La voix du Maître

Du Télégramme à la Voix du Nord

Deux sur 52 et pourtant Freluquet a perdu ...

 

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Une seule parole, un son de cloche, fut-elle largement fêlée pour prêcher la bonne parole à travers tout le pays. Tout le pays, non, fort heureusement, deux quotidiens courageux résistent vaillamment, montrent leur différence tout autant que leur courage tandis que tous les autres, valets serviles du grand Vizir, se plient aux injonctions, aux caprices, aux magouilles du Maître suprême.

En pleine campagne électorale, ceux-là même qui n’ouvrent pas leurs colonnes à la pluralité, qui font allégeance à la doctrine du patron, qui se plient aux ordres des neufs milliardaires qui ont acheté la démocratie, pardon, les organes de presse, pour ne faire entendre qu’une seule doctrine, un seul discours, ceux-là donc, ferment leurs colonnes à tous les autres, prétextant qu’ils ne représentent rien, que les jeux sont faits, qu’ils se plient au principe de réalité imposé par des sondages dont ils sont, c’est bien commode, les seuls garants.

Toutes les manipulations sont bonnes pour nous laisser croire que nous vivons encore sous le régime de la Démocratie alors que le joug d’une dictature à visage de chérubin a été mis en place. L’ascension au pouvoir de Freluquet s’inscrivait déjà dans cette démarche terrifiante de l’unanimité imposée par les puissances financières. Toutes les grandes plumes du pays sont effectivement aux ordres de patrons de presse qui ont mis leurs capitaux dans le papier journal non pas pour gagner de l’argent, chacun sait que c’est une opération toujours déficitaire, mais bien pour imposer un pouvoir grâce à une manipulation savamment menée.

La crise des gilets jaunes a démontré à merveille les rouages d’une stratégie visant à discréditer, ridiculiser, calomnier les adversaires tout en mettant, sans honte, en avant, les mensonges du gouvernement. Le Grand débat servit ensuite de tremplin à la propagande proprement dite. Plus de faux-semblant, plus de respect des règles d’équité, la voix du grand Mamamouchi était relayée comme parole d’évangile.

Les ondes et les antennes nous déversèrent complaisamment toutes les simagrées de l’homme aux manches retroussées afin que nous comprenions qu’il était notre sauveur, notre guide, notre unique espoir. Nous en ririons si tout cela se passait dans une autre nation. Nous avalons toutes les couleuvres désormais sans indignation ni même colère, tant la capacité de réflexion du plus grand nombre a été totalement anéantie par nos siphonneurs d’intelligence.

Le sommet de la farce avant sans doute la création d’un grand mausolée à la gloire du foutriquet qui nous dirige, a été atteint lors de la parution dans cinquante organes de presse, tous en érection devant la magnificence du bel éphèbe, d’un article soigneusement contrôlé, aseptisé, vérifié et amendé après écriture. Nous sommes là au cœur des pratiques dictatoriales sans que le pays des droits de l’homme ne s’en émeuve.

Que font les organismes de contrôles ? Ils se plient ! Que fait la justice ? Elle collabore, mettant en examen des journalistes qui ont cherché des poux dans la tête et les frasques du grand Homme. C’est proprement hallucinant. Nous avons dépassé la ligne rouge, nous entrons dans l’ère de la dictature d’un président soutenu par toutes les puissances de l’argent. Tous nos droits, tous nos acquis, toutes nos libertés seront écrasés par cette clique qui ne vise que l’enrichissement d’une poignée de canailles.

En attendant, les dernières élections se sont transformées, par le truchement de cette odieuse clique, en un simple combat entre deux visions toutes aussi terrifiantes de la République. Malgré tout ce tintamarre, le rouleau compresseur n’a pu éviter le ridicule de l’humiliation. La liste déplorable certes, mais si privilégiée de son altesse sérénissime est arrivée en seconde position. En dépit de tous les noms d’oiseaux donnés à ceux qui auront fait le choix de la peste brune, celle-ci a vaincu le rouleau compresseur de Parti unique des médias.

Je ne peux m’en réjouir car ce nouveau dualisme signifie clairement la fin de la pluralité, le maintien de ce ramassis d’incompétents en marche par le seul réflexe du vote utile qui interviendra à chaque élection à deux tours. Les conditions sont parfaitement réunies pour briser à jamais l’héritage du Conseil National de la Résistance. La guerre des classes est désormais gagnée par les collaborateurs zélés du grand Capital.

Liberticidement leur.

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