Sa première exposition

Simplement pour le plaisir

Sans prétention aucune

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Il est né au pays, y a travaillé et y passe désormais sa retraite après des années passées dans la Capitale, pour y poursuivre une carrière professionnelle. Jean-Pierre a connu les grandes années de l’équipe locale de Rugby, il est devenu professeur d’éducation physique et sportive, a épousé une institutrice qui n’a jamais quitté son école maternelle. Elle salue les visiteurs, se souvient du prénom des enfants de ceux-ci, ce qui crée forcément un mouvement de sympathie pour son mari .

Jean-Pierre a toujours eu un joli coup de crayon. D’ailleurs quand il est passé de l’éducation nationale au ministère de la jeunesse et des sports, il illustrait les revues pédagogiques, les documents qui sortaient de la maison. Mais jamais au grand jamais, il n’avait pensé à prendre des pinceaux.

C’est donc quand il posa sa mallette – quand il cessa de prendre le train pour se rendre chaque jour à Paris - qu’il profita de sa belle maison en bord de Maurin pour se mettre face à une toile. Ce fut immédiat, sans le moindre enseignement, ni le plus petit conseil. Il peint comme d’autres font de la prose, sans le savoir. C’est rageant mais c’est ainsi, le talent ça ne se commande pas !

C’est d’abord le dessinateur qui prend le dessus. Il interprète des paysages de sa Brie, des scènes champêtres ou bien des ambiances de sa ville autrefois. Les détails sont précis, le coup de crayon sûr. Il y a dans ses œuvres un réalisme qui peut même tendre vers l’excès, l’exagération. Puis le peintre transforme l’ambiance, son goût de la lumière plonge le tableau dans une aura qui paradoxalement peut évoquer un Van Gogh qui serait parvenu à fait le point.

Il s’en amuse. Il n’a pas cherché à imiter ou à s’inspirer. Il peint comme il le sent, appartenant sans aucun doute à ce cortège des artistes amateurs qui se font plaisir, sans autre ambition que celle-ci. Alors, quand on lui demande d’exposer dans le Parc de l’Ermitage, il est surpris, intrigué, incertain de se donner ainsi. Puis il se laisse prendre au jeu, effectue une sélection de ses toiles et se jette à l’eau.

Franchement, il a bien fait. Je ne sais si les spécialistes accorderont le moindre satisfecit à son travail mais qu’importe. Les visiteurs sont ravis, admirent les toiles, reconnaissent les coins dont il s’est inspiré. Jean-Pierre et son épouse sont des hôtes charmants, ils prennent le temps d’accueillir les curieux, ils se font aimables et bienveillants.

Jean-Pierre explique son travail. Il décrit ce qu’il a voulu faire. Nulle vanité dans tout ça, il raconte simplement une passion qui est avant tout un loisir, un passe-temps qu’il offre à la curiosité des autres pour la première fois. Je fus séduit tout autant par les œuvres que par ces deux-là, qui ne se prennent pas la tête. J’ai croisé si souvent des artistes supposés si convaincus de leur génie que c’en devient insupportable.

Bien sûr l’exposition est terminée. Si vous êtes dans le pays Briard, vous pouvez peut-être lui demander de renouveler l’expérience, l’invitant dans une galerie ou une salle d’exposition. Je vous promets que vous ne serez pas déçus. Ce sera un beau moment de partage, ce que ne devraient jamais cesser d’être les formes artistiques.

J’ai photographié quelques tableaux pour illustrer ce billet avec un petit appareil qui traînait au fond d’un sac. J’espère ne pas trop le trahir par la faible qualité de la prise de vue. Le mieux est de passer le voir, je suis certain que Jean-Pierre vous fera le meilleur accueil. Quant à moi, j’aurais aimé repartir avec sa petite droguerie, une vue pleine de nostalgie d’un temps ancien où dans les boutiques, il y avait des trésors d’humanité.

Au risque une fois encore d’être ridicule auprès des cuistres de la culture, j’ai décrit simplement ce que j’ai ressenti. La rue, la petite fille qui passe sont empreints de cette douceur qui baignent nos souvenirs. Oui vraiment, il y a quelque chose de l’enfance dans ce tableau.

Admirativement sien.

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