La gestion démocratique des foules.

Elle est bien raide celle-là  …  Ainsi donc, nos chers responsables nomment de ce doux vocable toutes les mesures prises par les force de l'ordre pour rester au service du citoyen tout en maintenant une discipline conforme aux besoins du pouvoir. Nous devinons qu'il y a dans cette façon de présenter le gants de fer, une jolie langue de velours qui a le don de m'intriguer à moins que l'on veuille m'exaspérer !
Entrainement des forces de gendarmerie mobile à St Astier - Maintien de l'ordre © thomasannic

Elle est bien raide celle-là  …

 

Ainsi donc, nos chers responsables nomment de ce doux vocable toutes les mesures prises par les force de l'ordre pour rester au service du citoyen tout en maintenant une discipline conforme aux besoins du pouvoir. Nous devinons qu'il y a dans cette façon de présenter le gants de fer, une jolie langue de velours qui a le don de m'intriguer à moins que l'on veuille m'exaspérer !

 

Ça commence fort mal d'ailleurs et d'entrée nous plongeons dans la dérive la plus abominable de cette société libérale : la gestion. Ce mot nous est servi à toutes les sauces, à l'école, au sport, en économie, en politique, dans l'effort et bientôt le réconfort, nous devrions passer le plus clair de notre temps à « Gérer » tout et n'importe quoi.

 

En la matière, cette gestion est d'abord et avant tout une belle affaire économique aux vendeurs de joyeuseté sécuritaire dont on ne cesse d'équiper nos gens d'armes et de gadgets. À la bonne vieille matraque qui demeure une valeur sûre même si elle est parfois assommante, il faut maintenance ajouter les armes dites non létales ou ce qui est plus joli encore au royaume des belles intentions lexicales : « sublétales ».

 

Ne pensez pas pourtant que les intentions soient nobles et pacifiques. Les états sublétaux désignent ce qui est proche de la mort et en médecine on y sous-entend qu'on a administré une dose toxique proche de celle qui pourrait produire la mort du sujet ainsi «soigné» (« traité » dirait notre ministre de l'intérieur qui se pique d'humour parfois). Nous sommes rassurés d'autant que ce joyeux arsenal est destiné à contenir une foule, donc forcément un grand nombre !

 

Mais ne soyons pas ici mauvaise langue, il se pourrait qu'il y ait réaction disproportionnée de nos services de maintien de l'ordre de la toile à coup de « taser », l'arme destinée à faire taire les chroniqueurs hostiles ! La panoplie du soldat de la paix (c'est d'ailleurs assez curieux que plus personne ne désigne les agents sous cette appellation agréable à nos oreilles : « Gardien de la paix », une hirondelle ne faisant depuis longtemps plus les printemps révolutionnaires), est multiple et variée.

 

L'ingéniosité humaine n'ayant pas de limite dès qu'il s'agit de semer la peur et la presque mort : balles en caoutchouc pour manifestation sur terrain glissant, Flash ball pour intervenir lors des rencontres sportives, canon à eau pour refroidir les ardeurs, gaz paralysants pour les mouvements incontrôlés, armes à micro-ondes pour cuisiner les foules ou mitonner les belles provocations, canon à sons pour mieux nous faire entendre raison !

 

Mais, nous ne devons nous plaindre, tout ceci est mis en œuvre dans une louable intention démocratique, dans le respect des gens qu'on va tabasser, assommer, disperser, assourdir, asphyxier et presque occire. La commande est précise, leur loi est leur limite, la loi du plus fort sans doute. La légitimité républicaine de l'usage de la force est en marche. On peut trembler d'effroi d'ailleurs à l'idée qu'il puisse y avoir des méthodes non démocratiques de la gestion des foules où le létal règne en maître absolu. La Syrie nous montre la voie dans cette technique simplifiée et fort expéditive qui peut facilement trouver écho chez nos tenants de la discipline absolue....

 

Enfin, il faut apprécier la considération linguistique avec laquelle ils nous désignent : « Foule ». La peur est dans leur camp, il ne s'agit ni d'un groupe d'individus ou mieux encore de citoyens, ni d'une manifestation, encore moins d'un cortège ou d'un rassemblement. Que nenni, c'est une foule forcément dangereuse, nécessairement incontrôlée, possiblement hostile qui constitue immanquablement une menace de nature indéterminée pour la tranquillité des braves gens.

 

Alors, nos escouades guerrières de l'ordre établi se mettent en branle. Les hommes sont casqués, bottés, protégés derrière des boucliers, des plastrons, des protections multiples, ils portent tout ce qu'il faut pour faire peur et réduire au silence ceux qui viennent simplement pour s'exprimer ou faire la fête. Les voir ainsi équipés m'a toujours effrayé et je me suis toujours interrogé sur la nature exacte d'une telle démonstration de force ! Serions-nous seulement des fauves et n'avons nous fait aucun progrès en matière de civilisation ?

 

MaintienDel'Ordrement leur.

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