Et Dieu comptera les siens.

Quand le parvis passe sous la toise.

L'arithmétique sacrée de Jupiter

 

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Jésus avait tenté de chasser les marchands du temple avec un succès mitigé. Il doit désormais porter une nouvelle croix depuis que Jupiter impose les compteurs sur le parvis. La messe ne peut se faire à guichet sacré, la police des frontières célestes sera là pour distribuer « pater et pévés » à tous ceux qui arriveront après la messe, pardon qui dépasseront le seuil fixé dans l’olympe administratif.

Je devine que vous y perdez votre latin. Vous avez raison du reste puisque les procès verbaux seront dressés en langue vernaculaire dans un lexique qui sort totalement du bréviaire. Le prêtre en soutane ou en chasuble devra montrer pattes blanches et hydroalcoolisées pour distribuer les hosties dans la stricte limite de trente. Avec un si faible effectif, pour ressouder les troupes, la distribution du vin devrait être d’ailleurs remise au désordre du jour, un vin chaud pour réchauffer les malheureux, égarés dans cette vaste cathédrale qui sonnera le vide.

Rappelons la nouvelle grande mesure ubuesque d’un pouvoir qui n’en finit pas d’enfiler les perles : « Reprise des offices dans les lieux de culte samedi - dans la limite de 30 fidèles – Amen faudrait-il ajouter puisque tout ce qui tombe du ciel de la haute administration est oint par Jupiter et béni par ses godillots qui n’oublient jamais de lui baiser dévotement les pieds.

Un bon catholique qui a besoin d'un nombre symbolique aurait quant à lui choisi un multiple de douze. Freluquet en marcheur qui ne s’est jamais aventuré dans le désert, ne croit qu'en lui et aime par dessus tout imposer des règles absurdes, sans fondement (ce qui est surprenant pour lui). Après le rayon de dieu qui lui souffla à l’oreille le fabuleux kilomètre de la parabole, après la jauge à mille ou cinq mille supporters sans soucis de la taille des tribunes, voici le seuil du culte qui entre en triomphateur dans le catéchisme algébrique de la crise.

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Imposer un seuil numérique pour franchir le parvis est assez curieux et ne peut provenir que d’une flèche en feu, un administrateur qui brûle de bien se faire voir pour gravir plus encore les échelons qui conduisent auprès du seul dieu de la nation. Trente fidèles ? Trente personnes, prêtre et officiants inclus ? Faut-il compter ceux qui tiennent la chandelle et les thuriféraires de la Macronie ? Les questions ne se posent pas puisque nous sommes ici au plein cœur du grand mystère de la foi dans l’infaillibilité du chef nouveau engendré par la crise sanitaire.

Toutes ces mesures hors contexte sont la marque d'une gestion de crise totalement absurde, menée par des technocrates dans une bulle (et celle-ci n'est pas papale). Les Dieux qu’ils soient des stades ou des églises reconnaîtront les leurs tandis que les gardiens de l'ordre qui ne sont pas des anges, continueront joyeusement de donner des punitions à des fidèles contrits qui feront amende honorable.

Alfred Jarry serait le plus heureux des auteurs. Son père Ubu existe vraiment, nous l’avons installé sur le trône et comble de la fidélité à la farce, la mère Ubu n’a pas été oubliée, elle non plus. C’est un bonheur sans pareil que d’observer la pièce en mille et un actes qui se joue sous nos yeux. Contrairement à Saint Thomas, nous avons beau le voir, nous ne parvenons toujours pas à y croire. L’absurde est aux commandes avec à sa droite l’arbitraire et à sa gauche l’iniquité. C’est la nouvelle trilogie de cette République monarchique.

Jean Pierre Simon, mon ami, auteur entre autres talents, a eu la bonne réplique à ce propos : « 3, 7, 12, 40 sont les nombres sacrés de la Bible. Nous pouvons leur ajouter 13 pour les cartomanciennes et les amoureux de la Française des jeux tandis que le zéro revient tout naturellement à ce gouvernement céleste ». L’enfer est semé de bonnes intentions et sur nos parvis de pavés dans la mare qui n’éviteront en rien les embûches de Noël !

Algébriquement leur.

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