et vigueur ? Les voies du Seigneur sont véritablement impénétrables, ce serait exclamé Benalla, apprenant que de nouveau les sondages étaient favorables à son cher corps, jadis gardé si précieusement. Il est permis de s’interroger sur ce curieux phénomène, l’effondrement d’un lieu de culte replaçant le Président sur orbite.

D’où vient ce coup de pouce salutaire ? Nul ne le saura jamais même si nombreux sont ceux qui furent de mèche, non pas avec les incendiaires éventuels mais avec le bâtisseur olympique. Dans un vaste élan de générosité, les exilés fiscaux, les exonérés de l’impôt, les soulagés de l’ISF, les milliardaires au cœur de pierre se sentent redevables pour ce prince de l’éclipse. Plus la cagnotte grossissait, plus le grand architecte de l’impossible pouvait lancer des défis aux cieux.

La Cathédrale retrouvera son lustre d’antan a-t-il proclamé bien maladroitement, ignorant sans doute, qu’en ce lieu le candélabre est préférable à l’électricité. Dans cinq ans, nous aurons terminé le chantier. Miracle de la foi, illumination divine, prophétie soufflée par l’ange Gabriel en personne ? Toujours est-il que la perspective coïncide fort judicieusement avec l’ouverture des Jeux Olympiques de Paris.

C’est alors que tel le diable surgissant de sa boîte, se pose alors l’épineux problème de la flamme olympique. Passera-t-elle par Notre Dame ou bien évitera-t-on soigneusement de réveiller de mauvais souvenirs ? Le dernier porteur, en tout état de cause ne pourra être que Freluquet en personne, champion incontesté du déplacement de montagne. Il ne fait d’ailleurs plus aucun doute que son élection est désormais acquise grâce à cet épisode qui intègrera au plus vite la Sainte Bible.

Oublions le grand débat. Les paroles ont la fâcheuse habitude de s’envoler tandis que comme chacun le subodore aisément, les écrits restent en l’état. Plus rien ne sera important au regard de l’immense chantier à venir. Adieu les augmentations de salaire, la revalorisation des retraites, la justice sociale, le renouveau de la démocratie. Dieu a besoin de bâtisseurs et le pays d’ouvriers aux ordres.

Freluquet, parole prémonitoire l’avait déclaré devant un peuple injustement incrédule et moqueur : « Pour trouver du travail, il suffit de traverser la Seine ! » Il se peut que le propos soit apocryphe mais qui donc viendra reprocher aux bons apôtres de la Grande Marche, une petite substitution langagière. Tous ses prédécesseurs, à tour de rôle, cherchèrent vainement la lumière qu’ils pensaient tous trouver lors de la sortie du tunnel. Erreur funeste, seul Freluquet avait compris qu’il fallait lever les yeux au ciel !

La boucle est bouclée. Tout est en place pour une marche triomphale. A quoi bon d’ailleurs maintenir les prochaines élections présidentielles. Faisons économie de temps et d’argent, de salive et de débats infructueux. Le récent exemple prouve au demeurant qu’il ne sert à rien de discourir et qu’il suffit de mettre le feu aux poutres.

Lors de la grande cérémonie pour célébrer la fin des grands travaux, pourquoi ne pas songer à couronner notre délicieux monarque, envoyé de Dieu sur terre ? L’idée doit faire son chemin mais jamais nous ne retrouverons pareille opportunité pour célébrer la grandeur de celui qui a enfin terminé sa traversée du désert. Il a multiplié les dons comme son devancier multipliait les pains, n’est-ce pas un signe suffisant pour lui confier les clefs de notre beau pays pour l’éternité ?

Illuminationnement sien.

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