La boutique aux souvenirs.

Du rêve à la réalité

Mon Pays d'en-France

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Il était une fois un vieil homme en quête de son passé. L’âge avançant, il est naturel de vouloir trouver refuge dans ses souvenirs. C’est une manière de repousser le temps qui passe, de retrouver tout autant de cette merveilleuse inconscience qui est le propre de l’enfance. Il avait pourtant abandonné les rêves, il lui suffisait de se perdre dans la contemplation d’un objet de son enfance pour s’accorder quelques douceurs bien innocentes.

C’est ainsi qu’il arpentait les rues de son village à la recherche d’un visage, à la quête d’un regard peut-être quand il se perdit en contemplation devant la vitrine d’une boutique. Pourtant, il ne lui semblait pas qu’il y eut là, autrefois un magasin de souvenirs, un brocanteur ou même un antiquaire. En replongeant dans sa mémoire, il se souvenait vaguement d’un salon de coiffure. Il n’en fut pas surpris plus que ça, tout avait tellement changé en cet endroit.

Il poussa la porte par curiosité peut-être à moins qu’il ne fût mu par un pressentiment. Il devinait que sa quête serait récompensée. Il avait raison, dans ce bric-à-brac incroyable il découvrit un vieil ours en peluche, usé sur/jusqu'à la corde. Il hésita, ce n’était pas possible, ce ne pouvait être son nounours, disparu depuis si longtemps.

Il l’examina, le cœur battant. Il n’y avait aucun doute, les mêmes blessures, le même raccommodage que sa mère avait fait, la même perle qui remplaçait un œil qu’il avait arraché lors de l’une de ses colères. Le vieux pleurait, il était submergé par l’émotion. Il fit acquisition de ce trésor et rentra chez lui, bien loin de ce village d’enfance.

Le temps passa. Il voulut revenir dans cette boutique. Il avait retrouvé des souvenirs anciens, qu’il croyait effacés. Il se rappelait alors les hurlements de la sirène des pompiers. Les enfants qui se précipitaient dans cette petite rue, pour se poser sur les grilles blanches et voir surgir le camion des pompiers, remontant la longue rampe pentue derrière la mairie. Il revint, le salon était toujours là, il regardait toujours au travers de la vitrine s’il trouvait un visage connu.

Il revint, poussé par une volonté farouche de rajeunir. Il pénétra le cœur battant dans cette caverne d’Ali Baba étrangement déserte. Il put fouiller tout à son aise, passa un temps infini perdu dans des souvenirs fugaces quand une nouvelle fois il tomba en arrêt sur un nouvel objet surgi de sa mémoire. Un jeu de société, un jeu de petits cochons ! Il en riait. Combien de fois avait-il sorti le petit animal pour lui glisser des pattes au fur et à mesure de la partie. C’était son jeu, il en avait la certitude. Il repartit avec.

Il ne put s’empêcher de revenir. C’était plus fort que lui. Il avait un pressentiment. Il allait découvrir un nouveau trésor. Il revint dans son village. Cette fois pourtant, tout semblait avoir changé. La vitrine était peinte en blanc, elle était opaque. Une pancarte, « à vendre » semblait être là depuis des lustres. Il était perdu. Avait-il rêvé ?

Il était interdit, égaré, circonspect. Il tremblait sur ses vieilles jambes quand une jeune fille s’approcha de lui. Il crut défaillir. Elle ? Sa camarade d’enfance, elle n’avait pas changé. Le même sourire angélique, les mêmes yeux profonds. Il sentait sa raison vaciller. Comment était-ce possible ? Il allait se trouver mal quand soudain, les peintures disparurent, le magasin retrouva son allure d’antan, la sirène retentit.

Il était revenu lui aussi en enfance. Il allait prendre la main de sa camarade. Il tendit la main, voulut la saisir. Il défaillit, perdit l’équilibre et se retrouva, au sol. Il avait perdu conscience quelques secondes sans doute. Quand il rouvrit les yeux, la main qu’il tenait était celle d’un pompier. Sa camarade n’était plus là. Il fut transporté dans la camionnette rouge puis il sombra dans une profonde léthargie.

Depuis, il revient dans ses songes en cet endroit. Qu’en est-il de la réalité ? Qu’importe ! Il est de nouveau ce petit garçon qui joue avec son nounours. Parfois, il revoit des amis d’enfance, ils viennent à son chevet. À d’autres moments ce sont des professeurs, qui se proposent de lui donner des cours pour ne pas qu’il soit trop en retard quand il reviendra avec ses camarades. Tout bascule quand sa camarade vient lui rendre visite, la tête lui tourne et à chaque fois, il perd conscience.

Une fois, elle se penche sur lui et dépose un chaste baiser sur sa joue. Il vacille et s’enfonce dans ses yeux. Il s’engouffre dans un univers merveilleux. Il lui semble perdre pied, se diluer dans des sensations qu’il avait oubliées. Puis plus rien, il n’existe plus, il s’est volatilisé à tout jamais. Sans doute a-t-il découvert son paradis. C’est dans son enfance de cocagne qu’il a abandonné cette vallée de larmes, un sourire magnifique figé pour l’éternité.

Illusionnistement sien.

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