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Billet de blog 27 sept. 2022

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Les stakhanovistes du vernissage

Les yeux bien plus petits que le ventre.

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À s'en décrocher la mâchoire

Il est parfois des vendredis soirs bien plus difficiles à organiser que les autres. Ce sont des soirées qui exigent organisation, disponibilité et une parfaite synchronisation. Si pour les deux premiers points, ce sont nos championnes du petit four qui sont en cause, le troisième point, impondérable s'il en est, n'est hélas pas de leur ressort.

Ce soir-là en effet, les événements culturels se télescopent. Si pour beaucoup, ceci impose une sélection, un choix à contre-cœur pour répondre selon des critères propres à chacun : amitié, proximité, intérêt, curiosité particulière, … pour quelques autres, d'une espèce fort rare heureusement, le but ultime est de pouvoir participer aux différents buffets qui ponctuent les discours inauguraux.

J'avoue qu'il n'est pas simple de parvenir à concilier le futile au besoin animal de se remplir la panse sans penser à rien d'autre. Il y a là une formidable capacité à retourner à l'état de prédateur, à sauter sur la proie où qu'elle se trouve, à organiser sa traque afin de pouvoir être sur les lieux au moment opportun. C'est une forme de retour à l'animalité, un profond décalage entre les intentions des artistes et la réalité de ces pique-assiettes.

N'épiloguons pas sur les conditions favorables qui leur ont permis ce soir-là de réaliser le prodige d'être présentes aux trois buffets. Que leur appétit à moins que ce ne fut, une gourmandise mal placée puisse ainsi se repaître sans honte de ce qui était destiné aux exposants et à leurs invités, regarde leur conscience et leur tube digestif. Mais qu'elles osent comparer les tables, les petits fours et les vins proposés entre deux bouchées, relève de la plus parfaite ignominie.

Pas un mot pour les artistes, tableaux, les discours, les organisateurs. Elles ne sont pas venues pour ça et n'ont même pas fait l'effort de jeter un œil, même discret. Pour celles-ci, le ventre est bien plus grand que les yeux qu'elles ne poseront pas sur les œuvres qui justifient ces agapes festives. Que l'ulcère les emporte, c’est tout le mal que je leur souhaite.

Elles sont de tous les vernissages, c'est leur raison d'être, leur marque de fabrique, leur expression narcissique en somme. Elles se remplissent, boivent et dévorent à l'œil, un organe qui décidément ne leur sert qu'à repérer le plateau et non le tableau de leurs rêves. Elles ont de la conversation, art délicat au demeurant quand la bouche est pleine au-delà de sa contenance réglementaire. Elles dégustent tandis qu'autour d'elles bruissent les remarques assassines pour celles dont on redoutait l'arrivée.

Reconnaissons-leur au moins ce mérite ; elles n'ont déçu personne. La question lancinante pour les fins observateurs des mœurs de ces charognards de l'art se situait dans l'heure où elles surgiraient pour fondre sur le buffet. Leur arrivée fut vécue ainsi comme une forme de soulagement : « Elles sont venues ! » tout comme une reconnaissance de la cérémonie : « Ce buffet mérite leur venue ! »

Elles sont les critiques gastronomiques de l'art. Une compétence qui en vaut une autre puisqu'il en est d'autres qui se mettent à distance pour observer les comportements de ces drôles d'humains qui perdent tout leur vernis social à l'approche d'un verre à pied et des canapés. Ces dames me sortent par la bouche alors que je devrais me réjouir puisque dans mon discours inaugural, j'avais évoqué sournoisement certes, leur existence.

C'est sans doute faute qu'elles n'ont pas pu entendre mes traits et mes saillis que je remets ici le couvert afin de les servir comme elles le méritent. Les gens sont mesquins et je n'échappe nullement à ce travers, bien au contraire...

À pleines-dents.

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