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Billet de blog 26 nov. 2022

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Le grand tournant écologique

La distraction durable

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La Grande roue prend tout sons sens ...

L'écologie n'en finit pas de convertir même ceux qui semblent par leurs actions et leurs comportements, les plus récalcitrants. C'est le grand souffle de la nécessité qui pousse ainsi nombre de têtes d'affiche de ce pays à prendre des postures dont on peut légitimement penser qu'elles fleurent bon son relaps. Ne leur faisons cependant pas procès d'intention à l'aube de célébrer le premier millénaire de l'hérésie d'Orléans. Le mélange des genres pourrait mettre le feu au bûcher.

Notre bon échevin s'est longtemps interrogé pour attirer les regards au-delà de ses amis de C-News. Dans son désir de s'offrir une stature nationale, il a souhaité joindre l'utile au futile, l'agréable au durable, le spectaculaire au salutaire tout en souhaitant rester dans la même veine que sa spectaculaire CO'Met.

C'est ainsi qu'à l'approche de Noël, il lui est venu une formidable idée qui offrira sans nul doute un formidable coup de projecteur à la cité johannique tout en mettant en pleine lumière son incontournable édile. Comme nombre de ses collègues maires, notre homme s'est posé la question de l'opportunité d'une débauche d'électricité au moment des fêtes.

L'éclairage public doit-il se passer des décorations lors de cette période qui se devrait d'être festive dans un contexte où la sobriété énergétique s'impose à tous ? Que le Duc d'Orléans s'évertue à agir pour que ses concitoyens déclarent fièrement : « Ce n'est pas Versailles ici ! » est tout à son honneur et nous devons l'en féliciter. La question cependant l'a laissé un temps fort dubitatif, ne pouvant se résoudre à couper le courant en centre-ville.

Que faire alors pour tout à la fois ne pas priver les orléanais de leur hochet, attirer les regards de la presse internationale et se parer d'une renommée environnementale qui verdira singulièrement son mandat ? Les idées ne manqueraient sans doute pas, encore fallait-il que le spectaculaire soit à la hauteur des ambitions de cette Métropole en plein essor.

C'est cette expression qui mit la puce à l'oreille de notre magistrat. Il fit immédiatement le rapprochement entre les animations de Noël et la fameuse Grande Roue qui symbolise à elle seule la prospérité de la ville. Mais comment faire de ce gouffre énergétique une formidable propagande en faveur d'un retournement des valeurs ?

La question fut examinée en conseil restreint, loin d'une opposition incapable de formuler la moindre proposition concrète. C'est monsieur Loire en personne qui apporta son grain de sel, une évidence pour qui connait l'histoire de la cité. Il proposa de déplacer l'attraction sur le ponton de Loire, de munir chaque nacelle d'un godet et de faire tourner la grande roue par la seule force du courant.

Que cette merveilleuse idée vienne de ce personnage, habituellement respecté pour sa discrétion, en surprit plus d'un. Voilà qui allait couper la chique aux détracteurs habituels, aux langues de vipère qui ne cessent de dénaturer les actions municipales. On se congratula, on se félicita de donner une dimension parfaitement innovatrice à une animation qui allait concilier la sobriété à l'admirable décor de la Loire.

C'est l’adjoint à la sécurité qui après des éloges nourris et des exclamation enthousiastes vint doucher l'assistance. Il lui semblait fort délicat de réaliser cette prouesse technologique de haut vol tout en assurant la sécurité des passagers et de la foule immense qui ne manquerait pas de se presser sur le quai. L'hiver, la rivière est bien plus dangereuse, ce serait folie que de tenter le diable.

Le soufflet retomba parmi les présents. C'est justement cette formule assez banale somme toute qui déclencha le processus qui fera de la ville, le phare de la modernité. L'adjoint à la transition écologique s'autorisa alors cette formule : « Nous allons démontrer à la face du pays tout entier que notre collectivité a le vent en poupe ! »

Chacun de s'interroger sur cet enthousiasme subi de ce personnage. Quelle puce l'avait piqué ? Il devait en dire plus car nul dans cette docte assemblée ne semblait comprendre de quoi il en retournait, ce qui pour une grande Roue, fait absolument désordre. L'homme dut s'expliquer avant que la réunion tourne mal.

Il fit alors un brillant exposé sur la nécessité d’allier la pédagogie sur l'épineux sujet des économies d'énergie à une citoyenneté participative tout en conservant les valeurs festives d'une fête qui se voulait œcuménique et dépourvue de toute dimension partisane. Chacun d'en rester bouche bée d'autant plus que de tels propos n'avaient pas souvent cours dans ce lieu. Il devrait se montrer plus explicite pour se faire comprendre de ses collègues.

Il affirma que la Grande Roue de la place du Martroi pourrait disposer d'un coût carbone neutre ou même négatif par la participation active et rémunératrice d'une population heureuse de payer de sa personne et de ses écus, pour apporter sa contribution au délicat combat dans lequel le pays était engagé.

Loin d'éclairer la lanterne des participants, notre brillant conseiller les jeta dans les affres de la perplexité. Ne pouvait-il pas se montrer plus précis et exposer enfin son idée qu'il noyait dans un charabia digne de l'opposition socialo-écologique. Il dut se résoudre à abandonner la langue de bois pour passer aux détails concrets.

L'homme se leva et vint ponctuer son exposé d'un schéma qui lui permit de recueillir tous les suffrages. « Chaque nacelle de la grande roue sera équipée d'une voile, reprenant ainsi le logo du Festival de Loire tout en annonçant la prochaine édition au monde entier. Tous les passagers seront quant à eux munis d'un soufflet (c'est ce mot qui me mit sur la piste) afin de l'actionner durant les différentes rotations de l'engin. Plus les citoyens mettront du cœur à l'ouvrage, plus ils seront nombreux sur l'attraction, plus le système deviendra autonome en énergie. Un générateur électrique permettra éventuellement de charger des batteries si le système devient excédentaire en énergie. »

Cette fois, c'était lumineux pour beaucoup sauf deux ou trois élus qui n'avaient toujours pas compris. Pour ceux-là, il n'était rien à espérer de mieux. Le plus urgent était de passer au vote pour valider cette formidable idée. Il fut acquis d'autant plus facilement que le Maire en personne lui avait donné son aval.

C'est ainsi qu'un bureau d'études a été mandaté pour définir concrètement les modalités de mise en œuvre de cette première mondiale : une Grande Roue auto-suffisante en énergie. Il est à noter que l'importance de cette initiative et la renommée qu'elle risque d'avoir à l'échelle planétaire a poussé l'instance délibérative à suggérer une augmentation spectaculaire du prix de la place. L'honneur rejaillira forcément sur les acteurs de cette extraordinaire innovation.

On se quitta dans l'enthousiasme, impatients désormais d'assister aux premiers tours de roue de cette grande génératrice d'énergie qui brillera de mille feux au cœur de la cité. Une motion a néanmoins été votée afin que les membres du conseil municipal inaugurent l'attraction sans avoir bourse déliée.

Rendez-vous prochainement pour assister à cette extraordinaire démonstration de la puissance créatrice de notre nation. Si on n’a ni pétrole, ni gaz, ni uranium, il n'en reste pas moins que nos élites fourmillent d'idées.

À contre-sens.

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