L’Ermite de Loire

Un roman que j'aimerais vous faire découvrir

Une autre histoire.

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Didier Callot a écrit un roman dont je n’ai eu de cesse depuis la fin de ma lecture de désirer vous en parler afin qu’à votre tour vous exploriez les méandres de cette formidable aventure humaine. Mais comment faire sans dévoiler le récit fort bien mené par notre ami sancerrois ? Le risque étant trop grand de briser votre curiosité à trop raconter ou au contraire de vous décourager à force de n’en rien dire.

L’histoire est belle, l’écriture de l’auteur mérite votre visite tant il s’est fait un malin plaisir de vous entraîner dans son roman. J’ai donc pris le curieux parti d’explorer son récit d’une autre manière, de vous présenter un tout autre déroulé des faits, non parce que la véritable histoire ne me convenait pas mais plus par désir d’élargir le champ des possibles, de tirer moi aussi partie de cette incroyable épopée humaine tout en vous laissant toute liberté de revenir ultérieurement à ce livre qui me donna cette mystérieuse envie.

Il était une fois un jeune allemand féru de culture française, amoureux de la paix et des livres. Une guerre menée tambour battant par son pays avait fait de lui un occupant en bord de Loire, quelque part dans la région de Sancerre. Pour son bonheur, il avait fonction de traducteur, un rôle qui lui épargnait les vicissitudes et les principaux désagréments du redoutable métier de soldat.

Voilà qui reste fidèle au roman. Permettez-moi ensuite de m’en émanciper progressivement afin de ne plus empiéter sur les traces de l’enquête menée par Didier Callot. Lui est un romancier sérieux tandis que je ne suis qu’un faiseur d’histoires qui suit son propre chemin par la fantaisie de son imagination.

En dépit de la tranquillité de sa mission, Alfred se refusait à poursuivre cette existence d’autant plus qu’il avait croisé la route et le regard d’Isabelle, une institutrice amoureuse comme lui de littérature. Ils s’aimaient en dépit de tout ce qui pouvait séparer leurs deux nations, totalement, définitivement irréconciliables tant les exactions des uns avaient à jamais épouvanté les autres.

Seule la fuite, la désertion pouvait permettre au soldat de fuir sa destinée, cette effroyable assignation à l’horreur imposée par une idéologie qu’il ne pouvait faire sienne. Son devoir d’obéissance s’arrêtait à ce que sa conscience ne pouvait accepter. L’occupation se prolongeant, la résistance s’organisant, Alfred avait été le témoin passif certes mais acteur involontaire d’interrogatoires affreux. C’était trop pour lui, il s’était réfugié sur une île de Loire, là où jamais les hommes en kaki ne venaient.

Isabelle s’était faite complice de celui avec lequel elle se découvrait tant d’affinités. L’école terminée, elle se dépêchait de le rejoindre quelques heures dans son refuge. Des heures d’intimité, des heures de bonheur volées à une époque impitoyable. Alfred et Isabelle s’aimaient comme deux jeunes gens qui font abstraction du monde qui les entoure.

Quel plus beau réceptacle à leurs amours que cette Loire majestueuse et bienveillante ? Alfred y puisait de quoi subvenir à ses besoins, Isabelle lui apportant ce qui lui manquait pour se construire un confort précaire certes mais protecteur. Chaque soir, elle tremblait à l’idée d’être surprise par une patrouille, de risquer de trahir son ami par inadvertance ou maladresse. Mais une fois réunis, plus rien n’avait d’importance, ils étaient heureux sur cette petite île de Loire, devenue leur domaine.

Le temps passa, il fallut supporter les intempéries, les hivers rudes et les montées des eaux. Il y eut les alertes et les alarmes, les pêcheurs trop curieux et les questions qui dérangent. Ils parvinrent à se sortir de toutes les situations scabreuses, ils étaient à eux deux plus forts que ce monde en déroute. C’est du moins ce qu’ils espéraient de toutes leurs forces.

L'Allemagne était maintenant à l’agonie, Alfred allait pouvoir sortir de cette terrible clandestinité. Isabelle allait avouer sa passion pour cet homme avec lequel elle était si bien. La paix venue, ils quitteraient leur refuge, se montreraient enfin au grand jour. C’est du moins ainsi que j’aurais envisagé cette histoire pour la raconter aux enfants.

Il faut bien admettre que rien ne se passe vraiment comme dans les contes de fées. Vous n’aurez qu’à lire à votre tour L’Ermite de Loire. Il se peut qu’entre-temps la vie se soit montrée un peu plus clémente à ces deux-là. Il suffit d’y croire très fort. Je redonne la main à Didier Calot, c’est à lui de vous narrer la véritable romance. Je me suis accordé quelques instants la paternité de ce qui lui revient en propre. Puisse-t-il me pardonner !

Admirativement sien.

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